{"id":10243,"date":"2012-04-19T22:02:56","date_gmt":"2012-04-19T20:02:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=10243"},"modified":"2012-04-23T21:26:18","modified_gmt":"2012-04-23T19:26:18","slug":"%e2%96%aa-la-rose-des-livres-%e2%96%aa-lentretien-par-nathalie-georges-lambrichs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/04\/%e2%96%aa-la-rose-des-livres-%e2%96%aa-lentretien-par-nathalie-georges-lambrichs\/","title":{"rendered":"\u25aa LA ROSE DES LIVRES \u25aa  L\u2019Entretien, par Nathalie Georges-Lambrichs"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">\u00a0\u00a0 <em>Et parcourir les Belles Heures<\/em><\/span><\/strong><strong><em><br \/>\n<\/em><\/strong><\/h4>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Pascal Torres, conservateur au Mus\u00e9e du Louvre, membre <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/pascal-Torres-les-belles-heures.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" title=\"pascal Torres les belles heures\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/pascal-Torres-les-belles-heures-150x150.gif\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>de la Real Academia de Bellas Artes de San Luis (Saragosse, Espagne) a bien voulu r\u00e9pondre aux quatre questions que lui a pos\u00e9e Nathalie Georges-Lambrichs pour Lacan Quotidien.<!--more--><\/em><\/strong><\/span><strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>LQ \u2014 Vous avez contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9dition des <strong>Belles Heures du duc de Berry<\/strong>, actuellement <a href=\"http:\/\/www.louvre.fr\/expositions\/les-belles-heures-du-duc-de-berry\">expos\u00e9es au Louvre<\/a> (5 avril-25 juin 2012). Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es de textes extraordinairement \u00e9rudits, ces enluminures fastueuses suspendraient presque la pens\u00e9e et le jugement, \u00e0 force de beaut\u00e9. Comment ce projet est-il n\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pascal Torres<\/strong> \u2014 Vous \u00e9voquez deux projets, deux r\u00e9alisations. La premi\u00e8re est \u00e9ditoriale, l\u2019autre est une exposition. L\u2019une est li\u00e9e \u00e0 l\u2019autre\u00a0; cependant la premi\u00e8re est p\u00e9renne, la seconde, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Tout cela remonte \u00e0 quelques ann\u00e9es\u00a0: les Cloisters (d\u00e9partement m\u00e9di\u00e9val du Metropolitan Museum de New York) ont entrepris une restauration de l\u2019un des plus pr\u00e9cieux manuscrits fran\u00e7ais du tout d\u00e9but du XV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, <em>Les Belles Heures du duc de Berry<\/em>. La reliure \u00e9tait en souffrance, et nos coll\u00e8gues new-yorkais prirent la sage d\u00e9cision de d\u00e9monter l\u2019ensemble du manuscrit pour restaurer chacun des \u00ab\u00a0bifolios\u00a0\u00bb qui le composent. Le livre devait \u00eatre remont\u00e9 \u00e0 la fin de ce tr\u00e8s lent processus de restauration. Le Metropolitan Museum pr\u00e9senta l\u2019ensemble des feuillets restaur\u00e9s \u00e0 New York, exposition qui fut reprise partiellement par le John Paul Getty Museum de Los Angeles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9e de pr\u00e9senter le chef-d\u2019\u0153uvre des fr\u00e8res Limbourg au Louvre est n\u00e9e dans l\u2019urgence du remontage programm\u00e9 de l\u2019ouvrage. Nos coll\u00e8gues du Metropolitan ont d\u2019embl\u00e9e accept\u00e9 de pr\u00e9senter \u00e0 Paris, ville de naissance des <em>Belles Heures<\/em>, et qui plus est au Louvre \u2013 o\u00f9 le roi Charles V avait log\u00e9 sa \u00ab\u00a0Librairie royale\u00a0\u00bb &#8211; l\u2019ensemble des feuillets que nous solliciterions. Choix difficile cependant car il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re envisageable de pr\u00e9senter toutes les miniatures, toutes les pages enlumin\u00e9es de l\u2019ouvrage. Je m\u2019explique\u00a0: pour des raisons de fragilit\u00e9, le transport, de New York \u00e0 Paris, des \u0153uvres dans des cadres laissant appara\u00eetre tant le recto que le verso des bifolios \u00e9tait impossible. