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Vendredi dernier des affichettes fleurissaient sur les colonnes de marbre des édifices, sur les murs, un peu partout dans la ville, un peu plus rares aux vitrines des commerces. Des affiches sobres où, au-dessus d’un texte explicatif et d’une carte de la lagune, s’exposait un grand NO rouge dont le O imitait […]
Vendredi dernier des affichettes fleurissaient sur les colonnes de
marbre des édifices, sur les murs, un peu partout dans la ville, un peu plus rares aux vitrines des commerces. Des affiches sobres où, au-dessus d’un texte explicatif et d’une carte de la lagune, s’exposait un grand NO rouge dont le O imitait un panneau de sens interdit sur le fond duquel on apercevait un paquebot ainsi barré par le trait oblique du sigle qui le coupait en deux. Sous le NO se lisait à quoi il s’appliquait : « No grande navi ». D’autres affiches appelaient à manifester le lendemain sur les Zattere et protestaient « Fuori le grande navi della laguna ».
Le lendemain à 16 heures 30 nous étions environ une centaine à La Douane de mer à nous presser autour du jeune garçon à la blancheur marmoréenne regardant la mer à la pointe de la douane, sa main serrant une grenouille morte toute aussi immaculée que lui — Boy with frog, sculpture en acier de Charles Ray. Est-ce déjà Venise qu’il tient dans sa main ? Déjà tuée par Napoléon en 1797 après mille ans de république, va-t-elle disparaître à nouveau sous l’accablement d’un tourisme aveugle ?
La vitalité de la quarantaine de barques qui se lancent à l’assaut de l’énorme masse — sept étages ou plus, 60 mètres de haut, une barre d’HLM, piscine tout en haut et terrain de basket, peut-être 3000 personnes à bord — prouve le contraire. Entraînée par la fougue d’une belle jeune femme brune aux cheveux longs criant sa rage et une bordée d’imprécations, nouvelle figure de La Liberté guidant le Monde, servie par une sono d’enfer embarquée sur le petit bateau, où alternaient les vitupérations contre le navire et des chansons entraînantes et gaies, l’escouade des minuscules esquifs tutoyait sans crainte le mastodonte impotent, tiré à hue et à dia pendant sa traversée du bassin de Saint-Marc par deux remorqueurs qui le traînent jusqu’à la porte du Lido, lui ouvrant le passage dans la mer Adriatique. Les ballons de baudruche colorés, portant la fameuse inscription « Fuori grande navi » s’envolent dans le ciel parsemé de nuages. La foule au bord applaudit et crie elle aussi sa rancoeur. En haut des passerelles, les passagers qui doivent entendre cette bronca n’osent plus prendre leurs habituelles photos. Ce paquebot-là ne crépitera pas des centaines de flashs qui prennent tous la même image obligée de la Piazzetta. Le bateau disparaît bientôt au bout de Santa Helena, le groupe de manifestants sur l’eau et sur terre est joyeux d’avoir fait une petite action pour défendre une cause juste et dénoncer un déferlement obscène.
Chaque année, il y a plus de 300 paquebots qui passent ainsi sur le
canal de La Giudecca devant la place St marc. C’est évidemment « le plus » que proposent les croisiéristes à leurs clients : pouvoir photographier Venise du balcon de leur chambre ou du pont supérieur où ils vont s’agglutiner sagement pour se ravir d’avoir été là et d’avoir « fait » Venise. Ces paquebots sont tellement hauts qu’ils dissimulent à leur passage l’île de San Giorgio qui disparaît derrière leur masse impavide.
Cette rencontre entre l’ancien et le moderne pourrait être amusante un instant, et pourquoi après tout empêcher de braves gens de faire ce qu’ils ont eu envie de faire ? N’est-ce pas snobisme réactionnaire de regimber contre l’essor et l’accès du grand nombre au divertissement ? Oui sans doute mais cette invasion n’est pas tendre, ni pour l’équilibre de l’écosystème de la lagune — imaginerait-on les conséquences d’un Concordia se couchant sur le flanc tel le dinosaure de Jurassic Parc au milieu du Bassin ? — , ni pour l’équilibre du tourisme à Venise — un million six cent mille personnes par an traversent ainsi la ville en une demi journée de la Place Saint Marc au Rialto, ne laissant d’argent ni dans les caisses des commerçants ni bien sûr dans celles des musées ou des expos. Seuls quelques vendeurs à la sauvette de bricoles Made in China seront contents.
