{"id":4000,"date":"2011-10-31T22:44:54","date_gmt":"2011-10-31T21:44:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=4000"},"modified":"2011-11-13T03:10:29","modified_gmt":"2011-11-13T02:10:29","slug":"le-dernier-spectacle-de-romeo-castellucci-%c2%ab-sur-le-concept-du-visage-du-fils-de-dieu-%c2%bb-au-theatre-de-la-ville-serait-il-%c2%ab-christianophobe-%c2%bb-par-gwen-lepechoux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/le-dernier-spectacle-de-romeo-castellucci-%c2%ab-sur-le-concept-du-visage-du-fils-de-dieu-%c2%bb-au-theatre-de-la-ville-serait-il-%c2%ab-christianophobe-%c2%bb-par-gwen-lepechoux\/","title":{"rendered":"Le dernier spectacle de Romeo Castellucci \u00ab Sur le concept du visage du fils de Dieu \u00bb au Th\u00e9\u00e2tre de la ville serait-il \u00ab christianophobe \u00bb ?, par Gwen Lepechoux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><!--more-->Le dernier spectacle de Romeo Castellucci \u00ab\u00a0Sur le concept du visage du fils de Dieu\u00a0\u00bb au Th\u00e9\u00e2tre de la ville serait-il \u00ab\u00a0christianophobe\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une division\u00a0: voil\u00e0 ce que produisent, chaque fois, les spectacles de Romeo Castellucci. Un effet qui ne trompe pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l\u2019ouverture d\u2019Inferno aux Palais des Papes, \u00e0 Avignon, en 2008, Romeo Castellucci, seul, rev\u00eatu d\u2019une combinaison de protection, est attaqu\u00e9 par des molosses d\u00e9cha\u00een\u00e9s que des ma\u00eetres chiens viennent de l\u00e2cher sur lui, nous faisant trembler, sur la limite, o\u00f9 dans la fiction les semblants vacillent. Quasiment une seule parole dans Inferno, une pri\u00e8re, \u00ab\u00a0o\u00f9 es-tu\u00a0? Je te conjure\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La silhouette chancelante et floue du p\u00e8re dans Purgatorio, son jeune fils qu\u2019il vient de violer, console son p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est fini, ce n\u2019est pas grave\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans \u00ab\u00a0le voile noir du pasteur\u00a0\u00bb, d\u2019une zone de mati\u00e8re sombre, mouvante, sans forme, accompagn\u00e9e d\u2019un bruit assourdissant, \u00e0 la limite du supportable pour nos oreilles et indiscernable \u00e0 notre regard, s\u2019\u00e9l\u00e8ve, \u00e0 notre grand soulagement, une voix chaude narrant quelques bribes de la nouvelle de Nathana\u00ebl Hawthorne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Romeo Castellucci nous convoque, dans chacun de ses spectacles, \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une forme qui s\u2019extrait du chaos, une pointe d\u2019angoisse \u00e0 chaque fois y est convoqu\u00e9e, angoisse d\u2019une travers\u00e9e, d\u2019une limite, d\u2019un au-del\u00e0. Le th\u00e9\u00e2tre de Romeo Castellucci vise un r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Sul<\/em> <em>concetto di volto nel figlio di Dio<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: un fils et son p\u00e8re, un d\u00e9cor d\u2019int\u00e9rieur immacul\u00e9 sous un immense portrait du Christ peint par Antonello da Messina au XVe si\u00e8cle. La conjugaison d\u2019un design \u00e9l\u00e9gant tout italien et de la peinture de la Renaissance, n\u2019est pas pour nous d\u00e9signer une quelconque harmonie, une quelconque continuit\u00e9 dans le registre du beau. Malgr\u00e9, contre ou avec\u2026justement cette beaut\u00e9, au c\u0153ur m\u00eame de cette beaut\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9e comme un tableau que nous aurions devant les yeux\u00a0; ici la chair fait intrusion, se fait pr\u00e9sente. Au fil de la r\u00e9p\u00e9tition des sc\u00e8nes, l\u2019amour du fils pour son p\u00e8re se concentre, se r\u00e9duit \u00e0 une \u00e9criture, l\u2019\u00e9criture des gestes du soin le plus trivial qu\u2019un fils doit au vieux corps de son p\u00e8re. Ce corps part en morceaux\u00a0; l\u2019effort si vain et pourtant si n\u00e9cessaire du fils, maintient le p\u00e8re humili\u00e9 dans sa dignit\u00e9. Un cri muet, celui de tout \u00eatre humain\u00a0: \u00ab\u00a0P\u00e8re, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0p\u00e8re ne vois-tu pas que je br\u00fble\u00a0?