{"id":10099,"date":"2012-04-05T22:24:09","date_gmt":"2012-04-05T20:24:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=10099"},"modified":"2012-04-09T22:24:35","modified_gmt":"2012-04-09T20:24:35","slug":"de-lamour-considere-comme-une-bombe-ou-un-terroriste-au-17eme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/04\/de-lamour-considere-comme-une-bombe-ou-un-terroriste-au-17eme\/","title":{"rendered":"De l\u2019amour consid\u00e9r\u00e9 comme une bombe &#8211; ou &#8211; Un terroriste au 17\u00e8me"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">De l\u2019amour consid\u00e9r\u00e9 comme une bombe<\/span><\/strong><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Ou<\/span><\/strong><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Un terroriste au 17\u00e8me<\/span><\/strong><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\">\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Marie-H\u00e9l\u00e8ne Brousse<\/strong><\/span><\/h2>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lacan-Quotidien-n\u00b0192-Marie-Helene-Brousse.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9983\" title=\"Te\u0301le\u0301chargement\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"28\" srcset=\"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg 300w, https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Surena de Corneille<\/strong> au th\u00e9\u00e2tre des Abbesses mis en sc\u00e8ne par <strong>Brigitte Jacques Wajman<\/strong>\u00a0: je sais, c\u2019est une reprise\u00a0: donc on en a parl\u00e9 et on a \u00e9crit, d\u00e9j\u00e0. Mais si vous ne l\u2019avez pas vu, vous avez une semaine, et avec de la chance, je vous la souhaite, vous pouvez y parvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une histoire d\u2019amour entre un homme et une femme, un g\u00e9n\u00e9ral et une princesse, un h\u00e9ros populaire et une femme au d\u00e9sir dont c\u2019est peu dire qu\u2019il est d\u00e9cid\u00e9. Ils sont au del\u00e0 du conflit qui fait c\u00e9l\u00e8bre Corneille\u00a0 dans les topos des manuels de litt\u00e9rature, sous la forme de l\u2019adjectif\u00a0: \u00ab\u00a0conflit corn\u00e9lien\u00a0\u00bb. Surena, le degr\u00e9 z\u00e9ro\u00a0du conflit : entre devoir et d\u00e9sir, entre Eros et Thanatos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C<\/strong>ar Thanatos r\u00e8gne en ma\u00eetre absolu dans les c\u0153urs et sur la sc\u00e8ne politique, sous trois modes\u00a0: la jalousie, la haine et le masochisme<strong>. <\/strong>Surena est l\u2019objet de la jalousie de l\u2019amour comme de celle du pouvoir. Il parle de cette position d\u2019objet et se pr\u00eate avec une constance sans faille \u00e0 l\u2019amour de la dame comme \u00e0 la haine du roi, qu\u2019en toute logique historique, chez Shakespeare par exemple, il aurait du d\u00e9tr\u00f4ner pour prendre une place qui revenait \u00e0 son m\u00e9rite et \u00e0 sa gloire. Il le sait et le dit. Avec une habilet\u00e9 parfaite, il met la dame et le roi au service de sa jouissance masochiste. Chacun joue sa partition sans mollir. Et tout est bien qui finit bien\u00a0: les amants meurent, les rois assassinent. Au passage meurent aussi, d\u00e9g\u00e2ts collat\u00e9raux, la s\u0153ur et la servante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L<\/strong>es vertus corn\u00e9liennes se montrent pour ce qu\u2019elles sont\u00a0: <strong>l\u2019honneur,\u00a0 la fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me, le courage, l\u2019amour m\u00eame, tels de vains oripeaux d\u00e9chir\u00e9s, ne cachent plus le ma\u00eetre qu\u2019ils servent\u00a0: la pulsion de mort<\/strong>. Des dialogues entiers montrent l\u2019autre visage de ces vertus tant c\u00e9l\u00e9br\u00e9es\u00a0: arguties sans fin et mensonges pesants, auxquels ni ceux qui les disent ni ceux qui les entendent, ne croient plus. Ca sent la mort, elle plane, d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne et reste le bien ultime, recours inquestionn\u00e9, celui