Personne bien sûr n’aurait la folie de vouloir interdire ce tourisme de masse, mais peut-être les bateaux pourraient-ils sortir par où ils sont entrés, par la porte de Chioggia ? Le gouvernement italien vient d’ailleurs de signer le 1er mars 2012 un décret qui interdira l’accès au canal de La Giudecca et au Bassin de Saint Marc à ces grands navires. Mais l’application de ce décret devra attendre que les lobbies qui protègent cet état de fait actuel aient cédé la partie. D’où le bras de fer actuel. Il serait bien que Venise qui se dépeuple lentement de ses habitants ne soit pas tout à fait tout de suite transformé en Disneyland. Le peuple se démène avec entrain. Thomas Cacciari, l’homonyme de l’ancien maire Massimo Cacciari, préside aux destinées de l’association qui organise cette bataille. C’est David contre Goliath et c’est plein d’espoir. La verdeur juvénile des manifestants de samedi, leur détermination aussi, en témoigne.
Cette saynète c’est aussi une métaphore de notre combat, du combat du discours analytique contre l’invasion du discourcourant qui écrase sous sa botte obtuse les singularités de nos vies. Eric Laurent dans le numéro 194 de LQ concluait son article en disant que, si le début du 20ème siècle avait été celui de la névrose, et sa fin celui de la psychose ordinaire et de la dépression, notre 21ème siècle pourrait bien être « celui de l’évidence d’un statut ordinaire de l’autisme ». Oui : tous autistes, c’est-à-dire tous singuliers, voilà ce que le discours analytique promeut contre les grands navires du comportementalisme pilotés par les Daniel Fasquelle, Les Bernard Accoyer et consorts. La massification du monde a des pieds d’argile, elle est comme la maigre grenouille de Charles Ray qui se prendrait pour un bœuf énorme. Elle n’intéresse pas les gens même si ils se laissent un moment convaincre par la publicité tapageuse que véhiculent leurs zélateurs. Dans un article récent de la revue Esprit (nov. 2011) François Gonon, neurobiologiste, directeur de Recherche au CNRS, signalait sous le titre : « La psychiatrie biologique : une bulle spéculative ? », que l’espoir d’élaborer une neuropathologie liant causalement des dysfonctionnements neurologiques à des troubles mentaux était un leurre. « Les leaders de la psychiatrie biologique continuent à prétendre des progrès importants dans un futur proche. Mais l’absence de marqueur biologique rend problématique la mise en œuvre des modèles animaux des maladies mentales. D’autre part, puisque les gènes impliqués dans chaque maladie mentale sont multiples et ne confèrent chacun qu’un risque faible, la psychiatrie moléculaire aura beaucoup de mal à déboucher sur de nouveaux traitements. Face à ce maigre bilan et à ce futur problématique, le discours de la psychiatrie biologique dans les médias apparaît exagérément optimiste. Les scientifiques contribuent largement à alimenter cette bulle spéculative. Cette rhétorique spéculative influence le grand public ».
Les grandi navi, comme les fausses sciences, sont des bulles, des grenouilles prétentieuses que nous devons combattre sans crainte comme les vénitiens défendent leur ville et leur Histoire.
La malédiction qui eut raison du Crétois Vaggelis Petrakis
L’information choqua. Elle était alarmante. Aux dires du ministre de la santé le taux de suicide en Grèce dans les cinq premiers mois de l’année 2011 avait enregistré une hausse de 40% par rapport à la même période de l’année […]
La malédiction qui eut raison du Crétois Vaggelis Petrakis
L’information choqua. Elle était alarmante. Aux dires du ministre de la santé le taux de suicide en Grèce dans les cinq premiers mois de l’année 2011 avait enregistré une hausse de 40% par rapport à la même période de l’année précédente. Cette hausse brutale, sans doute la plus forte de l’Union européenne1 aura fait passer le taux de suicide global pour le pays de 2.8 à presque 6 pour 100.000 habitants2. Il reste l’un des taux les plus bas, quoique vraisemblablement sous-évalué, d’Europe et d’Occident, les U.S.A. enregistrant un taux de 10 suicides pour 100.000 habitants. On tiendra pour établie l’orientation forte à la hausse des suicides et sa corrélation étroite avec la situation de crise économique grave qui sévit en Grèce. On a là la confirmation du fait de société déjà anciennement étudié par Emile Durkheim et Maurice Halbwachs, parmi les premiers, et encore souligné s’il en était besoin par les dernières enquêtes disponibles. Il est de fait que, s’agissant de la population en âge de travailler, le nombre des suicides baisse pendant les cycles d’expansion économique et croît dans les périodes de récession3. Il est de fait aussi que, toutes choses étant égales d’ailleurs, les chômeurs se suicident 2 fois plus que les actifs employés4 et 3 fois plus s’agissant des hommes âgés d’une quarantaine d’années5. Il est de fait encore que le suicide demeure de façon largement prédominante l’affaire des hommes alors que la tentative de suicide reste l’apanage des femmes, à l’exception notable de la Chine où le suicide des femmes, des veuves notamment, jouit d’un statut honorifique prévalent.
