{"id":1559,"date":"2011-09-30T15:26:08","date_gmt":"2011-09-30T13:26:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blogx16y\/?p=1559"},"modified":"2011-09-30T22:36:53","modified_gmt":"2011-09-30T20:36:53","slug":"anne-sophie-miller-l%e2%80%99appel-du-passe-zoom-et-musique-dans-vaghe-stelle-dell%e2%80%99orsa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/09\/anne-sophie-miller-l%e2%80%99appel-du-passe-zoom-et-musique-dans-vaghe-stelle-dell%e2%80%99orsa\/","title":{"rendered":"ANNE-SOPHIE MILLER &#8211; L\u2019appel du pass\u00e9, Zoom et musique dans Vaghe Stelle dell\u2019Orsa"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>L\u2019appel du pass\u00e9<\/strong><\/span><\/h3>\n<h3 align=\"center\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Zoom<a title=\"\" href=\"post-new.php#_ftn1\"><span style=\"color: #0000ff;\">[1]<\/span><\/a> et musique dans <em>Vaghe Stelle dell\u2019Orsa<a title=\"\" href=\"post-new.php#_ftn2\"><span style=\"color: #0000ff;\">[2]<\/span><\/a><\/em><\/strong><\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A l\u2019occasion d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration de la mort de son p\u00e8re, h\u00e9ros d\u00e9port\u00e9 pendant la seconde guerre mondiale et d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans un camp de concentration, Sandra retourne pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Volterra, sa ville natale, accompagn\u00e9e de son \u00e9poux am\u00e9ricain, Andrew. Une \u00e9touffante atmosph\u00e8re p\u00e8se sur l\u2019ancienne demeure familiale. En retournant \u00e0 Volterra, Sandra effectue un douloureux p\u00e9riple dans le pass\u00e9. Elle apprend de son fr\u00e8re Gianni que leur p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 aux nazis par leur m\u00e8re et l\u2019amant de celle-ci, Gilardini. Lentement, elle sombre dans les affres du souvenir et s\u2019enlise dans la relation coupable aux accents d\u2019inceste qu\u2019elle entretenait enfant avec son fr\u00e8re. Alors que d\u00e9bute la c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration, le film s\u2019ach\u00e8ve, marqu\u00e9 par un double abandon, le suicide de Gianni et le d\u00e9part d\u2019Andrew.<!--more--><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le zoom viscontien part d\u2019une vision \u00e9largie &#8211; la fresque historique &#8211; pour aboutir \u00e0 une vision intime &#8211; le portrait. L\u2019outil privil\u00e9gi\u00e9 de mise en sc\u00e8ne de Visconti est donc le zoom-avant, principalement sur les visages. Le zoom agit la plupart du temps comme une lumi\u00e8re qui surexposerait un personnage, entra\u00eenant l\u2019att\u00e9nuation du monde ext\u00e9rieur au profit de l\u2019\u00e9mergence de son monde int\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lib\u00e9r\u00e9e des contraintes impos\u00e9es par les lieux et les d\u00e9cors, la cam\u00e9ra peut, gr\u00e2ce au zoom, \u00eatre enti\u00e8rement au service du jeu des acteurs. Dans <em>Vaghe Stelle dell&rsquo;Orsa<\/em>, l\u2019objectif est tout entier d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la gr\u00e2ce f\u00e9line de Claudia Cardinale et \u00e9pie chaque expression, attitude et geste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre des particularit\u00e9s du zoom chez Visconti est l\u2019invisibilit\u00e9 du dispositif cin\u00e9matographique. Loin d\u2019\u00eatre ostensibles, les travellings optiques sont chez Visconti quasiment imperceptibles et s\u2019inscrivent avec discr\u00e9tion et harmonie dans l\u2019ensemble filmique. De plus, le zoom permet ici un mouvement complexe et intrins\u00e8quement paradoxal\u00a0: \u00e0 la fois un glissement fluide et un basculement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Visconti n\u2019en d\u00e9laisse pas le