{"id":10084,"date":"2012-03-30T22:20:43","date_gmt":"2012-03-30T20:20:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=10084"},"modified":"2012-04-09T22:21:08","modified_gmt":"2012-04-09T20:21:08","slug":"les-cercles-memoriaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/03\/les-cercles-memoriaux\/","title":{"rendered":"Les Cercles m\u00e9moriaux"},"content":{"rendered":"<div>\n<h1 align=\"center\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Les Cercles m\u00e9moriaux <\/span><\/strong><\/h1>\n<h2 align=\"center\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Nathalie Georges-Lambrichs<\/strong><\/span><\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lacan-Quotidien-n\u00b0189-Nathalie-Georges-Lambrichs.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9983\" title=\"Te\u0301le\u0301chargement\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"28\" srcset=\"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg 300w, https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><!--more--><\/p>\n<p><strong>O<\/strong>n sait la r\u00e9v\u00e9rence de Freud pour l\u2019artiste \u00ab\u00a0qui toujours pr\u00e9c\u00e8de le psychanalyste\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s cent ans de noces ou de cohabitation forc\u00e9e entre l\u2019une et l\u2019autre, la question reste pos\u00e9e de savoir si cette pr\u00e9cession est fond\u00e9e quant \u00e0 la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici <strong>David Collins<\/strong>, n\u00e9 en 1968, qui publie son deuxi\u00e8me roman <em>Les cercles m\u00e9moriaux<\/em> (\u00a9 2012, non pas au Seuil, comme le premier, mais \u00e0 \u00ab\u00a0L\u2019Escampette \u00e9ditions\u00a0\u00bb, cela seul semble d\u00e9j\u00e0 un programme). Sur la quatri\u00e8me de couverture, <strong>Alberto Manguel<\/strong> se demande par quel myst\u00e8re c\u2019est un Fran\u00e7ais qu\u2019il intronise disciple de Borges, Bioy Casares et Cortazar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L<\/strong>e \u00ab\u00a0<strong>Naufrag\u00e9<\/strong>\u00a0\u00bb est un homme sans m\u00e9moire, \u00e9chou\u00e9 dans un d\u00e9sert, trois carnets cousus dans son v\u00eatement. Ce d\u00e9sert, comme tous les lieux, nombreux, qui scanderont son parcours plan\u00e9taire, existe. L\u2019aleph est partout, comme l\u2019enfer sans doute, affin aux cercles, que le titre pluralise sans les d\u00e9nombrer. La qu\u00eate est engag\u00e9e d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, sous le signe de la contingence. Elle fait r\u00e9sonner le champ freudien\u2026 pour les freudiens \u2013 minoritaires par principe, c\u2019est-\u00e0-dire dispers\u00e9s chacun en sa solitude, en de\u00e7\u00e0 de b\u00e9n\u00e9- comme de mal\u00e9-diction, et donc en sympathie, ici, avec le h\u00e9ros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>O<\/strong>n peut se divertir en suivant le trajet des personnages sur google\u00a0; c\u2019est tr\u00e8s amusant, car le roman en devient <em>underground<\/em>\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 la toile fourmille de bonnes adresses pour vous loger et restaurer partout o\u00f9 le naufrag\u00e9 et fauteur des cercles de m\u00e9moire fait escale \u2013 m\u00e9moire dont le culmen est le combat de l\u2019oubli par l\u2019oubli<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(p. 133), Elias, car le Naufrag\u00e9 c\u2019est bien lui, ses papiers retrouv\u00e9s l\u2019attestent \u2013 impose au monde son \u00eatre fait d\u2019un corps qui est un mobile obstin\u00e9, malade du mouvement aveugle qui le meut. Il est dit qu\u2019il recherche un certain visage, et l\u2019auteur entend faire n\u00f4tre sa pers\u00e9v\u00e9rance, de rencontre en rencontre, sa soumission \u00e0 un vouloir qui ne cesse pas de lui \u00e9chapper et qui, d\u2019\u00e9chapp\u00e9e en \u00e9chapp\u00e9e \u2013 il ira jusqu\u2019\u00e0 marcher en arri\u00e8re (selon la m\u00e9thode du chaman Galsan (p.111), s\u2019\u00e9loigne pour mieux se rapprocher d\u2019un point qui ordonne depuis le heurt premier hors de lui sa gravit\u00e9. Il (le roman) va le (le h\u00e9ros) mener au but, \u00e0 la but\u00e9e qui manque, butte v\u00e9nusienne pas tr\u00e8s borg\u00e9sienne mais n\u00e9anmoins (d\u2019autant plus\u00a0?) salvatrice, rencontr\u00e9e avant le premier tiers du r\u00e9cit puisque, \u00e0 d\u00e9faut du mot qui donnerait la cl\u00e9 de la serrure en quoi le livre, labyrinthique, consiste avec vaillance (se d\u00e9faisant et refaisant sans cesse avec des bribes et des morceaux de visions et d\u2019\u00e9critures entrelac\u00e9es), c\u2019est une jeune photographe chinoise qu\u2019il rencontre dans un nuage et un fracas hom\u00e9riques (m\u00eame si leur cause et