Ces tendances générales ne doivent pas masquer pour autant les particularités locales d’un phénomène auquel l’épithète de « crises suicidaires » semblerait appropriée. C’est ainsi qu’en Grèce si la plupart des suicides ont lieu dans l’Attique la Crète semble, de façon à première vue inexplicable, particulièrement touchée. Hérakleion, centre commercial de l’île, enregistre une crue significative du taux des mortalités survenues par suicide. Le fait concerne de façon élective les entrepreneurs dont aucun, d’ailleurs, il est à noter, ne présente d’antécédents psychiatriques. Ce sont aussi les hommes, âgés de 35 à 60 ans et ruinés financièrement, qui ont majoritairement recours à la ligne téléphonique mise en service par l’ONG Klimaka afin d’aider les personnes en situation de détresse6. Mais par-delà le déterminisme social indéniable qui se fait valoir ici, ou mieux au cœur de celui-ci, la mort volontaire demeure un événement d’ordre éminemment personnel. La diversité de ses modalités fait d’elle une réponse dont la singularité de celui qui se la donne ne saurait être détachée. Le sociologue déjà le soulignait, sobrement : « Les raisons du suicide sont en nous mais aussi hors de nous »7. Et plus explicitement : « Ce n’est pas que la misère des ouvriers qui chôment, les banqueroutes, les faillites et les ruines, soient la cause immédiate de beaucoup de suicides […] » mais que dans cette situation de désintégration sociale « les motifs individuels que les hommes peuvent avoir de désirer la mort » s’imposent à eux de façon prévalente et s’avèrent à même de l’emporter8. Ceci n’est pas pour éliminer la contingence ultime qui marque l’acte suicidaire. Il est imputable à ce titre à quelque forme de δυστυχία, à l’infortune de la mauvaise rencontre. Car telle peut être dite la rencontre que fit pour finir le Crétois Vaggelis Petrakis et qui scella d’un coup son destin, désormais emblématique pour beaucoup. Dans son édition du 20 septembre 2011 le Wall Street Journal nous livre son histoire.
La faute
C’est l’aventure fabuleuse d’un petit va-nu-pieds des montagnes qui, à force de courage, d’opiniâtreté et de labeur incessant finit par s’élever, à l’âge de 47 ans, au rang de petit patron, grossiste en fruits et légumes à Hérakleion. Son commerce qu’il ouvrit dans les années 2000 grâce à ses économies et à l’appoint substantiel de prêts bancaires paraissait florissant et assuré d’un bel avenir n’était la crise qui débuta à la fin de la décennie. L’affaire se retrouva alors grevée de la dette colossale de 600.000 euros accumulée au cours des années passées. Pris en étau entre les clients mauvais payeurs et les banques qui se montraient désormais plus strictes dans cette période d’instabilité quant aux conditions d’octroi de crédits le commerçant était devenu insolvable. Ce n’était pas seulement les liquidités qui lui faisaient défaut au moment de faire face à ses propres échéances, c’était bien plus gravement que les marges bénéficiaires de l’entreprise se trouvaient de plus en plus réduites et plaçaient celle-ci sur la voie de la faillite à terme. Par la force des choses le commerçant était acculé à faire office de banquier de fait voué, au surplus, à fonctionner à perte. Ses clients lui imposaient de longs délais avant de régler leurs achats et lui remettaient à cet effet des chèques post-datés. Dans l’impossibilité de tenir jusqu’à la date d’effet des chèques le grossiste les escomptait à la banque au prix d’une commission que ces dernières prélevaient. Ce système para-bancaire fonctionnant au moyen de chèques post-datés est courant. Il n’est pas pour rien dans l’emballement de la création monétaire et de la crise de surendettement qui en a résulté. Si on ajoute à cela le défaut de paiement pur et simple que lui opposaient sans détour nombre de ses partenaires en affaires, sans doute eux-mêmes placés dans l’incapacité d’honorer leurs dettes, l’entreprise, comme le déclara madame Petrakis au lendemain du suicide de son mari, se dirigeait lentement mais sûrement, sans qu’ils y prennent garde, vers la faillite.
Au printemps 2010, pris à la gorge, Vaggelis Petrakis eut recours à un stratagème. Il commit un faux. Un chèque à son profit provenant prétendument d’une société avec laquelle il n’entretenait aucune relation d’affaires. Le chèque post-daté comme de bien entendu fut mis à l’escompte. Mais la banque n’eut pas de mal à découvrir la supercherie. La police intervint, perquisitionna, les journaux se saisirent de l’affaire qui fit grand bruit. L’identité du faussaire ne fut pas révélée. Les regards, avertis, se dirigèrent néanmoins immanquablement sur Vaggelis Petrakis. C’est alors que n’en pouvant plus ce dernier tenta de mettre fin à ses jours. Il absorba un mélange de bière et d’essence. Il se ravisa à la dernière minute et appela son fils à la rescousse, qui le conduisit à l’hôpital. Il s’en tira. Sa femme lui fit promettre de ne plus céder à ce désespoir. Ne s’étaient-ils pas toujours tirés d’affaire ? et dans des circonstances bien plus rudes ? Pour sûr qu’ensemble ils viendraient à bout une fois de plus de l’adversité. Mais Vaggelis le croyait-il ? Pouvait-il le croire au vu du gouffre que représentait cette dette impossible à éteindre ? Il connaissait Georgia depuis sa plus tendre enfance. Ils s’aimaient. Petit vendeur ambulant de loukoum il battait la campagne pieds nus pour gagner son pain. A Georgia il ne manquait pas de réserver le meilleur loukoum de sa marchandise, le dernier. L’offrir à son plaisir était la vraie rétribution de sa peine. Ils se marièrent. Ils eurent deux enfants.
