{"id":3290,"date":"2011-10-11T18:26:44","date_gmt":"2011-10-11T16:26:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/deborah-gutermann-colloque-singulier-chez-les-syriennes\/"},"modified":"2011-10-18T21:36:07","modified_gmt":"2011-10-18T19:36:07","slug":"deborah-gutermann-colloque-singulier-chez-les-syriennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/deborah-gutermann-colloque-singulier-chez-les-syriennes\/","title":{"rendered":"DEBORAH GUTERMANN Colloque singulier chez les Syriennes &#8211; LQ 54"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Depuis que Rafah Nached a fond\u00e9 son \u00e9cole de psychanalyse, \u00e0 Damas, elle n\u2019a de cesse de s\u2019interroger sur la mani\u00e8re de transmettre ce savoir et cette pratique tout en l\u2019inscrivant dans l\u2019authenticit\u00e9 d\u2019un dire qui soit propre au pays dans lequel elle pratique l\u2019analyse.<!--more--> C\u2019est ce qui m\u2019a interpell\u00e9e, \u00e0 la lecture de ses travaux o\u00f9, un paradoxe \u00e9merge d\u2019embl\u00e9e. Il concerne la soci\u00e9t\u00e9 syrienne dans son rapport \u00e0 la psychanalyse, avec d\u2019une part le poids des traditions et le foss\u00e9 qui peut la s\u00e9parer de l\u2019usage de la langue de l\u2019inconscient, et de l\u2019autre, une demande qui se fait jour en d\u00e9pit des tabous, et dont les cas cliniques de Rafah Nached, t\u00e9moignent.<br \/>\nDu cas, par exemple, de cette femme de 37 ans, venue consulter pour se d\u00e9barrasser du \u00ab rouge qui lui monte aux joues \u00bb d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de parler d\u2019elle ou de ses proches, \u00e0 celui de cette autre femme, de 32 ans, qui vit dans la crainte de la r\u00e9cidive de son cancer, \u00ab maladie qui ne se nomme pas \u00bb, en Syrie.<br \/>\nLes cas que Rafah Nached donne \u00e0 lire, ceux du moins que j\u2019ai pu consulter \u00e9taient consacr\u00e9s \u00e0 des femmes. Une affaire de femmes, la psychanalyse ? Je ne sais de quel sexe sont les 5 autres coll\u00e8gues analystes qu\u2019elle disait avoir en tout et pour tout en 2010, mais la partition genr\u00e9e de la confidence, de femme \u00e0 femme, ordonne la clinique qu\u2019elle formalise l\u00e0, et c\u2019est aussi une v\u00e9rit\u00e9 de la condition des femmes qui s\u2019y lit en m\u00eame temps qu\u2019un r\u00e9el.<br \/>\nDe quoi souffrent les patientes que Rafah Nached re\u00e7oit \u00e0 son cabinet? D\u2019une parole d\u00e9rob\u00e9e, qu\u2019elles se r\u00e9approprient dans un premier temps en prenant appui sur les maux du corps. \u00ab Cancer \u00bb, \u00ab rouge aux joues \u00bb et \u00ab psoriasis \u00bb, sont les premiers signifiants autoris\u00e9s d\u2019une souffrance \u00ab indicible \u00bb. Mais au-del\u00e0 du corps qui se d\u00e9cha\u00eene et se manifeste intempestivement au sujet \u00e0 la mesure de sa capacit\u00e9 \u00e0 enfouir les mots, la plainte concerne aussi, et surtout, le couple. Un couple marital qui \u00e9crit son non-rapport sur fond de silence. Cette souffrance est aussi celle qui signe une f\u00e9minit\u00e9 \u00e9triqu\u00e9e dont les coordonn\u00e9es se sp\u00e9cifient des tabous et du rapport au corps propres \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 syrienne. Entre cet int\u00e9rieur, et l\u2019ext\u00e9rieur de la mise en sc\u00e8ne du couple, l\u2019appel d\u2019air. L\u2019interstice o\u00f9 la parole pleine se d\u00e9ploie pour d\u00e9jouer les injonctions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019intimit\u00e9 du sujet ne s\u2019\u00e9panouit qu\u2019\u00e0 la marge de la famille, et de l\u2019encadrement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 omnipr\u00e9sente.<br \/>\nEt puis les effets, de cette clinique. L\u2019invention d\u2019une modalit\u00e9 singuli\u00e8re d\u2019incarnation d\u2019une f\u00e9minit\u00e9 moins embarrass\u00e9e. Avec cette femme de 37 ans qui part pour la premi\u00e8re fois seule en voyage en dehors de Syrie, laissant mari et enfants \u00e0 Damas, et quittant le jogging qu\u2019elle arborait en toutes occasions. Mais aussi avec cette jeune femme de 32 ans, Zahar, qui parvient elle, \u00e0 faire couple avec son mari sur un mode moins ravageant et a pu aller au-del\u00e0 d\u2019une demande circonscrite au d\u00e9part \u00e0 l\u2019angoisse du cancer qui l\u2019avait frapp\u00e9e et dont elle n\u2019avait rien pu dire, pas plus que personne n\u2019avait pu rien lui en dire. A sa sid\u00e9ration avait r\u00e9pondu l\u2019\u00e9cho du vide. Elle saura mettre des mots, puis entrevoir le r\u00e9el qui s\u2019abritait derri\u00e8re.