travelling pour autant. La s\u00e9quence du g\u00e9n\u00e9rique, qui figure le voyage en voiture de Sandra et Andrew de Gen\u00e8ve \u00e0 Volterra, en fait un usage exclusif. Ces travellings, les seuls du film, sont le contrepoint sym\u00e9trique des zooms. Ils sont ancr\u00e9s dans la spatialit\u00e9 du film et non sa temporalit\u00e9. Ils illustrent une longue et progressive avanc\u00e9e \u00e0 travers l\u2019espace, alors que les zooms figurent des d\u00e9crochements du temps, des basculements dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier zoom du film intervient tr\u00e8s rapidement, d\u00e8s le quatri\u00e8me plan de la s\u00e9quence pr\u00e9-g\u00e9n\u00e9rique, dont le d\u00e9cor est l\u2019appartement de Sandra et Andrew. Les trois premiers plans sont purement descriptifs et rappellent Antonioni de par leur cadrage et leur sujet\u00a0: une soir\u00e9e bourgeoise et cosmopolite. Ce zoom initial, soulign\u00e9 par la musique, enclenche le lent processus de r\u00e9trogression temporelle qui perdure tout le film durant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En pleine discussion, Sandra tourne le dos \u00e0 la cam\u00e9ra. La bande son est nettement domin\u00e9e par les \u00e9clats de voix et les rires des convives. T\u00e9nues, des notes ex\u00e9cut\u00e9es au piano \u2013 le Pr\u00e9lude de C\u00e9sar Franck &#8211; s\u2019\u00e9gr\u00e8nent et pointent sous la rumeur enjou\u00e9e. Cette m\u00e9lodie donne son impulsion au premier zoom, dont l\u2019objet est Sandra. En concordance avec ce mouvement optique, les rapports sonores de la rumeur et de la musique s\u2019inversent. Au terme du zoom, Sandra est face \u00e0 la cam\u00e9ra en gros plan et la musique couvre le bruit de fond des conversations. En l\u2019espace d\u2019un instant, une vision intime a \u00e9t\u00e9 extraite d\u2019une vision d\u2019ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une ind\u00e9cision \u00e9merge quant au statut de la musique. Tout semble indiquer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une musique extra-di\u00e9g\u00e9tique, de type empathique\u00a0: la source d\u2019\u00e9mission de ces notes n\u2019est pas donn\u00e9e \u00e0 voir et le soudain grossissement sonore dont la musique est l\u2019objet n\u2019est en rien justifi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Il semblerait qu\u2019elle soit int\u00e9rioris\u00e9e par Sandra, apparemment la seule \u00e0 l\u2019entendre. Cette impression est renforc\u00e9e par le fait que la jeune femme s\u2019isole, prend un air pensif et contrari\u00e9. Son regard se fait errant, fuyant, comme si elle cherchait en elle-m\u00eame l\u2019origine de cette m\u00e9lodie. A l\u2019unisson, ce zoom et ce grossissement m\u00e9lodique ouvrent une br\u00e8che dans le temps et tirent brutalement Sandra vers son pass\u00e9. Elle essaie de localiser cette r\u00e9miniscence harmonique dans ses souvenirs. Le temps semble \u00eatre en suspension.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019irruption de la main de son mari dans le cadre, ainsi que le timbre de sa voix, d\u00e9clenche le zoom arri\u00e8re qui ram\u00e8ne Sandra dans son environnement pr\u00e9sent. Du point de vue sonore, les conversations ont pareillement repris le dessus par rapport \u00e0 la musique. Qu\u2019Andrew soit le facteur d\u00e9clenchant de ce brusque retour souligne qu\u2019il n\u2019appartient pas au pass\u00e9 dans lequel Sandra vient de se replonger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qui ne va pas\u00a0?