{"id":2477,"date":"2011-09-22T08:38:24","date_gmt":"2011-09-22T06:38:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/le-point-fr-les-stein-accoucheurs-de-lart-moderne\/"},"modified":"2011-10-05T21:24:28","modified_gmt":"2011-10-05T19:24:28","slug":"le-point-fr-les-stein-accoucheurs-de-lart-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/09\/le-point-fr-les-stein-accoucheurs-de-lart-moderne\/","title":{"rendered":"Le Point.fr &#8211; Les Stein, accoucheurs de l&rsquo;art moderne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment cette famille d&rsquo;intellos am\u00e9ricains a accompagn\u00e9 la naissance de l&rsquo;art moderne.<\/strong><br \/>\n<strong> Par Jean Pierrard | 22\/09\/11 | 17h53<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Le-Point.fr_.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" title=\"Le Point.fr\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Le-Point.fr_.jpg\" alt=\"\" width=\"97\" height=\"80\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une tribu d&rsquo;Am\u00e9ricains, une famille d&rsquo;originaux ivres de peinture, a jou\u00e9 les accoucheurs de l&rsquo;art moderne au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Cent ans plus tard, l&rsquo;\u00e9vocation de leurs exploits est le pr\u00e9texte, au Grand Palais, d&rsquo;un accrochage grandiose d&rsquo;oeuvres-phares de la modernit\u00e9. Avec quelques-uns de leurs amis, ils ont impos\u00e9 aux \u00c9tats-Unis l&rsquo;id\u00e9e que Paris \u00e9tait devenu apr\u00e8s 1870 une sorte d&rsquo;\u00e9quivalent de la Florence du quattrocento. C&rsquo;est Leo (1872-1947), le cadet de cette fratrie de juifs californiens enrichis par la cr\u00e9ation d&rsquo;une compagnie de tramways et de cable cars, qui amorce le mouvement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leo arrive en Europe \u00e0 la recherche de la sensation vraie. En se lan\u00e7ant \u00e0 corps perdu dans une collection de peintures, en d\u00e9butant une carri\u00e8re d&rsquo;artiste, il ne va pas seulement sauver sa peau, mais, avec son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Michael (1865-1938), sa belle-soeur Sarah (1870-1953) et, surtout, Gertrude (1874-1946), va m\u00e9cener en faveur de quelques-uns des cr\u00e9ateurs les plus importants du si\u00e8cle. Que serait devenu Matisse sans les Stein, dans ces premi\u00e8res ann\u00e9es du XXe si\u00e8cle o\u00f9 il vit aux crochets de son \u00e9pouse, oblig\u00e9e de se faire chapeli\u00e8re pour survivre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cadet des Stein commence par s&rsquo;installer \u00e0 Florence, ville dans laquelle, tr\u00e8s rapidement, il s&rsquo;ennuie. Il y croise n\u00e9anmoins l&rsquo;un des plus grands esth\u00e8tes du moment, Bernard Berenson, connu surtout par une c\u00e9l\u00e9brissime photographie le repr\u00e9sentant coiff\u00e9 d&rsquo;un panama, en train de contempler la statue de Pauline Borgh\u00e8se par Canova. Historien inspir\u00e9 de la peinture italienne, Berenson est \u00e0 l&rsquo;origine de la plupart des grandes collections am\u00e9ricaines d&rsquo;art italien du quattrocento, dont il est le sp\u00e9cialiste patent\u00e9. Snob et d\u00e9finitivement upper class, Berenson, qui mourra avec un crucifix du XIVe si\u00e8cle entre les doigts, oublie volontiers le shtetl de ses origines et jette un regard assez m\u00e9prisant sur l&rsquo;\u00e9trange tribu. Son \u00e9pouse qualifie Gertrude, la soeur de Leo, bient\u00f4t arriv\u00e9e des \u00c9tats-Unis aux basques de son fr\u00e8re, de \u00ab\u00a0femelle s\u00e9mite\u00a0\u00bb mal attif\u00e9e, moquant son apparence \u00ab\u00a0corpulente, pataude, couleur acajou\u00a0\u00bb, mais vantant son intelligence et sa \u00ab\u00a0t\u00eate grandiose, monumentale, pleine de cervelle et de g\u00e9nie immense\u00a0\u00bb. C&rsquo;est ce physique difficile que Picasso immortalisera, \u00e0 mi-chemin entre l&rsquo;art n\u00e8gre et le fameux portrait du patron de presse Bertin par Ingres, balayant \u00e0 l&rsquo;avance toute critique sur la conformit\u00e9 du portrait au mod\u00e8le : \u00ab\u00a0Elle finira bien par lui ressembler\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auparavant, entre deux notices sur Sassetta ou un autre primitif siennois, Berenson fait d\u00e9couvrir C\u00e9zanne aux Stein. On est en 1900 : aucune des grandes intelligences du si\u00e8cle, \u00e0 commencer par Proust, n&rsquo;a encore entendu parler de ce ma\u00eetre aixois qui n&rsquo;a pas son pareil pour croquer les pommes. Cela n&#8217;emp\u00eache pas les Stein d&rsquo;acheter leurs premiers C\u00e9zanne chez Ambroise Vollard. Un choix d\u00e9cisif qui commande la suite et les emm\u00e8nera, sans coup f\u00e9rir, chez Matisse et Picasso, qui ne jurent que par C\u00e9zanne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de casser leur tirelire chez Vollard, Leo et Gertrude rentrent \u00e0 la maison pour une br\u00e8ve session universitaire dans la plus prestigieuse universit\u00e9 de la c\u00f4te est, Harvard. Leo ne va pas tarder \u00e0 s&rsquo;y lasser des \u00e9tudes de droit, alors que Gertrude, en d\u00e9pit d&rsquo;un \u00e9chec en m\u00e9decine, se passionne pour la psychologie. Il est vrai qu&rsquo;elle suit les cours de William James &#8211; le fr\u00e8re de Henry &#8211; qui n&rsquo;est pas, tant s&rsquo;en faut, le plus mauvais professeur de Harvard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rapprochant le fr\u00e8re et la soeur, leur passion pour la peinture devient tr\u00e8s vite une sorte de raison sociale pour toute la famille. Entre-temps, la passion pour l&rsquo;art moderne s&rsquo;est \u00e9galement empar\u00e9e du fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Michael et de sa femme Sarah. Arriv\u00e9s de San Francisco, ils s&rsquo;installent rue Madame au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1904, \u00e0 quelques encablures de la rue de Fleurus, o\u00f9 Gertrude et Leo ont \u00e9lu domicile. Forts d&rsquo;un impressionnant tr\u00e9sor de guerre, ils peuvent se mettre \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de bonnes affaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Scandale<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il y en a. Dans la foul\u00e9e du postimpressionnisme, les mouvements picturaux s&rsquo;encha\u00eenent les uns \u00e0 la suite des autres, le fauvisme se faisant particuli\u00e8rement remarquer par son fort parfum de scandale. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;artistes, n\u00e9s autour ou apr\u00e8s 1870, pointe le nez. R\u00e9sultat : apr\u00e8s le Salon de 1904, Leo et Gertrude retiennent huit tableaux chez Vollard, dont trois C\u00e9zanne, en particulier l&rsquo;impressionnant portrait de Madame C\u00e9zanne \u00e0 l&rsquo;\u00e9ventail. La collection familiale est bien partie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur rage d&rsquo;achat ne s&rsquo;apaise pas l&rsquo;ann\u00e9e suivante. Au Salon des ind\u00e9pendants, ils font l&rsquo;acquisition d&rsquo;une toile de Manguin, poids plume du fauvisme, mais grand ami de Matisse. On est en 1905, l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 Matisse met le feu, rompt toutes les amarres avec l&rsquo;impressionnisme, part s&rsquo;enfermer \u00e0 Collioure, o\u00f9 il peint en compagnie de Derain quelques-unes des toiles les plus audacieuses de son existence. En achetant La femme au chapeau, Leo et Gertrude s&#8217;embarquent dans le sillage du peintre le plus avant-gardiste de l&rsquo;\u00e9poque, un artiste dont les couleurs, les rouges d&rsquo;incendie m\u00eal\u00e9s \u00e0 des verts \u00e9meraude et des jaunes, font scandale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En comparaison, l&rsquo;achat la m\u00eame ann\u00e9e de deux somptueuses toiles, dont La famille d&rsquo;acrobates avec singe, \u00e0 un jeune peintre parfaitement inconnu, un certain Pablo Picasso, arriv\u00e9 de Barcelone, para\u00eet presque raisonnable. Le jeune Espagnol dessine comme un dieu et joue des couleurs de fa\u00e7on plus mod\u00e9r\u00e9e que ses concurrents fran\u00e7ais. Surtout, il se tient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, ne