<br \/>\nLa pratique de la clinique que Rafah Nached donne \u00e0 lire participe de la transmission qu\u2019elle s\u2019efforce de mettre en \u0153uvre depuis l\u2019an 2000. L\u2019authenticit\u00e9 d\u2019une clinique syrienne qui passe par deux noms : Freud, et Lacan qui parle \u00ab de la jouissance et de la mort \u00bb ; dans \u00ab un langage nouveau qui s\u2019exprime \u00e0 travers des mots qu\u2019il faut d\u00e9chiffrer pour les comprendre \u00bb.<br \/>\nC\u2019est dans cette ambiance de d\u00e9chiffrage que Rafah Nached situe la construction de la psychanalyse \u00e0 Damas. Un d\u00e9chiffrage qui passe par une interrogation de la langue propre \u00e0 l\u2019analyse, et de la mani\u00e8re de se former \u00e0 la lecture de Lacan. L\u2019exercice suppose une appropriation et un usage \u00ab m\u00e9taphorique \u00bb du texte pour transposer des phrases dont la recherche de tout \u00e9quivalent litt\u00e9ral en langue arabe serait vain. Cet am\u00e9nagement conduit \u00e0 \u00ab l\u2019invention d\u2019un Lacan arabe \u00bb dont les derniers d\u00e9veloppements sur la jouissance et la mystique servent de point d\u2019appui. La mystique musulmane constitue ainsi l\u2019imaginaire \u00e0 partir duquel s\u2019interpr\u00e8te le r\u00e9el de la jouissance en jeu dans la soci\u00e9t\u00e9 syrienne.<br \/>\nFonder une psychanalyse authentiquement syrienne, revient ainsi \u00e0 saisir quelque chose du r\u00e9el qui habite le pays, quelque chose de son horreur, pour en faire l\u2019\u00e9picentre de l\u2019\u00e9coute, de la logique de la langue analytique. C\u2019est fa\u00e7onner les outils qui permettent, entre autres, d\u2019entendre ce que ces femmes qui viennent \u00e0 son cabinet disent au-del\u00e0 de mots pour serrer le r\u00e9el auquel elles ont affaire.<br \/>\nMais le r\u00e9el ici en jeu n\u2019est pas seulement celui qu\u2019on rencontre dans la cure, voire dans l\u2019extr\u00eame de la cure telle que peut nous la raconter Rafah Nached lorsqu\u2019elle \u00e9voque celle des r\u00e9fugi\u00e9s Irakiens. C\u2019est aussi le r\u00e9el qui colore le ciel de Damas la religieuse. C\u2019est celle-ci qui a amput\u00e9 l\u2019embryonnaire communaut\u00e9 analytique d\u2019un de ses membres. Une femme, qui paie d\u2019\u00eatre de celles qui interrogent le d\u00e9sir en plus que d\u2019incarner par son sexe m\u00eame ce continent noir de l\u2019Alt\u00e9rit\u00e9 la plus radicale.<br \/>\nGageons que celle qui a ouvert un cabinet pour d\u00e9lier une parole ba\u00eellonn\u00e9e pourra au plus vite recouvrer sa libert\u00e9 et poursuivre son pr\u00e9cieux travail d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019inconscient syrien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Depuis que Rafah Nached a fond\u00e9 son \u00e9cole de psychanalyse, \u00e0 Damas, elle n\u2019a de cesse de s\u2019interroger sur la mani\u00e8re de transmettre ce savoir et cette pratique tout en l\u2019inscrivant dans l\u2019authenticit\u00e9 d\u2019un dire qui soit propre au pays dans lequel elle pratique l\u2019analyse.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[232],"class_list":["post-3290","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-discretioncritique","tag-syrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3290","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3290"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3290\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3330,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3290\/revisions\/3330"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3290"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3290"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3290"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}