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai d\u00e9fini la double n\u00e9cessit\u00e9 de publier l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des 172 miniatures composant les <em>Belles Heures<\/em> du duc de Berry et de pr\u00e9senter de la fa\u00e7on la plus compl\u00e8te possible l\u2019ensemble des sept cycles histori\u00e9s, inventions r\u00e9volutionnaires de l\u2019esth\u00e9tique des Limbourg, qui composent le manuscrit dans les salles de l\u2019exposition du Louvre. Mais pr\u00e9senter un manuscrit d\u00e9mont\u00e9 pr\u00e9sente une complexit\u00e9 relative\u00a0: l\u2019ordre narratif (de la page 1 \u00e0 la page <em>n<\/em> par exemple) n\u2019est pas restituable ais\u00e9ment puisqu\u2019un bifolio d\u00e9tach\u00e9 d\u2019un cahier pr\u00e9sentera toujours deux rectos et deux versos d\u2019un livre sans aucunement suivre l\u2019ordre num\u00e9rique croissant des pages (except\u00e9s pour les rares bifolios centraux des cahiers respectifs). En somme, la naturelle contradiction (la lecture improbable) r\u00e9sultant de la pr\u00e9sentation d\u2019une seule face de chaque bifolio devait \u00eatre compens\u00e9e par la publication int\u00e9grale des cycles histori\u00e9s. On est ici tr\u00e8s proche des d\u00e9raisons borg\u00e9siennes, des divagations num\u00e9riques\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est curieux, mais la propre caract\u00e9ristique du manuscrit semblait en interdire son exposition.\u00a0 Il demeure que les enluminures des fr\u00e8res Limbourg soient \u00e0 consid\u00e9rer comme le chef-d\u2019\u0153uvre de la peinture fran\u00e7aise du tout premier XV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Les images, consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0peintures de chevalet\u00a0\u00bb (finalement c\u2019est ce qui se produit la plupart du temps dans nos pinacoth\u00e8ques\u00a0!) livreraient tout de m\u00eame quelque miette de leur sens, leur propre \u00e9piphanie de la beaut\u00e9. Il fallait donc \u00e9chapper au contresens, produire du sens qui se rapprocherait le plus possible de la r\u00e9alit\u00e9 des \u0153uvres. Or, nous parlons de l\u2019an 1400. Evidemment, une introduction devenait n\u00e9cessaire, car si je veux bien consid\u00e9rer que l\u2019\u0153uvre parle par soi, il n\u2019est tout de m\u00eame pas ais\u00e9 d\u2019entrer de plain-pied dans la civilisation parisienne du r\u00e8gne de Charles VI sans se livrer \u00e0 un effort \u2013 un combat\u00a0? \u2013 particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>LQ \u2014 Quant au concept de \u201cbelles heures\u201d, il \u00e9veillerait plut\u00f4t la nostalgie&#8230; Je suppose, n\u00e9anmoins, que votre intention est autre que de fasciner votre public&#8230;. Quelles sont vos intentions secr\u00e8tes, au-del\u00e0 de \u201cla pure d\u00e9lectation\u201d que les regarder produit immanquablement ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pascal Torres<\/strong> \u2014 L\u2019intention est de montrer, en donnant \u00e0 saisir le sens de la cr\u00e9ation des fr\u00e8res Limbourg, une \u0153uvre m\u00e9connue car difficilement accessible, mais qui en soi serait comparable \u00e0 deux chefs-d\u2019\u0153uvre juxtapos\u00e9s, ant\u00e9rieurs de cent ans aux <em>Belles Heures\u00a0<\/em>: c\u2019est comme si vous exposiez dans un m\u00eame espace les chapelles inf\u00e9rieures et sup\u00e9rieures d\u2019Assise et la Chapelle des Scrovegni de Padoue. Le degr\u00e9 d\u2019invention, de dilution des contraintes iconographiques, de souplesse dans la repr\u00e9sentation du r\u00e9el, de l\u2019abstraction des structures \u00ab\u00a0grammaticales\u00a0\u00bb du langage pictural des