auquel on aspire sans m\u00eame s\u2019en cacher vraiment. La vertu ne cache plus le vice, il y a d\u00e9j\u00e0 du Sade chez cet ultime Corneille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L<\/strong>\u2019h\u00e9ro\u00efne a quelques accents d\u2019Antigone, pr\u00e9sents notamment dans la sc\u00e8ne qui l\u2019oppose au Roi\u00a0: la loi du c\u0153ur contre la loi de la cit\u00e9. Mais on peut l\u00e0 mettre \u00e0 l\u2019\u0153uvre l\u2019opposition que Lacan fait toujours jouer entre trag\u00e9die grecque et trag\u00e9die\u00a0 des modernes. Car si Antigone se r\u00e9f\u00e8re au devoir envers les morts pour questionner les lois de la cit\u00e9, elle est elle-m\u00eame du c\u00f4t\u00e9 de la vie qu\u2019elle ne quitte pas sans peine, elle est enterr\u00e9e mais vivante. L\u2019h\u00e9ro\u00efne de Surena, <strong>Eurydice la bien nomm\u00e9e, encore en vie, est d\u00e9j\u00e0 du c\u00f4t\u00e9 des morts, ses d\u00e9lices sont\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux, sans que la mort ose me secourir, Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir\u00a0\u00bb<\/strong>.\u00a0 Elle n\u2019est pas du c\u00f4t\u00e9 du devoir des vivants envers les morts au service du symbolique, elle r\u00e9v\u00e8le que le symbolique est au service du triomphe de la jouissance de la pulsion de mort, versus sacrifice au Dieu obscur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L<\/strong>a mise en sc\u00e8ne est sublime de clart\u00e9, de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 chaque mot du texte, les com\u00e9diens extr\u00eames, \u00e0 la hauteur de la langue. Pas d\u2019entre-acte, une fluidit\u00e9 qui v\u00e9rifie la rigueur logique de la pi\u00e8ce. Loin de toute inflation m\u00e9taphorique ou didactique, une simplicit\u00e9 des costumes trait\u00e9s comme des signifiants. Pas de fioriture dans le d\u00e9cor\u00a0: une trouvaille essentielle, une table sur laquelle sont pos\u00e9es des fleurs blanches qui valent aussi bien pour les noces refus\u00e9es que pour la mort appel\u00e9e \u00e0 corps et \u00e0 cris, \u00e0 prendre au sens litt\u00e9ral. <strong>Par deux fois chez Lacan on trouve l\u2019expression \u00ab\u00a0<em>le sens mortel du d\u00e9sir<\/em>\u00a0\u00bb, avant que le terme de jouissance ne vienne \u00e0 la remplacer. Surena, c\u2019est la bombe de jouissance cach\u00e9e dans l\u2019amour, le d\u00e9voilement du terrorisme de l\u2019amour.\u00a0 <\/strong>Sur cette table sont pos\u00e9s aussi quelques plats, des verres et des bouteilles\u00a0: le met comme quintessence de la civilisation. Mais comme dit Freud dans le <em>Malaise<\/em>, la civilisation c\u2019est \u00ab\u00a0<em>vivre au dessus de ses moyens<\/em>\u00a0\u00bb, qui se r\u00e9duisent \u00e0 la pulsion, la seule, la pulsion de mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>P<\/strong>our finir je donne la parole \u00e0 Un qui savait de quoi il parlait\u00a0en mati\u00e8re de terreur, la grande : \u00ab\u00a0<strong><em>Les vertus farouches font les m\u0153urs atroces<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0: Louis Antoine L\u00e9on de Saint-Just, guillotin\u00e9 \u00e0 Paris le 10 thermidor an II.\u00a0 Le Corneille de Surena, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la veille de la R\u00e9volution.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De l\u2019amour consid\u00e9r\u00e9 comme une bombe Ou Un terroriste au 17\u00e8me \u00a0Marie-H\u00e9l\u00e8ne Brousse<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":10109,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[300],"tags":[2169,1537,643],"class_list":["post-10099","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-spectacles","tag-brigitte-kacques","tag-corneille","tag-surena"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10099"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10134,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10099\/revisions\/10134"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}