{"id":4737,"date":"2011-11-14T01:40:15","date_gmt":"2011-11-14T00:40:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=4737"},"modified":"2011-11-25T11:00:41","modified_gmt":"2011-11-25T10:00:41","slug":"la-femme-du-poete-le-traducteur-et-lacan-par-mariana-alba-de-luna","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/la-femme-du-poete-le-traducteur-et-lacan-par-mariana-alba-de-luna\/","title":{"rendered":"La femme du po\u00e8te, le traducteur et Lacan, par Mariana Alba de Luna"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong>Une phrase rang\u00e9e dans une boite \u00e0 chaussures fut la contingence qui provoqua la rencontre entre le po\u00e8te et traducteur Tom\u00e1s Segovia et les <em>\u00c9crits<\/em> de Lacan<\/strong>.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/hombres.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-4739\" title=\"hombres\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/hombres-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"165\" height=\"165\" \/><\/a>Lorsque les \u00e9ditions mexicaines <em>Siglo XXI<\/em>, lui propose de traduire en espagnol les <em>\u00c9crits <\/em>de Lacan, <span style=\"color: #0000ff;\">Tom\u00e1s Segovia<\/span> feuillette l\u2019ouvrage fran\u00e7ais et tombe sur cette phrase que jadis il avait rang\u00e9 dans la boite o\u00f9 il gardait les phrases qu\u2019il cueillait ici et l\u00e0 et qu\u2019il jugeait importantes. Etrange fa\u00e7on de sauvegarder les mots d\u2019un autre, comme si elles pouvaient chausser \u00e0 la perfection sa pens\u00e9e et le po\u00e8te, trouver l\u00e0, chaussure \u00e0 son pied. Armando Suarez, psychanalyste mexicain d\u2019origine espagnol et form\u00e9 dans le \u00abC\u00edrculo Vien\u00e9s de Psicolog\u00eda Profunda\u00bb des ann\u00e9es soixante, conseilla ce traducteur, car il pensait que seul un po\u00e8te pouvait traduire les <em>\u00c9crits<\/em> de Lacan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Tom\u00e1s Segovia<\/span> avait ressenti un sentiment d\u2019arrachement lorsque, pour la premi\u00e8re fois, il se trouva face \u00e0 face avec cette phrase de Lacan. <em>\u00ab <\/em><span style=\"color: #808080;\"><em>C\u2019est comme s\u2019il me l\u2019avait arrach\u00e9e ! Lacan exposait <\/em><em>quelque chose que d\u2019une certaine mani\u00e8re je savais. C\u2019est cela que me d\u00e9cida \u00e0 accepter la traduction<\/em><\/span><em> \u00bb <\/em>confia-t-il au cours de l\u2019entretien paru dans la revue \u00abEl Psicoan\u00e1lisis\u00bb (ELP, N\u00b015\/2009). Cela ne va pas sans m\u2019\u00e9voquer ce que Lacan avait dit lui-m\u00eame de l\u2019\u0153uvre d\u2019un autre : <em>\u00ab Marguerite Duras s\u2019av\u00e8re savoir sans moi ce que j\u2019enseigne.\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le m\u00eame sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 entre le po\u00e8te, l\u2019\u0153uvre de la femme \u00e9crivain et Lacan.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Trois discours entrelac\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et de <em>la femme<\/em>, il en fut justement question pour le <em>po\u00e8te des vers \u00e9rotiques<\/em>. Pour justifier les multiples erreurs qu\u2019il avait commises dans sa premi\u00e8re traduction dat\u00e9e de 1971, il mit en avant le c\u00f4t\u00e9 comique du \u00ab<em>malentendu\u00bb<\/em> de sa femme musicienne de l\u2019\u00e9poque, qui \u00ab quand elle entendait un <em>do<\/em>, interpr\u00e9tait un <em>r\u00e9 <\/em>\u00bb\u2026 Probl\u00e8me que <span style=\"color: #0000ff;\">Segovia<\/span> qualifia de <em>\u00ab rien d\u2019autre qu\u2019un probl\u00e8me de lexiq<\/em><em>ue \u00bb au th\u00e9rapeute atypique et sa \u00ab parafernalia \u00bb interpr\u00e9tative (attirail) que son \u00e9pouse consulta \u00e0 l\u2019\u00e9poque<\/em> &#8211; ce th\u00e9rapeute avait d\u2019ailleurs diagnostiqu\u00e9 au po\u00e8te une \u00ab triple n\u00e9gation maternelle\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\">Segovia<\/span> se plaignait d\u2019avoir toujours rencontr\u00e9 des femmes pour lesquelles il <em>\u00ab n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 un homme \u00bb <\/em>car pour elles, il \u00e9tait un <em>artiste adolescent, donc irresponsable, <\/em>voir <em>homosexuel.