fr\u00e9quente pas les Salons, cultivant un r\u00e9alisme de bonne facture dans le sillage de Toulouse-Lautrec. En se liant \u00e0 la tribu, en allant vider quelques verres de schnaps et fumer quelques cigares rue de Fleurus, le samedi soir, chez ces Am\u00e9ricains qui parlent aussi mal le fran\u00e7ais que lui, Picasso ne peut que croiser la route de Matisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout a \u00e9t\u00e9 dit de la confrontation Matisse-Picasso, mais, la plupart du temps, on a oubli\u00e9 que la rencontre entre le jeune boh\u00e8me de la butte Montmartre et le \u00ab\u00a0professeur\u00a0\u00bb, plus bourgeoisement install\u00e9 sur les bords de la Seine, s&rsquo;est faite chez les Stein. Gertrude soutient Picasso, pendant que Michael et Sarah, install\u00e9s au 59, rue Madame, accrochent, \u00e0 touche-touche, les oeuvres embl\u00e9matiques de la p\u00e9taradante r\u00e9volution picturale de Matisse &#8211; c\u00e9l\u00e9br\u00e9e avec \u00e9clat l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re par le MoMA de New York, qui pr\u00e9sentait en particulier Le bonheur de vivre et surtout Nu bleu, souvenir de Biskra, une toile \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie furieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Picasso, bien s\u00fbr, ne veut pas laisser Matisse \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;avant-garde, lui qui, depuis son arriv\u00e9e \u00e0 Paris, encha\u00eene \u00e9galement les p\u00e9riodes, r\u00e9aliste et bleue un jour, \u00e9l\u00e9giaque et rose un autre. Sa r\u00e9ponse \u00e0 Matisse prend la forme d&rsquo;une r\u00e9plique comme on en trouve dans tous les s\u00e9ismes d&rsquo;importance : elle s&rsquo;intitule Demoiselles d&rsquo;Avignon et fait basculer le cours de la peinture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s les Demoiselles d&rsquo;Avignon, plus rien ne sera pareil chez les Stein. Gertrude se fera l&rsquo;\u00e9g\u00e9rie du cubisme, tandis que Sarah restera fid\u00e8le, jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle, aux couleurs de Matisse. Leo, de son c\u00f4t\u00e9, tr\u00e8s \u00e9nerv\u00e9 par l&rsquo;homosexualit\u00e9 de Gertrude, prend ses distances avec Picasso et collectionne Renoir. Le temps passant, de nouveaux m\u00e9c\u00e8nes, russes, prennent la place des Stein, sans que leur prestige intellectuel en souffre. Des \u00e9crivains, \u00ab\u00a0papa\u00a0\u00bb Hemingway et Scott Fitzgerald, vont succ\u00e9der aux peintres dans l&rsquo;orbite de Gertrude. Mais cela est une autre histoire, \u00e9voqu\u00e9e par Woody Allen dans sa derni\u00e8re carte postale parisienne&#8230; On notera, pour finir, qu&rsquo;Alice Toklas (1877-1967), l&rsquo;amie de Gertrude, terminera sa vie dans un appartement \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb o\u00f9 il est impossible d&rsquo;accrocher le moindre tableau. Et surtout que Picasso, vaillant nonag\u00e9naire, enterrera tout le monde&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Comment cette famille d&rsquo;intellos am\u00e9ricains a accompagn\u00e9 la naissance de l&rsquo;art moderne.<br \/> Par Jean Pierrard | 22\/09\/11 | 17h53<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"author":4,"featured_media":2506,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[75],"tags":[439,440],"class_list":["post-2477","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pressefrance","tag-le-point-fr","tag-stein"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2477","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2477"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2477\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2505,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2477\/revisions\/2505"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2506"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2477"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2477"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2477"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}