A vrai dire, la faute de Vaggelis Petrakis fut double. Ce fut, bien sûr, de commettre un acte frauduleux. Mais ce fut, peut-être plus essentiellement, d’avoir succombé à ce volontarisme qui confinait à la témérité, de s’être endetté au-delà de toute mesure, et pis encore de s’être aveuglé obstinément sur les chances raisonnables qu’il avait de se tirer d’affaire. Fût-il à ce point dupe de sa croyance aux mérites de l’effort individuel, du travail sans relâche jour et nuit qui lui avait valu de se sortir de la misère et d’acquérir la position enviable qui était la sienne depuis peu ? Sans doute quelque chose des règles du jeu du capitalisme financiarisé avaient dû échapper au self made man qu’il était et à l’entrepreneur indépendant qu’il avait voulu devenir à toute force. N’était-ce pas là la méprise que venait redoubler l’autre méprise, de ce chèque si manifestement contrefait que sa qualité d’acte manqué ne saurait faire de doute. Il ne fallut pas le moindre effort aux banquiers, on l’a dit, pour éventer l’affaire tant la ficelle était grosse et l’ingénuité de l’apprenti faussaire flagrante. Vaggelis Petrakis se retrouva pour ainsi dire pris au piège de ses vertus. Il devait les aimer assez pour ne pas s’être aperçu, sinon bien tardivement, que ce n’étaient pas elles qui faisaient la loi dans ce monde. Il n’est pas interdit de voir dans sa tentative de fraude l’essai désespéré de se mettre au diapason de ce monde. Banquier de fait et banquier à perte, il l’était pour les autres. Lorsqu’il voulut l’être pour lui-même et pour son seul profit au détriment de la banque officielle, il se fit prendre. Cet échec fit pour lui sans doute l’effet d’un moment de vérité : c’était la fin. La fin de son aventure, la fin de l’aventure de toute sa vie. Il l’anticipa en décidant d’y mettre un terme. Il atermoya cependant. Au moment ultime il fit appel à son fils.
La honte
Le médecin psychiatre de l’association Klimaka en témoigne : sur les quelques 100 appels téléphoniques quotidiens de personnes en détresse les cas les plus alarmants sont toujours ceux d’hommes âgés de 40-45 ans, ruinés ou devant faire face à une situation économique sans issue, et qui vivent leur état comme une déchéance extrême. La perte de toute dignité est d’importance vitale dans la tradition crétoise où le code d’honneur est spécialement intraitable pour les membres masculins de cette communauté profondément machiste et patriarcale. L’avocat de Vaggelis Petrakis le confirme. Son client, et ami, fut si profondément accablé de son méfait, de la honte qu’il en éprouvait de façon si atroce, qu’il lui fut impossible dorénavant de le regarder dans les yeux. L’opprobre public dont il se sentait l’objet lui fut insupportable. Dans l’attente de passer en jugement il se sentit ostracisé, témoigne sa femme. Il se replia sur lui-même. Le cynisme en affaires de ceux qui avaient été jusque là ses partenaires voire ses amis le consterna. Il n’en put plus de se disputer avec eux pour obtenir d’eux le règlement de leurs achats. C’est dans ces conditions que se produisit la rencontre qui devait lui être fatale. Le jour même de la reprise de son travail, après la courte convalescence qui avait suivi sa tentative de suicide, il eut une violente altercation au marché avec un producteur à propos d’une affaire d’argent. Celui-ci le traita tout à trac d’escroc. Ce fut la fin. Le mot avait été dit, l’offense avait eu lieu publiquement, la malédiction on ne peut plus clairement proférée. La réponse de Vaggelis Petrakis fut sans appel. Il quitta les lieux sur le champ et disparut. Les objurgations de sa femme s’efforçant à le retenir, le voyant dans un tel état d’emportement, ne furent d’aucun effet. Vaggelis alla à son destin. Son corps fut retrouvé à l’aube le lendemain dans son jardin d’oliviers où il aimait se rendre pour retrouver sa tranquillité. Son chien montait la garde autour de lui. Il rendit son dernier souffle dans les bras de sa femme. Il s’était tiré une balle dans la tête avec son fusil de chasse.