\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Cette musique \u2026\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Approchons-nous\u00a0\u00bb. Le spectateur est \u00e0 pr\u00e9sent inform\u00e9 que la musique a une source situ\u00e9e dans la di\u00e9g\u00e8se du r\u00e9cit, audible pour tous. Elle a donc un statut mixte, \u00e0 la fois intra et extra di\u00e9g\u00e9tique. Dans le plan suivant, Andrew conduit Sandra vers le piano comme il la conduira le lendemain \u00e0 Volterra. Cependant, il se retire aussit\u00f4t et laisse Sandra seule aux prises avec cette m\u00e9lodie. Il se conduira de m\u00eame \u00e0 Volterra, o\u00f9 il ne pourra l\u2019aider \u00e0 affronter les d\u00e9mons surgis du pass\u00e9 et pr\u00e9f\u00e8rera prendre la fuite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Film\u00e9 en grande partie <em>in situ<\/em>, <em>Vaghe Stelle dell&rsquo;Orsa <\/em>a pour cadre principal Volterra, cit\u00e9 d\u2019un \u00e2ge r\u00e9volu, dont les ruines \u00e9trusques sont fig\u00e9es dans une \u00e9poque r\u00e9volue. Quoi de plus symbolique que cette cit\u00e9 vou\u00e9e \u00e0 une lente d\u00e9sagr\u00e9gation\u00a0? Surplombant l\u2019ab\u00eeme des Balze, b\u00e2tie au sommet de falaises \u00e9rod\u00e9es par le vent incessant, Volterra est en partie effondr\u00e9e et r\u00e9siste tant bien que mal aux d\u00e9gradations du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019imposante et massive demeure familiale est semblablement scl\u00e9ros\u00e9e, corrod\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur. Elle croule sous le poids des non-dits et de la culpabilit\u00e9, y sucombe. Bien que de nombreuses pendules et horloges en ornent l\u2019int\u00e9rieur, le flux temporel ne s\u2019y \u00e9coule plus comme ailleurs. Comme en suspension, le temps n\u2019a aucune emprise sur cet espace p\u00e9trifi\u00e9. Il devient d\u2019ailleurs rapidement impossible au spectateur de se situer temporellement\u00a0: choisissant de filmer en int\u00e9rieur, Visconti parvient \u00e0 l\u2019\u00e9garer en alt\u00e8rant sa perception du jour et de la nuit. Sommes-nous le matin, le soir, le lendemain\u00a0? Les tintements r\u00e9it\u00e9r\u00e9s de la cloche de l\u2019Eglise voisine ne sont d\u2019aucune aide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une section du Palazzo est sujette plus que toute autre \u00e0 cette p\u00e9trification\u00a0: les appartements de la m\u00e8re de Sandra. Condamn\u00e9s depuis que celle-ci est \u00ab\u00a0tomb\u00e9e\u00a0malade\u00a0\u00bb, personne n\u2019en a franchit le seuil depuis de nombreuses ann\u00e9es. La nuit de son arriv\u00e9e \u00e0 Volterra, Sandra profite de l\u2019absence de son fr\u00e8re Gianni et de son mari Andrew pour se glisser dans cet espace et se replonger dans le pass\u00e9. La cam\u00e9ra est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte et attend Sandra \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet espace, dans l\u2019obscurit\u00e9. D\u00e8s que la jeune femme passe la porte, le Pr\u00e9lude de la s\u00e9quence pr\u00e9-g\u00e9n\u00e9rique se fait \u00e0 nouveau entendre, confortant l\u2019hypoth\u00e8se que cette musique guide l\u2019h\u00e9ro\u00efne vers son pass\u00e9. La cam\u00e9ra effectue ensuite un zoom-arri\u00e8re au terme duquel Sandra, sur le seuil de la pi\u00e8ce, allume la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la premi\u00e8re s\u00e9quence, le zoom-avant permettait d\u2019extraire Sandra de son pr\u00e9sent et de l\u2019inclure dans une autre temporalit\u00e9. Ici, c\u2019est tout l\u2019inverse\u00a0: l\u2019environnement spatial <em>est<\/em> le pass\u00e9. Le zoom-arri\u00e8re permet donc de l\u2019inclure visuellement dans le monde fantasm\u00e9 de ses souvenirs. En parfaite symbiose avec son environnement spatial, Sandra se m\u00e9tamorphose en ic\u00f4ne du pass\u00e9, adoptant m\u00eame coiffure et maquillage \u00e0 la mode \u00e9trusque<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s leur arriv\u00e9e \u00e0 Volterra, Sandra s\u2019\u00e9loigne d\u2019Andrew, sur lequel la