\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Convoquer chaque spectateur, \u00e0 chacun de ses spectacles, dans cette zone d\u2019extimit\u00e9 la plus intime, ne laisse jamais indiff\u00e9rent. Les spectacles de Romeo Castellucci provoquent enthousiasme, fascination, rejet, horreur, ce n\u2019est jamais ti\u00e8de. L\u2019ennemi \u00e0 abattre pour Romeo Castellucci c\u2019est l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019un spectateur ensommeill\u00e9\u00a0; il nous veut sur la br\u00e8che. Il sait rendre pr\u00e9sent \u00ab\u00a0l\u2019ind\u00e9chiffrable\u00a0\u00bb, o\u00f9 certains pourront loger une foi religieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Romeo Castellucci, le visage du Christ dans la peinture est m\u00e9taphore de l\u2019\u00ab\u00a0ecce homo\u00a0\u00bb et il aime lire la Bible, \u00ab\u00a0le livre \u00e0 l\u2019origine de tous les livres\u00a0\u00bb, l\u2019art est devenu pour lui, le lieu o\u00f9 se posent les questions, place que l\u2019art aurait vol\u00e9e \u00e0 la religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses d\u00e9tracteurs imb\u00e9ciles\u00a0? \u00ab\u00a0Des jaloux\u00a0\u00bb nous dit-il, d\u2019avoir perdu cette place. Peux \u00eatre\u00a0? Romeo Castellucci n\u2019est-il pas trop charitable\u00a0? Nommons ici plut\u00f4t la haine, \u00e0 bien mettre \u00e0 sa place nous recommande Lacan dans son S\u00e9minaire Encore. Lacan rappelle que \u00ab\u00a0le Dieu \u00e9tait pour Emp\u00e9docle le plus ignorant de tous les \u00eatres, de ne point conna\u00eetre la haine\u2026 que les chr\u00e9tiens plus tard ont transform\u00e9 en un d\u00e9luges d\u2019amour. Malheureusement \u00e7a ne colle pas, parce que ne point conna\u00eetre la haine, c\u2019est ne point conna\u00eetre l\u2019amour non plus\u00a0\u00bb. Plus loin Lacan nous dit que si la fonction du savoir il faut la r\u00e9nover, c\u2019est que la haine n\u2019y a point \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 sa place. C\u2019est je crois, au c\u0153ur du th\u00e9\u00e2tre de Romeo Castellucci\u00a0: Cette haine est l\u00e0 et cette haine \u00ab\u00a0c\u2019est grave\u00a0\u00bb\u00a0! Ce n\u2019est pas une \u00ab\u00a0haine jalouse\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00ab\u00a0Das Ding\u00a0\u00bb, la Chose freudienne, le \u00ab\u00a0prochain\u00a0\u00bb que Freud se refuse \u00e0 aimer au-del\u00e0 de certaine limites\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au temps de l\u2019Autre qui n\u2019existe pas, le th\u00e9\u00e2tre de Romeo Castellucci, avec ou gr\u00e2ce au \u00ab\u00a0doute\u00a0\u00bb qui l\u2019habite, est de l\u2019ordre de la rencontre, accept\u00e9e ou rejet\u00e9e\u00a0; l\u00e0 o\u00f9 chacun d\u00e9ciderait de sa croyance\u00a0; quand \u00e0 lui, il s\u2019avance seul sur la sc\u00e8ne du Palais des Papes, pour dire \u00ab\u00a0Je m\u2019appelle Romeo Castellucci\u00a0\u00bb, c\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il cr\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"author":9,"featured_media":4001,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[300,498],"tags":[],"class_list":["post-4000","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-spectacles","category-varia-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4000"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4000\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4615,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4000\/revisions\/4615"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}