Qu’est-ce donc qui fut si terrible que ne put le supporter Vaggelis Petrakis ? De se trouver ravalé au rang d’escroc, lui l’honnête homme qui, parti de rien, parvint à la force de son poignet au sommet ? Sans doute. D’avoir perdu son honneur et de se retrouver soudain montré du doigt comme l’infâme qui n’avait plus droit à la parole ? Assurément. Retournait-il à sa condition de paria que par-devers lui il n’avait cessé d’être ? Peut-être. Le travail acharné toute une vie durant n’avait-il pas suffi à venir à bout de la tache originelle ? La voilà qui s’emparait tout à coup de son être tout entier le réduisant à l’être de jouissance offert sans ménagement à la jouissance de l’Autre. Réduit sans retour à cet être regardé dans son infâmie, joui ignominieusement dans son ignominie (l’insulte), Vassilis Petrakis eut soudain et irrépressiblement honte de vivre. La honte qui le toucha fut absolue à l’instar de la stigmatisation proférée du lieu de l’Autre. Ce n’était pas simplement qu’il assistât à son propre être-vu comme Giorgio Agamben définit l’aïdos9. Ce n’était pas seulement qu’il se trouvât ravalé au rang de l’objet indigne de l’Autre. C’est bien plus vraisemblablement que la stigmatisation toucha au plus intime de sa propre jouissance. Jouissance qu’il ne se savait pas, qu’il ignorait lui tenir au corps autant et depuis toujours peut-être, et sans doute assez radicalement pour être une question de vie ou de mort : cette jouissance trouvée dans l’accumulation, et qui dénotait une avidité sienne hors sens, hors mesure, inconsciente. N’était-elle pas ce qui l’avait aveuglé sur la viabilité économique de son commerce ? N’était-ce pas elle possiblement que l’insulte du malotru avait exhibée dans sa crudité ? N’était-ce pas elle qui faisait les délices du petit marchand ambulant ravi de voir sa Georgia se délecter du loukoum que son amour pour elle prenait les gants de revêtir des atours de la marque de délicatesse ?
Le châtiment était requis. Le collègue qui avait pris fait et cause pour le grossiste en s’interposant dans l’altercation avec son concurrent avait vivement pris à partie ce dernier et menacé de le tuer. Il ne pouvait mériter moins. L’offense dont il venait de se rendre coupable ne pouvait se laver que dans le sang. Tuer ou être tué telle était la seule alternative qui vaille dans cette société où les affaires d’honneur sont tout sauf mineures. Vaggelis Petrakis prit le parti de mourir. Peut-être expiait-il ainsi sur sa vie sa faute de naissance et son échec final à la racheter. C’était en quelque sorte lui ou elle. Ce fut elle. Entre réussir ou mourir il choisit la mort volontaire, celle du martyre : « La banque m’a détruit », consigna-t-il dans les quatre feuillets laissés à l’adresse des siens. En se faisant l’exécuteur de la sentence de mort prononcée depuis le lieu de l’Autre Vaggelis Petrakis s’égala au témoin absolu. De l’Autre il refusa le destin de déchéance auquel ce dernier le promettait et incarna ce refus dans l’éternité de sa mort. Ce n’était pas là l’impulsion auto-destructrice, aveugle, irrésistible et soudaine qui caractérise le raptus-suicide. Bien plutôt y verra-t-on la décision de mourir qui signa l’impossible à supporter d’une humanité avilie au point de devenir le synonyme de l’absence de toute envie de vivre. En cela le suicide se fait valoir comme un acte humain par excellence, voire l’acte ultime du sujet qui tient encore désespérément à son humanité. Au Lager, note Primo Levi, on ne se suicidait pas car « l’être humain tendait à se rapprocher de l’animal », et était bien trop préoccupé à essayer de survivre pour penser à se tuer.