Limbourg est absolument comparable, \u00e0 mon sens, \u00e0 l\u2019\u00e9closion de la peinture moderne dont Cimabue d\u2019abord, puis son suiveur Giotto ont d\u00e9fini l\u2019essentiel de la grammaire en l\u2019espace de quelques d\u00e9cennies. Alors oui, il y a indubitablement l\u00e0 une fascination qui d\u00e9passe toute mesure lorsque l\u2019on regarde les feuilles des Limbourg. Mais cette fascination, pour \u00eatre hautement contagieuse, n\u2019est pas une justification essentielle \u00e0 l\u2019exposition. Mais puisque vous faites un jeu de mots bien naturel sur la notion de <em>Belles Heures<\/em>, je vais m\u2019en servir pour tenter une approximation \u00e0 l\u2019intention de l\u2019exposition du Louvre. Ce titre fut tr\u00e8s t\u00f4t donn\u00e9 au manuscrit \u2013 ce qui est riche d\u2019enseignement. Il faut se replacer n\u00e9anmoins au c\u0153ur des splendeurs de la cour des Valois pour en saisir pleinement le sens. Jean de France duc de Berry (1340 \u2013 1416), commanditaire du manuscrit, \u00e9tait le fils du roi Jean II dit Le Bon (1319-1364). Il \u00e9tait fr\u00e8re du roi Charles V Le Sage (1338-1380), fr\u00e8re de Louis I<sup>er<\/sup> duc d\u2019Anjou (1339-1384), fr\u00e8re du duc de Bourgogne Philippe le Hardi (1342-1404). Nous parlons l\u00e0 des principaux m\u00e9c\u00e8nes du gothique parisien\u2026 Et c\u2019est dans cette cour si raffin\u00e9e que les livres d\u2019Heures, livres appartenant \u00e0 la d\u00e9votion priv\u00e9e, vont conna\u00eetre un essor in\u00e9dit. L\u2019accent mis sur la nature individuelle de la pi\u00e9t\u00e9 a conduit \u00e0 cette mode du livre de d\u00e9votion priv\u00e9e, et vers l\u2019an 1400, il existe davantage de manuscrits de luxe enlumin\u00e9s aupr\u00e8s des milieux la\u00efcs que des milieux eccl\u00e9siastiques. La premi\u00e8re mention historique des <em>Belles Heures<\/em> se trouve dans le quatri\u00e8me inventaire des biens de Jean de France r\u00e9dig\u00e9 par Robinet d\u2019Estampes vers 1408, en tout cas avant le 9 juillet 1409. La mention de l\u2019inventaire para\u00eet sous le n\u00b0 960\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0item, unes belles Heures, tr\u00e8s bien et richement histori\u00e9es\u00a0; et au commencement est le Kalendrier, bien richement escript et histori\u00e9s\u00a0; et apr\u00e8s est histori\u00e9e la Vie et Passion de Saincte Katherine\u00a0; et ensuivant sont escriptes les quatre \u00e9vangiles et deux oroisons de Nostre Dame\u00a0; et apr\u00e8s commancent les Heures de Nostre Dame, et s\u2019ensuivent plusieurs autres heures et oroisons\u00a0; et au commancement su second feuillet des dictes Heures de Nostre Dame a escript\u00a0:audieritis\u00a0; couvertes de veluiau vermeil, \u00e0 deux fermouers d\u2019or, esquielx sont les armes de Monseigneur de haulte taille\u00a0; et par dessus lesdictes heures a une chemise de veluiau vermeil, doubl\u00e9 de satin rouge\u00a0; lesquelles heures Monseigneurs a fait faire par ses ouvriers\u00a0\u00bb. <\/strong>Une si longue description dans un inventaire t\u00e9moigne de l\u2019admiration, de la magie, suscit\u00e9e par un tel manuscrit, initi\u00e9 en 1405 et achev\u00e9 en 1409. En fait, il s\u2019agit du seul manuscrit enti\u00e8rement autographe r\u00e9alis\u00e9 par les fr\u00e8res Limbourg. C\u2019est absolument exceptionnel. De surcro\u00eet, les ann\u00e9es dont nous parlons (ce qu\u2019attestent avant tout les <em>Belles Heures<\/em>) sont les ann\u00e9es d\u2019\u00e9laboration du style novateur des Limbourg. En lisant les <em>Belles Heures<\/em>, nous assistons \u00e0 la naissance de leur art, depuis le d\u00e9passement de la Bible moralis\u00e9e de Philippe le Hardi, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9closion irr\u00e9futable de g\u00e9nie des <em>Tr\u00e8s Riches Heures<\/em> de Jean de France. Par la force des choses, les suivre \u00e9duque le regard, ouvre un