{"id":10052,"date":"2012-03-29T22:17:23","date_gmt":"2012-03-29T20:17:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=10052"},"modified":"2014-02-07T00:37:48","modified_gmt":"2014-02-06T23:37:48","slug":"sous-le-regard-ou-pire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/03\/sous-le-regard-ou-pire\/","title":{"rendered":"Sous le regard \u2026Ou pire"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"right\"><strong><\/strong><span style=\"color: #ff0000;\"><strong> Sous le regard<\/strong><\/span><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"right\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>\u2026Ou pire<\/strong><\/span><strong><\/strong><strong><\/strong><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Laure Naveau<\/span><\/strong><\/h2>\n<p><strong>\u00a0<!--more--><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lacan-Quotidien-n\u00b0188-Laure-Naveau.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9983\" title=\"Te\u0301le\u0301chargement\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"28\" srcset=\"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg 300w, https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><!--more--><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Saisie d\u2019effroi, les mots manquent et, pourtant, il est urgent d\u2019\u00e9crire<\/em><\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<table cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\" align=\"left\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>O<\/strong>n peut trouver, dans le dernier num\u00e9ro du Point consacr\u00e9 aux assassinats de Toulouse et de Montauban, ces mots de <strong>Jacques-Alain Miller<\/strong> qui frappent par leur justesse\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(\u2026) Quand cette haine passe \u00e0 l\u2019acte sur de petits enfants, le th\u00e9\u00e2tre secret de la pulsion se d\u00e9voile comme <em>th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9<\/em> (Antonin Artaud). Et c\u2019est alors <em>l\u2019effroi, l\u2019horreur, le frisson.<\/em> <em>Car<\/em><strong> <\/strong>chacun d\u2019entre nous, tout \u00e9perdu de compassion qu\u2019il soit, est aussi sollicit\u00e9 dans sa part irr\u00e9ductible d\u2019inhumanit\u00e9, sans laquelle il n\u2019est pas d\u2019humanit\u00e9 qui tienne.<sup>1<\/sup>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce \u00ab\u00a0car\u00a0\u00bb causal m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9, qui met l\u2019accent sur la sollicitation de \u00ab\u00a0chacun d\u2019entre nous\u00a0\u00bb dans ce th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Lacan<\/strong> nous a appris \u00e0 lire ce qui se cache derri\u00e8re les barri\u00e8res du vrai, du bien, du beau\u00a0: c\u2019est l\u2019horreur. Dans son extraordinaire S\u00e9minaire sur <em>L\u2019\u00e9thique de la psychanalyse<\/em><em>,<\/em> dont une r\u00e9f\u00e9rence majeure est Sade,<em> <\/em>il a situ\u00e9 cette horreur dans ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0<strong>le champ de \u00a0La Chose<\/strong>\u00a0\u00bb. Le fait que la cr\u00e9ation n\u2019aille pas sans une pr\u00e9alable destruction, que le vrai de la jouissance, son champ central, comme Lacan s\u2019exprime, soit la destruction, que cette destruction ait pour objectif ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0la seconde mort \u00bb, celle qui vise l\u2019\u00eatre au-del\u00e0 du corps, ne manque pas, en effet, de solliciter notre attention aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rejet m\u00eame auquel la psychanalyse est r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9e n\u2019est pas sans lien avec ce que Freud et Lacan ont d\u00e9voil\u00e9 au monde, <strong>la pulsion de mort<\/strong> qui habite chacun, et pas seulement le prochain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques-Alain Miller rappelle, fort \u00e0 propos, que la plus intense des passions s\u2019appelle la haine, et que c\u2019est elle que \u00ab\u00a0les id\u00e9ologies d\u2019extr\u00eame droite encensent et nourrissent\u00a0\u00bb, sous la forme d\u2019un \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efsme individuel\u00a0\u00bb, cependant que \u00ab\u00a0la gauche esp\u00e8re des insurrections collectives\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi, lorsqu\u2019au local de l\u2019ECF \u00e0 Paris en automne 2011, les soir\u00e9es de l\u2019Observatoire, anim\u00e9es par Agn\u00e8s Aflalo, nous introduisent au texte passionnant de <strong>Catherine Lazarus-Matet <\/strong>sur <strong>\u00ab\u00a0La crise du vivre ensemble\u00a0<sup>2<\/sup>\u00bb<\/strong>, si actualis\u00e9 ces derniers jours, nous fr\u00e9missons de cette anticipation qui ne cesse pas. Je cite Catherine\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce th\u00e8me, vieux comme le monde, conna\u00eet actuellement une r\u00e9surgence significative du malaise de notre \u00e9poque \u00e0 travers nombre de colloques et de publications. La formule du \u201cvivre ensemble\u201d est adopt\u00e9e par tous pour alerter sur la crise de celui-ci. Comment recr\u00e9er, en d\u00e9mocratie, du lien social dans un monde marchand, marqu\u00e9 par le chiffre, la jouissance du Un, la discrimination, l\u2019intol\u00e9rance, la crise \u00e9conomique, la perte du symbolique, l\u2019indignation, la chute des puissants, le succ\u00e8s des discours extr\u00e9mistes, etc.