De la mort volontaire
Vaggelis Petrakis voulut sa mort. Ce fut là de sa part, tout porte à le croire, acte de négation de la négation par l’Autre, de sa qualité éminente de sujet ayant droit au respect sinon à la considération de ses semblables. Mais c’était aussi, du même mouvement, la sanction de sa chute et sa juste rétribution par le châtiment. Vaggelis Petrakis s’identifia pour toujours au maudit, endossant la malédiction attachée au crédit dont il dépendait pour vivre et qui lui était refusé, au crédit qu’on ne pouvait plus lui faire n’étant lui-même dorénavant plus digne de confiance en sa qualité de faussaire. Toutes les morts ne se valent pas. Alléguant les mêmes motifs elles n’ont ni le même sens ni la même cause. L’honneur perdu de Katarina Blum l’avait conduite à tuer : elle exécuta le journaliste qui l’avait salie. Tel petit patron de Thessalonique surendetté lui aussi s’immola de façon spectaculaire, il y a peu, aux portes de la banque qui lui refusait la facilité de paiement qu’il lui demandait. Tel autre fraîchement devenu propriétaire d’un petit hôtel se retrouva pris au piège d’un gang d’usuriers auprès de qui il s’était lourdement endetté pour faire l’acquisition de son business. Incapable de rembourser des montants devenus astronomiques sous l’effet des taux d’intérêt exorbitants, et placé sous le coup de leurs menaces et brutalités croissantes il se défenestra, non sans dénoncer les instigateurs moraux de son acte. « Suicides économiques », dira-t-on pour évoquer le motif objectif du passage à l’acte. L’expression n’est pas fausse. Elle ne dit pourtant qu’une semi-vérité. Car l’acte lui-même, dans sa modalité précise, altère le motif, voire le subvertit en lui donnant une portée qui le transcende. Se motivant de l’économique l’acte suicide relève dès lors d’une tout autre nature. Il devient, à l’occasion, un acte foncièrement politique. Ainsi du suicide de Mohamed Bouazizi le Tunisien. Il s’immola par le feu devant la préfecture de police qui venait de lui confisquer son étal, illégal, de fruits et légumes grâce à quoi le jeune diplômé sans emploi qu’il était subvenait tant bien que mal à ses besoins et à ceux de sa mère et de ses sœurs. La vague de protestation qui enflamma la Tunisie sonna le glas du régime des Ben Ali. Vaggelis Petrakis, quant à lui, prit le parti de se tirer une balle dans la tête, loin de tous, en demandant à sa famille pardon de son geste. Dans la note qu’il leur avait adressée quelques semaines auparavant lors de sa tentative de suicide avortée il leur avait laissé des instructions afin qu’ils prennent bien soin des lapins qui venaient de naître. Comme quoi la vie continuait, et devait continuer sans lui. Il n’était pas, sembla-t-il dire, un inconditionnel de la vie, certes, mais il n’était pas non plus un haineux. Il ne s’en prenait pas à elle. Simplement, un compte à régler avec lui-même et qu’il entendait solder ainsi.
Marcus Walker, le chroniqueur du Wall Street Journal qui consacra un reportage attentif à cette affaire emblématique de la cruauté qui fait ravage, ne s’y est pas trompé. Il le souligne : nulle trace perceptible de maladie mentale ici, nul effet d’un quelconque délire. Tant il est vrai que contrairement à ce que croyait pouvoir prétendre un Achille Delmas et avec lui tout un courant de la psychiatrie classique bien prompt à pathologiser le drame des existences, si les fous se suicident beaucoup plus que les autres il n’y a pas qu’eux à le faire, et il n’est pas nécessaire d’être fou pour se donner la mort. L’ONG Klimaka le relève : les suicides en série qui ont frappé depuis le début de la crise nombre de petits patrons surendettés concernent, fait notable, des sujets à qui l’on ne connaît nul antécédent psychiatrique. Tant il est vrai, Durkheim le soutient, que chaque société, du fait de ses déséquilibres internes, soit de son état plus ou moins grave de perturbation et de désintégration, est « prédisposée à fournir un contingent déterminé de morts volontaires »10. Il est dans l’ordre des choses que ce soient, à un titre ou à un autre, les plus vulnérables sur le plan personnel qui succombent. Un surmoi fort et tyrannique qui s’est révélé être un facteur déterminant de survie et de conquête s’avèrera dans des circonstances où le sujet devient l’objet élu du désaveu de la société, voire de son ostracisme, un facteur puissant de vulnérabilité. Pour le dire d’une formule, tous les chômeurs ne se suicident pas, et tous les suicidés ne sont pas chômeurs. Le fait demeure pourtant que l’on se suicide bien plus lorsque l’on est chômeur que lorsque l’on ne l’est pas, et sans doute encore bien davantage si l’on est de surcroît jeune, homosexuel ou transsexuel11. C’est alors que la situation sociale objective rencontre la réalité subjective, qui l’interprète. Celle-ci donne toute sa portée à celle-là. Elle peut prendre couleur de mort. C’est en quoi le suicide est imprédictible.
Cela n’exonère en rien l’Autre de sa part de responsabilité. Elle peut être déterminante. Freud, encore, est on ne peut plus net sur ce point. Faisant justice de « l’inculpation selon laquelle l’école pousserait ses écoliers au suicide » Freud n’absout pas celle-ci de sa responsabilité. Car, écrit-il, « le lycée doit faire plus que de ne pas pousser les jeunes gens au suicide ; il doit leur procurer l’envie de vivre et leur offrir soutien et point d’appui […]. Il me semble incontestable qu’il ne le fait pas.12 » Comment ce qui vaut à l’échelon local ne serait-il pas d’autant plus exigible à l’échelle de la société tout entière ? Ne serait-ce pas, au fond, ce que diraient lesdites épidémies de suicides lorsqu’elles se montrent si manifestement liées aux cycles de la vie économique ? Ne seraient-elles pas des messages adressés aux vivants ? Car leur mort n’est plus l’affaire des disparus. Elle est celle des vivants. Comme le dit la missive laissée par Vaggelis Petrakis aux siens. Comme l’est à présent pour ses enfants la mort de leur père. Afin d’échapper à la charge des dettes de ce dernier les voilà conduits à se désister de son héritage. Persistance de la mort dans la vie. Comme si par sa mort même le défunt avait scellé une communauté de destin plus forte que la mort elle-même. Si la vie vécue par vents contraires est loin d’être idéale il advient parfois qu’elle demeure malgré tout indétachable d’un idéal sur quoi un sujet se refuse à jamais de transiger, dût-il pour cela payer le prix fort de sa vie elle-même. Le paradoxe témoigne d’un réel. Qui pourra dire dès lors la cause dernière, si elle existe, du sacrifice ?
