{"id":4727,"date":"2011-10-26T22:21:39","date_gmt":"2011-10-26T20:21:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=4727"},"modified":"2011-11-25T10:33:10","modified_gmt":"2011-11-25T09:33:10","slug":"la-chronique-de-clotilde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/la-chronique-de-clotilde\/","title":{"rendered":"LA CHRONIQUE DE CLOTILDE"},"content":{"rendered":"<p align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em><strong>The Artist <\/strong><\/em><\/span><span style=\"font-size: medium;\"><strong>ou comment franchir le mur du langage <\/strong><\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em><strong>par C. Leguil<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Le drame de Georges Valentin, star du cin\u00e9ma muet (jou\u00e9 par Jean Dujardin), se d\u00e9roule entre 1927 et 1932\u00a0: l\u2019artiste se voit soudain consid\u00e9r\u00e9 comme un vestige du pass\u00e9 alors que le cin\u00e9ma devient parlant, <!--more-->qu\u2019on entend enfin les voix des acteurs et qu\u2019on ne veut plus de mimiques et de grimaces se substituant \u00e0 la parole vraie. Avec audace et sensibilit\u00e9, le r\u00e9alisateur fran\u00e7ais Michel Hazanavicius rend compte avec un film muet, de fa\u00e7on paradoxale, humoristique et fine, de la valeur de la parole. Il nous plonge dans l\u2019univers du silence, celui des images qui s\u2019encha\u00eenent en musique, pour nous faire saisir ce qui manque, la parole elle-m\u00eame qui arrache le sujet \u00e0 la sph\u00e8re imaginaire pour l\u2019introduire \u00e0 ses propres contradictions.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Faire un film muet au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, comme pour revenir \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019or des commencements, alors qu\u2019une grande partie de la production cin\u00e9matographique fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine s\u2019en remet aux artifices toujours plus sophistiqu\u00e9s des effets sp\u00e9ciaux, des images de synth\u00e8se et autres prouesses de la technologie, est d\u00e9j\u00e0 un parti pris audacieux qui fait valoir contre le <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>caract\u00e8re anonyme du progr\u00e8s<\/strong><\/span> des moyens eux-m\u00eames, le d\u00e9sir de retrouver quelque chose de l\u2019objet perdu d\u2019un premier cin\u00e9ma tout artisanal qui \u00e9tait entre les mains de metteurs en sc\u00e8ne et d\u2019acteurs d\u00e9couvrant la puissance du septi\u00e8me art en m\u00eame temps qu\u2019ils l\u2019inventaient. Il y a alors pour le spectateur d\u2019aujourd\u2019hui une forme de jubilation \u00e0 retrouver \u00e7a et l\u00e0 des \u00e9vocations des grands films muets de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, comme <span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong><a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=y0rnDH7GKYg&amp;feature=related\">Les lumi\u00e8res de la ville<\/a><\/strong><\/em><\/span> dont Hazanavicius cite discr\u00e8tement la sc\u00e8ne finale. Mais l\u00e0 o\u00f9 Charlot contemplait la jeune fleuriste aim\u00e9e \u00e0 travers la vitrine de sa boutique, avant qu\u2019elle ne le reconnaisse en lui caressant le visage et lui adresse un \u00ab\u00a0vous\u00a0?\u00a0\u00bb silencieux que l\u2019on d\u00e9chiffre avec \u00e9motion sur un carton, c\u2019est son propre reflet dans le miroir, soudain rev\u00eatu d\u2019un costume de sc\u00e8ne qui vient s\u2019ajuster \u00e0 son image par l\u2019effet illusoire de la lumi\u00e8re, que Georges Valentin prend plaisir \u00e0 contempler en silence, toujours seul avec son image. C\u2019est donc un film sur l\u2019histoire du cin\u00e9ma, et sur ce passage du muet au parlant, mais c\u2019est aussi <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>un film sur l\u2019\u00e9tincelle de l\u2019amour et l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019aimer si l\u2019on ne parle pas, si l\u2019on ne consent pas \u00e0 s\u2019arracher au reflet narcissique de sa propre image. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Mais le film d\u2019Hazanavicius tout en \u00e9voquant le fameux <span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Sunset Boulevard<\/strong><\/em><\/span> de Billy Wilder, repose sur une trouvaille, du m\u00eame ordre que celle de Woody Allen dans <span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Deconstructing Harry<\/strong><\/em><\/span> lorsqu\u2019il invente un acteur devenu flou par nature, ou encore dans <em>Hollywood Ending<\/em> un metteur en sc\u00e8ne perdant provisoirement la vue au moment m\u00eame du tournage tant attendu de son film. <span style=\"color: #0000cc;\"><strong>Dans <\/strong><\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em><strong>The Artist<\/strong><\/em><\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>, le muet n\u2019est en effet pas seulement un trait de l\u2019\u00e2ge d\u2019or du cin\u00e9ma, mais la m\u00e9taphore du choix subjectif du h\u00e9ros lui-m\u00eame, de son angoisse et de son sympt\u00f4me, lui qui s\u2019est enferm\u00e9 dans un monde sans parole, le monde du reflet de sa propre image lui procurant une satisfaction narcissique d\u00e8s lors que d\u2019autres viennent<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><a style=\"font-family: Calibri, sans-serif; text-align: justify;\" href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/the-artist-et-son-ombre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-4730\" style=\"border-style: initial; border-color: initial;\" title=\"the artist et son ombre\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/the-artist-et-son-ombre-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>\u00a0s\u2019adjoindre \u00e0 cette contemplation.