\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son texte se termine par cette citation extraite de la conclusion du dernier <strong><em>S\u00e9minaire<\/em> de Lacan<\/strong> paru en 2011, \u00ab\u00a0<strong>\u2026 ou pire\u00a0<\/strong>\u00bb,\u00a0 o\u00f9, comme elle le mentionne,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0il y a quarante ans, Lacan fait part de la face sombre de l\u2019avenir\u00a0: Le terme <em>fr\u00e8re <\/em>est sur tous les murs, <em>Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9<\/em>. Mais je vous le demande, au point de culture o\u00f9 nous en sommes, de qui sommes-nous fr\u00e8res\u00a0? (\u2026) Puisqu\u2019il faut bien tout de m\u00eame ne pas vous peindre uniquement l\u2019avenir en rose, sachez que ce qui monte, qu\u2019on n\u2019a pas encore vu jusqu\u2019\u00e0 ses derni\u00e8res cons\u00e9quences, et qui, lui, s\u2019enracine dans le corps, dans la fraternit\u00e9 du corps, c\u2019est le racisme. Vous n\u2019avez pas fini d\u2019en entendre parler.<sup>3<\/sup>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Triste actualit\u00e9, certes. Mais qui invite le psychanalyste, sans optimisme mais sans d\u00e9sespoir, \u00e0 <strong>combattre toute forme d\u2019obscurantisme<\/strong>, tel <strong>Voltaire<\/strong> d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0<strong>\u00e9craser l\u2019inf\u00e2me<\/strong>\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par BHL dans sa pr\u00e9face au \u00ab\u00a0Philosophe ignorant\u00a0\u00bb<sup>4<\/sup>), \u00e0 ne pas reculer devant l\u2019acte d\u2019interpr\u00e9ter, de bien dire, d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Relisons Voltaire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Vous me demandez \u00e0 quoi bon tout ce sermon, si l\u2019homme n\u2019est pas libre\u00a0? D\u2019abord, je ne vous ai point dit que l\u2019homme n\u2019est pas libre\u00a0; je vous ai dit que sa libert\u00e9 consiste dans son pouvoir d\u2019agir, et non pas dans le pouvoir chim\u00e9rique de <em>vouloir vouloir.<\/em><em>\u00a0<\/em>\u00bb (Ignorance)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Commencement de la raison)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je vois qu\u2019aujourd\u2019hui, dans ce si\u00e8cle qui est l\u2019aurore de la raison, quelques t\u00eates de cette hydre du fanatisme renaissent encore. Il para\u00eet que leur poison est moins mortel, et leurs gueules moins d\u00e9vorantes. Le sang n\u2019a pas coul\u00e9 pour la gr\u00e2ce versatile, comme il coula si longtemps pour les indulgences pl\u00e9ni\u00e8res qu\u2019on vendait au march\u00e9\u00a0; mais le monstre subsiste encore\u00a0: quiconque recherchera la v\u00e9rit\u00e9 risquera d\u2019\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9. Faut-il rester oisif dans les t\u00e9n\u00e8bres\u00a0? Ou faut-il allumer un flambeau auquel l\u2019envie et la calomnie rallumeront leurs torches\u00a0? Pour moi, je crois que la v\u00e9rit\u00e9 ne doit pas plus se cacher devant ces monstres que l\u2019on ne doit s\u2019abstenir de prendre de la nourriture dans la crainte d\u2019\u00eatre empoisonn\u00e9.\u00a0<sup>5<\/sup>\u00bb<em>\u00a0 <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, lire <strong><em>Le cerveau de Voltaire<\/em><\/strong><sup>6<\/sup>, pour rester malicieux, et \u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\" align=\"center\">\n<hr align=\"center\" size=\"2\" width=\"100%\" \/>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>1<\/sup> Miller J.-A., <em>Le th\u00e9\u00e2tre secret de la pulsion<\/em>, Le Point n\u00b0 2062, 22 mars 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>2<\/sup> Lazarus-Matet Catherine, <em>Un syntagme contemporain\u00a0: la crise du \u201cvivre ensemble\u201d<\/em>, consultable sur le site de l\u2019ECF, novembre 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>3<\/sup> Lacan J., <em>Le S\u00e9minaire<\/em>, livre XIX, \u2026<em>ou pire<\/em>, Seuil, Paris, 2011, p. 235.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>4 <\/sup>Voltaire, <em>Le philosophe ignorant<\/em>, Livre de poche, <em>biblo essais, n\u00b0 31448.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><sup>5<\/sup><\/em><em> <\/em>Ibid., p. 114 et p. 119.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>6<\/sup> Nouchi Franck, <em>Le cerveau de Voltaire<\/em>, Gallimard, Paris, 2012.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous le regard \u2026Ou pire Laure Naveau <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":4870,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[272],"tags":[2148,2153,2151,2150,2152,2149,363],"class_list":["post-10052","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","tag-assassinats","tag-ecraser-linfame","tag-le-champ-de-la-chose","tag-montauban","tag-pulsion-de-mort","tag-toulouse","tag-voltaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10052"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10052\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13653,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10052\/revisions\/13653"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4870"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}