leur orchestration sont r\u00e9solument contemporaines et tr\u00e8s r\u00e9alistes) et qu\u2019il ne quittera plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c0<\/strong> partir de quoi le texte est scand\u00e9 par les clich\u00e9s que prend r\u00e9guli\u00e8rement la jeune femme, clich\u00e9s invisibles, que seule leur l\u00e9gende indexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>P<\/strong>rouesse, plaisir, l\u2019\u00e9criture \u00e0 deux voix \u2013 l\u2019italique de r\u00eave, la romaine de progression et de stations \u00e0 la troisi\u00e8me personne \u2013 se tresse avec la s\u00e9rie de photographies d\u00e9rob\u00e9es au regard, et la qu\u00eate se d\u00e9ploie dans ce roman d\u2019apprentissage \u00e0 l\u2019envers et recompos\u00e9 o\u00f9 la dissection d\u2019un narrateur \u00e9clat\u00e9 porte le sac de peau qui lui sert d\u2019habitacle aux quatre coins de l\u2019univers,\u00a0 celui-ci \u00e9tant d\u00e9sormais r\u00e9duit \u00e0 un point qui redonne au livre sa dimension d\u2019infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L<\/strong>e tour, r\u00e9ussi, s\u2019accomplit en plusieurs boucles, autour d\u2019un mot salvateur\u00a0: le nom de la danse, prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019or\u00e9e du roman et qui revient, danse dont les figures sont une autre m\u00e9taphore du silence qui aura litt\u00e9ralement caus\u00e9 la logique accidentelle de cet itin\u00e9raire tragique et n\u00e9cessaire\u00a0; peu \u00e0 peu l\u2019\u00e9cho, la r\u00e9sonance auront pris corps, et ce sont eux qui, \u00e0 la fin, rendront les personnages \u00e0 leur solitude amoureuse et vivante, le h\u00e9ros \u00e9tant pass\u00e9 par tous les \u00e9tats de son exil int\u00e9rieur pour consentir \u00e0 son retour, par del\u00e0 l\u2019occultation de sa naissance et le drame de sa g\u00e9n\u00e9ration mutil\u00e9e par l\u2019histoire, car tout miracle exige de la m\u00e9thode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Q<\/strong>u\u2019il ait fait ou non une analyse, l\u2019auteur semble avoir pris avec lui tout ce qu\u2019une cure aujourd\u2019hui aurait pu lui enseigner. Lui est n\u00e9 ou rest\u00e9 le go\u00fbt d\u2019\u00e9crire des histoires, de r\u00e9galer la cr\u00e9ature suppos\u00e9e exister encore sous l\u2019appellation \u00ab\u00a0le lecteur\u00a0\u00bb qui, le livre ferm\u00e9, se sera l\u00e0, d\u00e9licieusement, perdu, retrouv\u00e9 et ali\u00e9n\u00e9 dans ce pass\u00e9 qui \u00e9tant \u00e0 tous n\u2019est plus \u00e0 personne, sinon \u00e0 qui se met \u00e0 la t\u00e2che de le construire pour se l\u2019approprier, d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte une d\u00e9possession qui peut produire l\u2019enthousiasme \u2013 on sait que Lacan s\u2019en m\u00e9fiait, et Aristote avant lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019analyse \u2013 sa discipline \u2013 appelle en ce point \u00e0 une s\u00e9paration non moins m\u00e9thodique que cette <em>p\u00e8re-dition<\/em> orchestr\u00e9e pour un plaisir <em>hypo-crite<\/em> qui laisse, et c\u2019est heureux, \u00e0 d\u00e9sirer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle appelle une exposition des fondements de la position de celui qui fait \u0153uvre et livre au \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb un livre de plus. L\u2019amour de la litt\u00e9rature le nimbe, sans doute. Nous cherchons le point o\u00f9, la nu\u00e9e qui enveloppe son servant se rar\u00e9fiant, nous sera donn\u00e9 acc\u00e8s \u00e0 celui-l\u00e0, singulier, \u00e0 son \u00ab\u00a0vrai visage\u00a0\u00bb, selon la formule dont Manguel use.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>P<\/strong>rofession\u00a0: romancier. Pour qui, pour quoi\u00a0? David Collin creuse en lui, en nous, une attente\u00a0: le don d\u2019un roman de plus ne saurait \u00eatre un don gratuit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Cercles m\u00e9moriaux Nathalie Georges-Lambrichs<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":10085,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[78],"tags":[677,2163,2164],"class_list":["post-10084","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-alire","tag-artiste","tag-david-collins","tag-naufrage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10084"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10130,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10084\/revisions\/10130"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10085"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10084"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10084"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10084"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}