parcours p\u00e9dagogique vers la profonde m\u00e9tamorphose que conna\u00eet la repr\u00e9sentation peinte au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie du XV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est toute une vision du monde qui appara\u00eet. Ce manuscrit expose l\u2019\u00e9piphanie de notre civilisation, celle de l\u2019image et du mouvement. C\u2019est peut-\u00eatre cela l\u2019intention la plus secr\u00e8te\u00a0: r\u00e9v\u00e9ler au regard du public ce que nous a l\u00e9gu\u00e9 le gothique parisien du premier XV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est pour cela aussi que la m\u00e9daille d\u2019H\u00e9raclius, exceptionnellement pr\u00eat\u00e9e par la Biblioth\u00e8que Nationale de France trouve ici sa place. Elle repr\u00e9sente l\u2019Empereur Manuel II Pal\u00e9ologue. C\u2019est un portrait, c\u2019est aussi une pr\u00e9sence de la perfection de l\u2019art des joailliers parisiens de la fin du XIV\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: Manuel II pal\u00e9ologue se trouvait \u00e0 Paris de 1400 \u00e0 1402 pour lever des fonds destin\u00e9s \u00e0 lever une croisade contre le Turc. Vous voyez\u00a0: tout y est, Paris financier, Paris de l\u2019art courtois, centre et nombril des royaumes chr\u00e9tiens d\u2019Occident o\u00f9 s\u2019exprima l\u2019art subtil et fondateur des Limbourg\u2026<strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>LQ \u2014 Il ne faut en tout cas pas confondre les <\/em>Belles Heures<em> avec les <\/em>Tr\u00e8s Riches Heures<em> conserv\u00e9es \u00e0 Chantilly, dues au g\u00e9nie des m\u00eames fr\u00e8res, Herman, Paul et Jean Limbourg. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pascal Torres<\/strong> \u2014 Effectivement. Les<em> Tr\u00e8s Riches Heures <\/em>du duc de Berry, acquises par le duc d\u2019Aumale en 1856 et conserv\u00e9es au Mus\u00e9e Cond\u00e9 \u00e0 Chantilly ont illustr\u00e9 tous nos livres d\u2019histoire. (Il est amusant d\u2019ailleurs de rappeler que l\u2019un des emplois les plus fr\u00e9quents de ces livres d\u2019Heures \u00e9tait l\u2019apprentissage de la lecture par les enfants des patriciens). Mais les <em>Tr\u00e8s Riches Heures<\/em>, vraisemblablement commenc\u00e9es vers 1411 ou 1412, pour \u00eatre l\u2019ach\u00e8vement de l\u2019art des Limbourg, ne constituent pas un manuscrit enti\u00e8rement autographe. Le manuscrit fut achev\u00e9 par Jean Colombe, apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s simultan\u00e9 des Limbourg en 1416, sans doute \u00e0 cause de la peste. Il n\u2019emp\u00eache\u00a0: le sommet que la cr\u00e9ativit\u00e9 artistique des fr\u00e8res Limbourg atteint dans le manuscrit des <em>Tr\u00e8s Riches Heures<\/em> demeure sans \u00e9quivalent. Si le duc d\u2019Aumale, grand collectionneur rival du baron Edmond de Rothschild au XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avait acquis les <em>Tr\u00e8s Riches Heures<\/em>, Edmond de Rothschild fit l\u2019acquisition des <em>Belles Heures<\/em> entre 1880 et 1884. Le Manuscrit fit partie des chefs-d\u2019\u0153uvre qui ne furent pas donn\u00e9s par ses enfants au Mus\u00e9e du Louvre lors de l\u2019extraordinaire donation (constitu\u00e9e par plus de 100.000 \u0153uvres graphiques) de la collection du baron Edmond de Rothschild le 28 d\u00e9cembre 1935. Les Belles Heures demeur\u00e8rent la propri\u00e9t\u00e9 du baron Maurice de Rothschild, fils d\u2019Edmond, qui quitta Paris pour Montr\u00e9al en juillet 1940, aux premiers jours du R\u00e9gime de Vichy \u2013 lequel autorisa le vol des <em>Belles Heures<\/em> comme un corollaire de sa politique de spoliation des biens juifs. C\u2019est en Allemagne que les alli\u00e9s retrouv\u00e8rent les <em>Belles Heures<\/em> et d\u2019autres manuscrits tout aussi pr\u00e9cieux appartenant aux Rothschild qui avaient, apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, d\u00e9finitivement quitt\u00e9 la France pour s\u2019installer \u00e0 Gen\u00e8ve, au ch\u00e2teau de Pregny. Maurice de Rothschild vendit en 1954 au Metropolitan le manuscrit, en m\u00eame temps que les <em>Petites Heures de Jeanne d\u2019Evreux<\/em>, et offrit en 1956 \u00e0 la Biblioth\u00e8que Nationale de France le tr\u00e8s pr\u00e9cieux manuscrit des <em>Tr\u00e8s Belles Heures de Notre Dame<\/em>,<em> <\/em>\u0153uvre partielle des Limbourg.<strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>LQ \u2014 Voulez-vous nous guider un peu pour faire cette visite et nous \u00e9veiller \u00e0 la signification de ces \u0153uvres splendides ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pascal Torres<\/strong> \u2014 Je proposerais au visiteur de l\u2019exposition de la parcourir en ayant pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit que les fragments que nous exposons (je parle ici tant des livres d\u2019Heures, que des Ivoires, du Parement de Narbonne, des sculptures de Mehun-sur-Y\u00e8vre ou du tombeau de Philippe Le Hardi\u2026) comptent parmi les plus insignes t\u00e9moignages de l\u2019art fran\u00e7ais de la fin du XIV<sup>\u00e8me<\/sup> et du d\u00e9but du XV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Je recommanderais au public de ne pas oublier qu\u2019il s\u2019agit autant de visiter une exposition que de lire un livre. Et l\u2019exposition des <em>Belles Heures<\/em>, contemporaine de l\u2019exposition que j\u2019ai consacr\u00e9e \u00e0 Jean-Philippe Toussaint sous le titre LIVRE\/LOUVRE, participe d\u2019un vaste hommage au Livre que rend actuellement la Collection Edmond de Rothschild au moyen de pi\u00e8ces majeures appartenant ou ayant appartenu \u00e0 ses fonds. Et parce que je nourris sans doute un profond amour et une admiration sans faille pour Jorge Luis Borges (qui fut, ne l\u2019oublions pas, le conservateur de la Biblioth\u00e8que de Buenos Aires), je supposerai que parcourir les <em>Belles Heures<\/em>,\u00a0 sur un mode fragmentaire, c\u2019est aussi rendre une forme d\u2019hommage \u00e0 Borges\u00a0: tel le <em>Livre de Sable<\/em>, dans chacun de ses creux, le manuscrit aujourd\u2019hui d\u00e9mont\u00e9 des Belles Heures ouvre un monde, cel\u00e9 au regard\u2026 Le revers de la page\u00a0? les bifolios non expos\u00e9s? Tout fait sens. Si l\u2019exposition du Metropolitan noyait le regard dans la profusion ordonn\u00e9e des parchemins, dans la globalit\u00e9 de la monstration, l\u2019exposition du Louvre \u2013 c\u2019est \u00e0 cela que peut \u00eatre humblement r\u00e9duite mon intervention \u2013 met en avant la b\u00e9ance comme un fait de civilisation \u2013 la n\u00f4tre \u2013\u00a0 et cherche \u00e0 d\u00e9voiler dans le trop plein de nos mus\u00e9es, une sorte de m\u00e9lancolie du fragment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0 Et parcourir les Belles Heures <\/p>\n<p>Pascal Torres, conservateur au Mus\u00e9e du Louvre, membre <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/pascal-Torres-les-belles-heures.gif\"><\/a>de la Real Academia de Bellas Artes de San Luis (Saragosse, Espagne) a bien voulu r\u00e9pondre aux quatre questions que lui a pos\u00e9e Nathalie Georges-Lambrichs pour Lacan Quotidien.<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":10244,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[2270,966,359,153],"class_list":["post-10243","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-gemmes","tag-entretien","tag-la-rose-des-livres","tag-nathalie-georges-lambrichs","tag-pascal-torres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10243"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10243\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10246,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10243\/revisions\/10246"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10244"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}