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1 En Irlande le taux est 24% de 2008 à 2009 alors que pour la France le taux de croissance du suicide à hauteur 40% porte sur une période de 8 ans (1977-1985) d’après Louis Chauvel, « La croissance du suicide et les problèmes de la société française après les Trente glorieuses », Observatoire français des conjonctures économiques, et Fondation nationale des sciences politiques, 1997. http://www.louischauvel.org/. – Le taux grec avoisine le double des 23% de hausse notés aux Etats-Unis de 1928 à 1932 pendant la Grande Dépression (The New York Times, 14 avril 2011).
2 The Guardian, 18 décembre 2011.
3 The New York Times, 14 avril 2011, sur la foi d’une étude exhaustive menée par les chercheurs des Federal centers for Disease control and Prevention et portant sur la période 1928-2007 aux Etats-Unis recensée dans The American Journal of public health.
4 Le Monde, « La hausse des suicides liés à la crise, une réalité ignorée », Page Société, édition datée du 8 février 2012.
5 Cf . Louis Chauvel, op. cit.
6 The Guardian, 18 décembre 2011.
7 Maurice Halbwachs cité dans Henri Ey, « Etude n°14 – Le suicide pathologique», Etudes psychiatriques, tome II, Desclée de Brouwer, Paris, 1950, p. 363.
8 Cf. Louis Chauvel, op. cit.
9 Ce qui reste d’Auschwitz, Editions Payot et Rivages, Paris, 2003, p. 116.
10 Le suicide, PUF, 1930, pp. 10 et 14.
11 « Les politiques parlent du mariage pour ne pas parler du suicide des jeunes homos », Le Monde, 2 avril 2012.
12 « Pour introduire la discussion sur le suicide », Résultats, idées, problèmes, tome I, PUF, 1984, p. 131.
CHRONIQUE d’Éric Laurent Errements de la HAS : ignorance des études à long terme et de la sexualité, survalorisation de l’ABA, non-reconnaissance de la pédopsychiatrie.
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Elégant, sobre de forme et prodigue de détails, dense et limpide, tel est Lacan lecteur de Gide. Impossible de ne pas penser que Philippe Hellebois, son auteur, avait une affaire sérieuse avec l’un et l’autre, Gide ou « l’homme couvert de livres » […]
« Il faut porter jusqu’à la fin toutes les idées qu’on soulève » Paludes.
Elégant, sobre de forme et prodigue de détails, dense et limpide,
tel est Lacan lecteur de Gide. Impossible de ne pas penser que Philippe Hellebois, son auteur, avait une affaire sérieuse avec l’un et l’autre, Gide ou « l’homme couvert de livres » et Lacan, qui a consacré à ce dernier un écrit en surplomb, puisque appliqué à l’essai de psychobiographie qui devait former ce complément de son œuvre que Gide appelait de ses vœux et qu’il sut faire cristalliser : « Il ne m’est pas arrivé souvent de renoncer : un délai, c’est tout ce qu’obtient de moi la traverse1 ». Et voilà que s’offrait, au présent, un Delay chargé d’avenir. De là à prendre le désir à la lettre, le pas était franchi.
Gide, Delay, Lacan, et Jacques-Alain Miller qui a préfacé l’ouvrage – mais aussi livré son commentaire du Gide de Lacan dans La Cause freudienne n°25 – forment donc le quatuor auquel Philippe Hellebois ajoute sa lecture, gageure réussie, car loin de répéter ou d’obturer l’accès à ces lectures, il y invite, à nouveaux frais, par sa construction en étoile dont chacune des cinq branches forme un Holzweg, comme par ses excursus, détails grossis qui, assumés comme le goût personnel de l’auteur, n’en ravivent que mieux, avec cette mesure nouvelle, la structure de l’œuvre.
Magnifique, l’incipit équivoque : « nun bin ich endlich geborgen » emprunté aux Elégies romaines. Gide ne croyait pas si bien dire, faufilant le G caché (de Goethe comme de Gide) dans le geboren, pour renaître de son écriture, et s’il se dit marri, sur l’instant de son lapsus, d’avoir fait un « gros contresens », il finit, un demi-siècle plus tard, par affirmer que Goethe, sans doute, ne l’eût point désavoué.
