{"id":1567,"date":"2011-09-09T15:40:15","date_gmt":"2011-09-09T13:40:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blogx16y\/?p=1567"},"modified":"2011-10-02T01:56:44","modified_gmt":"2011-10-01T23:56:44","slug":"la-chronique-de-clotilde-par-c-leguil-le-9-septembre-2011-quelque-chose-a-change","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/09\/la-chronique-de-clotilde-par-c-leguil-le-9-septembre-2011-quelque-chose-a-change\/","title":{"rendered":"La Chronique de Clotilde, par C. Leguil : Le 9 septembre 2011, quelque chose a chang\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes le 9 septembre 2011, il est minuit \u00e0 Paris, il fait tr\u00e8s doux dans la cour de l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure de la rue d\u2019Ulm, on se croirait encore en plein \u00e9t\u00e9. Lacan est mort il y a trente ans. Nous sommes l\u00e0 pour \u00e9couter des lectures de ses textes, apr\u00e8s avoir vu ou revu l\u2019\u00e9mouvant documentaire de G\u00e9rard Miller <em>Rendez-vous avec Lacan<\/em>, mais nous sommes l\u00e0 aussi parce que trente ans apr\u00e8s la mort de Lacan, la rumeur m\u00e9diatique s\u2019est r\u00e9pandue qu\u2019il n\u2019y pas de successeur de Lacan, qu\u2019il n\u2019y en a jamais eu, qu\u2019apr\u00e8s lui tout s\u2019est arr\u00eat\u00e9, et qu\u2019il ne reste plus qu\u2019\u00e0 faire de l\u2019histoire de la psychanalyse pour rendre compte de son h\u00e9ritage. Nous sommes l\u00e0 parce que cette rumeur ne r\u00e9sulte pas seulement de la d\u00e9sinformation de journalistes qui conna\u00eetraient mal le milieu psychanalytique, mais d\u2019une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de faire comme si Jacques-Alain Miller n\u2019existait pas, comme s\u2019il n\u2019avait jamais exist\u00e9 et jamais rien apport\u00e9 \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est minuit et quelques poussi\u00e8res. Jacques-Alain Miller arrive accompagn\u00e9 de sa fille. Il vient nous parler. Il dit alors ce qu\u2019il n\u2019avait jamais dit auparavant, car jusqu\u2019ici, il avait fait avec et support\u00e9, en pensant sans doute que le plus important n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0, qu\u2019il ne fallait pas se laisser divertir pas les m\u00e9disances, mais continuer de mettre toute son \u00e9nergie, toute sa passion, tous ses int\u00e9r\u00eats, au service de la transmission de l\u2019enseignement de Lacan, non seulement en \u00e9tablissant le S\u00e9minaire, mais aussi en faisant cours pour tous ceux qui souhaitaient d\u00e9couvrir Lacan, avancer dans son orientation, et en animant par des cr\u00e9ations institutionnelles le mouvement psychanalytique lacanien dans le monde. Jusqu\u2019ici, il avait consid\u00e9r\u00e9 que c\u2019\u00e9tait contre les th\u00e9rapies cognitivo-comportementales qu\u2019il fallait se battre, contre les amendements cherchant \u00e0 transformer la psychanalyse en psychoth\u00e9rapie \u00e9valuable quantitativement. Mais ce soir, quelque chose a chang\u00e9. Pour lui et aussi pour nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques-Alain Miller nous parle dans la cour aux Ernest de l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure de la rue d\u2019Ulm, qui fut aussi son Ecole, au moment m\u00eame o\u00f9 Lacan y fut accueilli en 1964 apr\u00e8s son excommunication, l\u2019Ecole gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il a rencontr\u00e9 Lacan. Comme il le rappelle lui-m\u00eame,\u00a0 c\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019il est re\u00e7u dans l\u2019enceinte de cette Ecole depuis qu\u2019il l\u2019a quitt\u00e9e, il y a plus de quarante ans. Cette fois-ci, \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui, il d\u00e9fendra son nom, il ne laissera plus officier celles et ceux qui travaillent \u00e0 gommer son existence, et comme il le dit lui-m\u00eame en \u00e9voquant