<\/strong><\/span> Mais le public veut dor\u00e9navant des acteurs dont on entend la voix, et les femmes aussi dans la vraie vie veulent des hommes qui leur parlent\u2026 Georges Valentin, mur\u00e9 dans le\u00a0monde silencieux de sa propre image, est abandonn\u00e9 par sa femme qui ne parvient pas \u00e0 lui arracher \u00e0 un mot, et passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa rencontre avec la p\u00e9tillante Peppy Miller devenue une star du cin\u00e9ma parlant. Le silence n\u2019est pas alors seulement celui du cin\u00e9ma mais celui d\u2019un sujet qui ne veut pas franchir le mur du langage pour prendre la parole et risquer une r\u00e9ponse de l\u2019autre qui pourrait lui faire d\u00e9couvrir ce qu\u2019il ne savait pas sur lui-m\u00eame\u2026 <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>Oui, il y a quelque chose d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la psychanalyse dans l\u2019histoire de Georges Valentin.<\/strong><\/span> Alors que Freud au d\u00e9but du si\u00e8cle d\u00e9couvre que les sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques peuvent dispara\u00eetre lorsqu\u2019on laisse les patientes parler de leur traumatisme, Georges Valentin d\u00e9couvre lui qu\u2019en refusant le parlant au cin\u00e9ma et le parl\u00e9 dans la vie, il refuse aussi l\u2019amour et s\u2019\u00e9teint dans l\u2019obscurit\u00e9 de son propre ego. Si Peppy<a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Peppy-Miller.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4733\" title=\"Peppy Miller\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Peppy-Miller-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a> Miller, jou\u00e9e par la ravissante et fine B\u00e9r\u00e9nice B\u00e9jo, parvient alors \u00e0 arracher Valentin \u00e0 son d\u00e9sespoir, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9tincelle de l\u2019amour, qui lui permet \u00e0 elle aussi de sortir de la rivalit\u00e9 avec les stars d\u2019antan pour d\u00e9passer le \u00ab\u00a0C\u2019est lui <strong>ou<\/strong> moi\u00a0\u00bb, qui lui \u00e9chappe lors d\u2019un lapsus devant son metteur en sc\u00e8ne (excellent John Goodman), et de parvenir \u00e0 un \u00ab\u00a0C\u2019est lui <strong>et<\/strong> moi\u00a0\u00bb signifiant son d\u00e9sir de faire couple \u00e0 l\u2019\u00e9cran et dans la vie avec Valentin\u2026 <span style=\"color: #0000cc;\"><em><strong>The Artist<\/strong><\/em><\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><strong> nous montre ainsi la valeur de la parole par-del\u00e0 le stade du miroir, <\/strong><\/span>valeur qu\u2019un film muet r\u00e9v\u00e8le en creux mieux que nombre de films bavards et hypertechnicis\u00e9s cherchant selon les imp\u00e9ratifs de l\u2019\u00e9poque \u00e0 r\u00e9duire la parole \u00e0 <span style=\"color: #0000ff;\"><strong>un outil de communication d\u00e9sincarn\u00e9.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><strong>Paru dans le n\u00b070 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"CENTER\">The Artist ou comment franchir le mur du langage par C. Leguil<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le drame de Georges Valentin, star du cin\u00e9ma muet (jou\u00e9 par Jean Dujardin), se d\u00e9roule entre 1927 et 1932\u00a0: l\u2019artiste se voit soudain consid\u00e9r\u00e9 comme un vestige du pass\u00e9 alors que le cin\u00e9ma devient parlant, <\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":4728,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19,301],"tags":[763,717,764,605],"class_list":["post-4727","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","category-cinema","tag-c-leguil","tag-cinema-2","tag-georges-valentin","tag-the-artist"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4727","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4727"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4727\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5653,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4727\/revisions\/5653"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4728"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4727"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4727"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4727"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}