cit\u00e9 \u00e9trusque et la maison n\u2019ont aucune emprise. Fermement attach\u00e9 au temps pr\u00e9sent, il est en total antagonisme avec les lieux et n\u2019\u00e9voluera plus sur le m\u00eame plan temporel que Sandra. Ce glissement s\u2019op\u00e8re le temps d\u2019une longue s\u00e9quence articul\u00e9e autour de trois lieux contig\u00fcs\u00a0: un petit salon \u00e0 l\u2019\u00e9tage, une cage d\u2019escalier et le jardin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu\u2019une m\u00e9lodie nostalgique est associ\u00e9e \u00e0 la jeune femme, Andrew est caract\u00e9ris\u00e9 par une musique moderne et criarde. C\u2019est sur un fond de pop italienne diffus\u00e9e par un poste de radio que s\u2019ouvre ce passage charni\u00e8re. Cette musique est ostensiblement intra-di\u00e9g\u00e9tique\u00a0: le poste est pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019image, Andrew le manipule pour changer de canal. A l\u2019instar de la m\u00e9lodie de la s\u00e9quence pr\u00e9-g\u00e9n\u00e9rique, le statut de cette musique va \u00e9voluer, mais dans le sens inverse \u2013 de l\u2019intra-di\u00e9g\u00e9tique vers l\u2019extra-di\u00e9g\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00e9volution s\u2019esquisse lorsque le couple en crise d\u00e9cide de sortir dans le jardin. Sandra et Andrew laissent la radio allum\u00e9e dans le petit salon et s\u2019engagent dans la spacieuse cage d\u2019escalier. La bande-son ne refl\u00e8te pas ce changement de lieu\u00a0: la musique radiodiffus\u00e9e est toujours aussi forte que dans l\u2019espace pr\u00e9c\u00e9dent. Les deux personnages sont \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la demeure et referment les portes derri\u00e8re eux &#8211; les particularit\u00e9s sonores de la musique perdurent, allant \u00e0 l\u2019encontre du principe de r\u00e9alisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sandra s\u2019avance seule dans l\u2019obscurit\u00e9 du jardin \u00e0 la rencontre de ses souvenirs. Elle se dirige vers une silhouette fantomatique (un buste de son p\u00e8re recouvert d\u2019un drap blanc). Le vent commence \u00e0 souffler, fait claquer le drap. Les rafales de vent rivalisent en intensit\u00e9 sonore avec la musique pop ent\u00eatante. C\u2019est l\u00e0, au niveau de la bande-son &#8211; davantage encore qu\u2019\u00e0 l\u2019image &#8211;\u00a0 que se joue l\u2019affrontement entre\u00a0 pass\u00e9 et pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne du fr\u00e8re de Sandra est ici d\u00e9cisive. Gianni s\u2019approche, le vent souffle de plus belle et la musique li\u00e9e \u00e0 Andrew commence \u00e0 s\u2019att\u00e9nuer jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre compl\u00e8tement. Un zoom avant sur Gianni l\u2019unit alors \u00e0 Sandra \u2013 Andrew peinant \u00e0 se faire une place dans le champ aux c\u00f4t\u00e9s de sa femme. Plus tard, Gianni retirera l\u2019alliance de la main de Sandra pour la glisser \u00e0 l\u2019un de ses propres doigts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Visconti fait de Volterra et du Palazzo l\u2019incarnation du th\u00e8me de la d\u00e9sagr\u00e9gation familiale, th\u00e8me qui pr\u00e9occupe beaucoup le cin\u00e9aste, lui semblant incontestablement \u00eatre l\u2019un des maux les plus marquants de l\u2019\u00e9poque moderne. Selon Laurence Schifano, \u00ab\u00a0il d\u00e9plorait l\u2019abandon de ce centre vital qu\u2019est une demeure, cette \u2018ruche\u2019 o\u00f9 chacun \u2018vit et travaille dans sa cellule\u2019 avant de rejoindre, dans la salle \u00e0 manger, lieu de rencontres et de heurts, la \u2018reine des abeilles\u2019\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l\u2019inceste, Visconti le per\u00e7oit comme \u00e9tant \u00ab le dernier tabou