Epuiser son image même
Puiser, épuiser. Il puise depuis toujours dans les livres sa manne, il se soumet aux influences qui le révèlent à lui-même en tant qu’il se veut pas tant singulier que porteur d’une vérité à faire connaître au plus grand nombre (p. 87) et, en même temps, il se voue à épuiser, et l’image qui l’étaye (cf p.89), et la volupté qui le subjugue. Ainsi Lacan fera de Gide le fléau partageant le désir et la jouissance (p.92).
Je ne déflorerai pas cette lecture, profitable en tous ses détours, mais je ferai, en mouche de ce coche, une station supplémentaire à la note 2 des pages 471-72 des Ecrits où se condense le style caractéristique de la méthode de Lacan. Je le cite : « “Dic cur hic (l’autre Ecole”, épigraphe d’un Traité de la contingence, paru en 1895 (Paris, Librairie de l’Art indépendant, 11, rue de la Chaussée-d’Antin), où la dialectique de cet exemple [le nombre deux se réjouit d’être impair] est discutée (p. 41). Œuvre d’un jeune homme nommé André Gide dont on ne peut que regretter qu’il se soit détourné des problèmes logiques pour lesquels cet essai le montrait si doué. »
De fait, mais ce fait n’est pas si aisé à situer, la première édition de
Paludes (achevé d’imprimer : 5 mai 1895) comportait en faux titre « Traité de la contingence ». Or il advint que dans l’édition de 1899, Gide retrancha le faux-titre, et y substitua le sous-titre « Traité du vain désir ».
Le faux-titre : placée en début d’ouvrage, cette page rappelle uniquement le titre et l’éventuel sous-titre de l’ouvrage. La fonction du faux titre est de donner du souffle et de l’espace au livre par le ménagement de blancs.
Quand il désigne délibérément Paludes, qui s’est donc appelé Paludes dès sa première édition, par son sous-titre cité en faux-titre « Traité de la contingence », Lacan entend bien nous indiquer l’importance de cet effacement – notons qu’il ne prend même pas la peine de citer le nouveau sous-titre venu à la place du premier. Plutôt indique-t-il ici le lieu d’un carrefour, premier vide auquel succédera celui, traumatique, creusé par l’abolition qui résultera de la destruction de sa correspondance amoureuse avec Madeleine.
La contingence restreinte saisie par Lacan
Lacan a en effet cerné dans la vie d’André Gide le moment où la contingence fit passer ce dernier du statut d’enfant disgracié, livré au sadisme informe de son autoérotisme primaire, à celui d’enfant désiré (Le Séminaire, livre V, Les formations de l’inconscient, p. 258 et sq). Or cet événement, qui fut certes, d’une part, « salvation », ne put être, d’autre part – pour avoir eu lieu « sans médiation » – que marqué du trauma. Sa s doute l’opération qui eut lieu fit-elle qu’en ce point, là où il y avait eu un trou, une place se définissait : la contingence avait eu lieu. Elle produirait, pourtant, un refus, car l’enfant désiré (séduit par sa tante), Gide ne pourrait, lui, l’être. Il ne l’aurait été, qu’une fois, à son insu.
Gide se ferait donc, sans le savoir, non pas le sujet des hasards de la rencontre, mais l’objet de la répétition de l’événement déplacé. Parallèlement il choisirait de faire de la multitude des possibles la substance de son travail d’écriture, prolifération insatiable et contrepoint nécessaire d’une jouissance qui, sans cette discipline, n’eût été que pure et rapide consomption.
N’était la mémoire incise de Lacan, cette contingence n’aurait été que mensonge d’écriture inaperçu, lettre précipitée – passée à l’as – dans le gouffre de l’oubli, tandis que dans ce moment d’effacement d’une trace, ce qui se modelait logiquement, pour et par celui qui s’évertuerait à devenir André Gide, était une matrice : celle de l’imitation de soi-même, un soi-même toujours inaccessible, d’avoir été insaisissable dans le présent de l’événement contingent, voué à se fixer et à demeurer Un, irrattrapable.
Le miroir n’y aura donc pas été traversé, et le style de l’écrivain n’aura plus cessé de manquer de s’y ficher – il l’eût alors fracassé –, pour s’y réfracter, à l’infini. Au fil de la plume, l’écriture aura couru après la temporalité de l’acte qu’elle n’aura atteint qu’en se bouclant sur l’œuvre, interrompue par la mort, enfin et proprement inachevée.
Nathalie Georges-Lambrichs
1 Cité par Delay, II, 479, de Si le grain ne meurt, p. 357, à rapprocher du « Tant pis j’agirai autrement ». (Delay, II, 18), écrit dans son carnet de notes à la date du 1er janvier 1891 sous le coup du refus majeur qu’il essuyait de Madeleine.
« Virés ! » par Éric Laurent
Publié dans le N°129 de Lacan Quotidien
La tragédie de l’ingratitude par Pierre Naveau
Centre dramatique régional de Tours, 10 décembre 2011, dernière, à Tours, de Suréna de Corneille, mise en scène de Brigitte Jaques.
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