<\/em> <em>\u00ab Vamos, que nunca era un hombre! \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9ponse \u00e0 cette femme jalouse de ses multiples activit\u00e9s professionnelles, il d\u00e9cida de lui laisser jouer un r\u00f4le dans son travail de traduction, il enregistrait \u00e0 haute voix la traduction qu\u2019il faisait des <em>\u00c9crits<\/em> et chargea sa femme des transcriptions. Ensuite il r\u00e9visait le texte, mais sans trop le modifier pour ne pas vexer sa femme !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 cela, il est \u00e9vident que des erreurs subsistent, m\u00eame dans le titre surr\u00e9aliste propos\u00e9 pour la premi\u00e8re \u00e9dition. Ce qui r\u00e9veilla d\u2019ailleurs la col\u00e8re de Lacan duquel il recevra deux lettres. Dans sa correspondance <span style=\"color: #0000ff;\">Tom\u00e1s Segovia<\/span> demande \u00e0 Lacan au sujet des passages qui lui semblent \u00ab impossibles \u00bb de traduire au niveau du sens, s\u2019il jouait des redondances pour justement d\u00e9montrer que quelque chose \u00e9tait impossible. Lacan lui r\u00e9pondra affirmativement en lui disant que jusqu\u2019\u00e0 ce jour \u00ab <em>personne ne le lui avait ainsi fait ce commentaire \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa <em>Note de traducteur <\/em>de la deuxi\u00e8me \u00e9dition, il rend hommage \u00e0 <em>\u00ab la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l\u2019\u00e9rudition, et l\u2019intelligence \u00bb<\/em> de Lacan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces trois \u00e9ditions, le travail de correction n\u2019aura pas effac\u00e9 le \u00ab malentendu \u00bb qui court toujours&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Tom\u00e1s Segovia<\/span> \u00e9tait narrateur, essayiste et traducteur, exil\u00e9 espagnol qui <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/tomas1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4740\" title=\"tomas\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/tomas1-111x150.jpg\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"150\" \/><\/a>apr\u00e8s avoir v\u00e9cu dans diff\u00e9rents pays \u00e0 cause de la guerre civile espagnole, r\u00e9sida au Mexique de son adolescence jusqu\u2019\u00e0 sa mort, faisant par la suite la navette entre Madrid et Mexico. Devenu orphelin tr\u00e8s t\u00f4t, il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par son oncle qu\u2019il croyait \u00eatre son p\u00e8re. Il obtiendra par la suite la nationalit\u00e9 mexicaine. Au sujet de son exil, il parle de \u00ab extranjer\u00eda \u00bb, une fa\u00e7on pour lui de comprendre que <em>\u00ab d\u00e9finitivement nous n&rsquo;appartenons \u00e0 aucun lieu. Nous ne sommes pas natifs d\u2019un lieu, mais \u00e0 un regard. \u00bb<\/em> Il re\u00e7u un grand nombre de prix pour son \u0153uvre, dont les prestigieux prix de litt\u00e9rature Latino-am\u00e9ricaine et du Cara\u00efbes \u00ab Juan Rulfo \u00bb en 2005 et l\u2019International de po\u00e9sie Federico Garc\u00eda Lorca en 2008. Il traduisit les \u0153uvres de Foucault, Derrida ou des po\u00e8tes comme Rilke, Ungaretti, Andr\u00e9 Breton, Gautier et m\u00eame r\u00e9cemment Shakespeare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son texte <em>\u00abEl sexo y el arte\u00bb<\/em> il dit exposer <em>la tendance \u00e0 la confusion, le malentendu entre les sexes et son lien avec la litt\u00e9rature : \u00abIl n\u2019y a pas de sexe pour l\u2019art, mais \u00e9lection. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de l\u2019une de ses derni\u00e8res lectures publiques au Palacio de Bellas Artes de M\u00e9xico, il parlait encore de l\u2019amour : <em>\u00ab <\/em><em>L\u2019amour c\u2019est \u00eatre aim\u00e9, non pas parce qu\u2019on le m\u00e9rite, mais par amour. Car l\u2019amour n\u2019est jamais m\u00e9rit\u00e9. Je n\u2019ai plus rien \u00e0 d\u00e9montrer. Je n\u2019ai plus aucune crainte. La po\u00e9sie m\u2019amena vers la sagesse<\/em><em> \u00bb<\/em>, \u00ab \u00catre en paix, c\u2019est cela la libert\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Tom\u00e1s Segovia<\/span> est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le lundi 7 novembre 2011 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 84 ans \u00e0 \u00a0Mexico o\u00f9 il vivait avec sa famille et ses enfants. Son \u0153uvre et sa po\u00e9sie avaient \u00e9t\u00e9 son lieu de cr\u00e9ation et la recherche amoureuse autour du myst\u00e8re toujours insondable de la femme. Si l\u2019on pouvait graver sur sa tombe quelque mots de remerciements pour son effort de traduction des <em>\u00c9crits<\/em>, pour lequel il n\u2019a pas peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 assez <em>pou\u00e2te, paspou\u00e2teassez<\/em> ou trop dans son singulier malentendu entre les sexes, elles seraient probablement celles que jadis Lacan lui avaient d\u00e9voil\u00e9, de sa propre \u00e9tranget\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, et qu\u2019il trouva <em>surprenantes<\/em> mais aussi <em>siennes<\/em> : \u00ab<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>El deseo es el deseo del Otro<\/strong><\/span>\u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0\u2022\u00a0\u2022\u00a0\u2022<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #666699;\">Besos<\/span><\/strong> \u00a0(extrait)<\/p>\n<address>\u00ab&#8230;Y besar\u00e9 tus ojos m\u00e1s grandes que t\u00fa toda<\/address>\n<address>y que t\u00fa y yo juntos y la vida y la muerte<\/address>\n<address>del color de la tersura<\/address>\n<address>de mirada asombrosa<\/address>\n<address>como encontrarse en la calle con uno mismo<\/address>\n<address>como encontrarse delante de un abismo<\/address>\n<address>que nos obliga a decir qui\u00e9n somos<\/address>\n<address>tus ojos en cuyo fondo vives t\u00fa<\/address>\n<address>como en el fondo del bosque mas claro del mundo.\u00bb<\/address>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #666699;\">Dime mujer donde escondes tu misterio&#8230;<\/span><\/strong> (extrait)<\/p>\n<address>\u00abDime mujer d\u00f3nde escondes tu misterio<\/address>\n<address>mujer agua pesada volumen transparente<\/address>\n<address>m\u00e1s secreta cuanto m\u00e1s desnudas<\/address>\n<address>cu\u00e1l es la fuerza de tu esplendor inerme<\/address>\n<address>tu deslumbrante armadura de belleza<\/address>\n<address>dime no puedo ya con tus armas<\/address>\n<address>mujer sentada acostada abandonada<\/address>\n<address>esse\u00f1ame el reposo el sue\u00f1o y el olvido<\/address>\n<address>ense\u00f1ame la lentitud del tiempo<\/address>\n<address>mujer t\u00fa que convives con tu ominosa carne.\u00bb<\/address>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Une phrase rang\u00e9e dans une boite \u00e0 chaussures fut la contingence qui provoqua la rencontre entre le po\u00e8te et traducteur Tom\u00e1s Segovia et les \u00c9crits de Lacan.<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":4741,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[641,665,910],"class_list":["post-4737","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-courrier","tag-mariana-alba-de-luna","tag-poesie","tag-traduction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4737","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4737"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4737\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5676,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4737\/revisions\/5676"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4741"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4737"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4737"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4737"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}