de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. [\u2026] C\u2019est un motif qui est dans l\u2019air. [\u2026] L\u2019inceste na\u00eet strictement du milieu o\u00f9 les deux jeunes gens ont grandi\u00a0; il est un moyen exasp\u00e9r\u00e9 et dramatique pour s\u2019unir contre la d\u00e9sagr\u00e9gation de la famille et de la solitude. Cette d\u00e9composition est surtout ressentie par le fr\u00e8re, Gianni\u00a0: c\u2019est lui de fait qui, en dernier recours, propose \u00e0 Sandra une vie commune dans la vieille maison\u00a0; et le dernier geste de Gianni qui va mourir dans le lit de sa m\u00e8re, comme s\u2019il voulait retourner dans le sein originel, veut signifier la tentative ultime de reconstruire le noyau familial \u00bb.<\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Le mot, d\u2019origine anglaise, est un terme d\u2019aviation et signifie \u00ab\u00a0chandelle\u00a0\u00bb. Le zoom cin\u00e9matographique d\u00e9signe \u00e0 la fois un objet physique, un objectif \u00e0 focale variable, et un \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb de cam\u00e9ra, d\u00e9nomination abusive puisque la cam\u00e9ra reste immobile. Ce mouvement est \u00e9galement appel\u00e9 \u00ab\u00a0travelling optique\u00a0\u00bb, bien que tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 techniquement et esth\u00e9tiquement du travelling classique.<\/p>\n<p>Le zoom offre la possibilit\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer des espaces physiquement infranchissables sans pour autant en briser l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Il pr\u00e9sente une vision continue de l\u2019espace et respecte l\u2019unit\u00e9 du lieu. Contrairement \u00e0 la cam\u00e9ra, le zoom ne conna\u00eet aucun obstacle d\u2019ordre spatial ou physique.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le titre original de Sandra, \u00ab\u00a0Vaghe Stelle dell\u2019Orsa\u00a0\u00bb (Belles \u00e9toiles de l\u2019Ourse) est un extrait du po\u00e8me de Leopardi \u00ab\u00a0Souvenirs\u00a0\u00bb que cite Gianni dans une des s\u00e9quences finales du film\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Savais-je, belles \u00e9toiles de l\u2019Ourse, \/Qu\u2019un jour je viendrais vous revoir \/ Scintillant au-dessus du jardin de mon p\u00e8re, \/ Que je vous parlerais encore des fen\u00eatres \/ De la demeure o\u00f9 je v\u00e9cus enfant \/ Contemplant la fin de mes bonheurs\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>Le profil de Claudia Cardinal rappelait \u00e0 Visconti les figures f\u00e9minines des fresques ornant les tombes \u00e9trusques.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019appel du pass\u00e9 Zoom<a title=\"\" href=\"post-new.php#_ftn1\">[1]<\/a> et musique dans Vaghe Stelle dell\u2019Orsa<a title=\"\" href=\"post-new.php#_ftn2\">[2]<\/a> <\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019occasion d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration de la mort de son p\u00e8re, h\u00e9ros d\u00e9port\u00e9 pendant la seconde guerre mondiale et d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans un camp de concentration, Sandra retourne pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Volterra, sa ville natale, accompagn\u00e9e de [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[301],"tags":[321,323,355,322,356],"class_list":["post-1559","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema","tag-anne-sophie-miller","tag-lappel-du-passe","tag-sandra","tag-vaghe-stelle-dellorsa","tag-visconti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1559"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1559\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1697,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1559\/revisions\/1697"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}