l\u2019accueil que lui a fait Monique Canto-Sperber, c\u2019est un acte. Et c\u2019est en ce lieu o\u00f9 il nous parle pour la premi\u00e8re fois qu\u2019il dit au nom des siens, qu\u2019il ne laissera plus son nom \u00eatre ainsi maltrait\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est certainement pas \u00e0 Jacques-Alain Miller de dire qu\u2019il est le successeur de Lacan. Mais puisque certains feignent d\u2019ignorer, non seulement son immense travail pour la psychanalyse, mais m\u00eame son existence, nous pouvons dire que pour nous, pour toutes celles et ceux qui l\u2019\u00e9coutent chaque semaine depuis de nombreuses ann\u00e9es, qui d\u00e9couvrent le S\u00e9minaire, sans parfois avoir rien pu saisir des <em>Ecrits<\/em> que Lacan lui-m\u00eame avait qualifi\u00e9 d\u2019illisibles, pour nous tous, il est le passeur de Lacan. Notre Lacan aujourd\u2019hui, notre Lacan au XXIe si\u00e8cle, c\u2019est un Lacan avec Miller. Non pas le Lacan de Miller, mais un Lacan que Miller sait faire r\u00e9sonner, sait \u00e9lucider, sait aussi prolonger, en ne l\u2019imitant pas mais en prenant le risque d\u2019avancer parfois l\u00e0 o\u00f9 Lacan lui-m\u00eame s\u2019est arr\u00eat\u00e9. Si la psychanalyse lacanienne a pu se transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes, ce n\u2019est pas gr\u00e2ce \u00e0 des biographies de Lacan, mais gr\u00e2ce \u00e0 celui qui donne de sa voix, de sa pens\u00e9e, de son existence, pour rendre Lacan non seulement vivant mais pour nous tendre aussi la main afin de nous faire p\u00e9n\u00e9trer dans les labyrinthes de son \u00e9laboration si complexe. Nous suivons alors le fil de Miller et nous nous apercevons qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir entendu, nous ouvrons Lacan et nous ne nous sentons plus \u00e9trangers \u00e0 ce que Lacan dit, \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9crit, nous lisons Lacan et nous devenons lacanien. Et cela personne ne nous obligera nous plus \u00e0 le taire, \u00e0 faire comme si cela n\u2019\u00e9tait rien, \u00e0 nous renier nous-m\u00eame pour nous plier aux diktats de ceux qui font mine de d\u00e9fendre la psychanalyse contre le cognitivo-comportementalisme alors que leur but profond est de faire dispara\u00eetre le nom de celui qui rend la psychanalyse lacanienne vivante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est minuit et des poussi\u00e8res, Jacques-Alain Miller lit <em>39 de fi\u00e8vre<\/em>, la le\u00e7on du 19 mars 1969 du S\u00e9minaire XVI, une le\u00e7on o\u00f9 la voix de Lacan s\u2019entend d\u2019autant plus qu\u2019il parle de lui et de sa fatigue. Il n\u2019imitera pas la voix de Lacan, mais il interpr\u00e9tera ce texte, nous dit-il. Il interpr\u00e8te alors en y \u00e9tant de tout son corps, comme un acteur qui s\u2019oublie lui-m\u00eame, qui laisse le texte faire exister le personnage et pendant ce court moment, nous voil\u00e0 dans cette cour en cette fin d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris comme transport\u00e9 \u00e0 Avignon, d\u00e9pays\u00e9, red\u00e9couvrant ce texte. Si Miller est pour nous le passeur de Lacan, c\u2019est que ce qu\u2019il a fait ce soir, c\u2019est aussi ce qu\u2019il fait pour nous depuis si longtemps, il interpr\u00e8te Lacan pour ne jamais le laisser enterrer pas des croque-morts qui pr\u00e9f\u00e8rent que la psychanalyse disparaissent plut\u00f4t que de reconna\u00eetre celui gr\u00e2ce \u00e0 qui elle continue d\u2019\u00eatre l\u2019objet d\u2019un d\u00e9sir vivant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes le 9 septembre 2011, il est minuit \u00e0 Paris, il fait tr\u00e8s doux dans la cour de l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure de la rue d\u2019Ulm, on se croirait encore en plein \u00e9t\u00e9. Lacan est mort il y a trente ans. 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