{"id":4764,"date":"2011-10-27T10:45:32","date_gmt":"2011-10-27T08:45:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=4764"},"modified":"2011-11-25T10:39:58","modified_gmt":"2011-11-25T09:39:58","slug":"un-mancamento-radiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/un-mancamento-radiale\/","title":{"rendered":"UN MANCAMENTO RADIALE"},"content":{"rendered":"<p align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>\u00ab\u00a0Mancamento Radiale \u00bb <span style=\"color: #0000cc;\"><em>par Antonio Di Ciaccia<\/em><\/span><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">J\u2019ai intitul\u00e9 ainsi cette rubrique\u00a0: <strong>un hommage \u00e0 Andrea Zanzotto, le grand po\u00e8te italien disparu il y a quelques jours.<!--more--><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Zanzotto-noir-et-blanc.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4765\" title=\"Zanzotto noir et blanc\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Zanzotto-noir-et-blanc-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/strong> \u00ab <em>Il mancamento radiale<\/em> \u00bb, tir\u00e9 de la po\u00e9sie <em>La perfezione della neve <\/em>(1968) est la d\u00e9finition donn\u00e9e par Stefano Agosti \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du <strong>Po\u00e8te<\/strong> originaire de Pieve di Soligo, \u00ab qui voit le sujet\u00a0 plac\u00e9 au point central d\u2019un d\u00e9phasage qui entra\u00eene (et bouleverse) l\u2019organisation du monde\u00a0\u00bb. Pourtant <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em><strong>mancamento\u00a0<\/strong><\/em><strong>\u00bb &#8211; <\/strong>qui en fran\u00e7ais peut \u00eatre traduit par manque, \u00e9vanouissement, d\u00e9faut &#8211;<strong>, est le terme avec lequel Zanzotto d\u00e9finit l\u2019\u0153uvre que Lacan a produit<\/strong>, parce qu\u2019il a install\u00e9 \u00ab\u00a0un <em>mancamento<\/em> \u00e0 la place de l\u2019ego, en introduisant des consistances tels Dante dans le Ciel de la Lune aux points focaux des paradis du moi (Moi\u00a0?)\u00a0\u00bb, comme il l\u2019\u00e9crit dans le court essai en 1979 \u00ab\u00a0Nei paraggi di Lacan\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Le moi\u00a0? Qu\u2019est-ce que le moi\u00a0? Zanzotte le dit dans un po\u00e8me du recueil <em>Vocativo<\/em> (1957)\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u2013 <span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>Moi \u2013 en continuels tremblements, \u2013 moi \u2013 \u00e9gar\u00e9<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>et pr\u00e9sent\u00a0: jamais n\u2019arrive <\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>ton heure,<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>jamais le ciel sonne de ta vraie naissance.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>Vocativo<\/strong><\/em>\u00a0: d\u00e8s le d\u00e9but Stefano Agosti avait constat\u00e9 \u00ab\u00a0<strong>de symptomatiques et extraordinaires co\u00efncidences, voire des anticipations\u00a0<\/strong>\u00bb\u00a0 par rapport aux dits de Lacan. <strong>Mais qu\u2019est-ce qui pousse le Po\u00e8te \u00ab\u00a0\u00e0 feuilleter plein d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 un num\u00e9ro de <\/strong><em><strong>La<\/strong><\/em><strong> <\/strong><em><strong>Psychanalyse<\/strong><\/em><strong> trouv\u00e9 sur une table\u00a0?\u00a0\u00bb<\/strong> C\u2019\u00e9tait le moment o\u00f9, comme il dit, \u00ab\u00a0j\u2019\u00e9tais \u2018oblig\u00e9\u2019 de fr\u00e9quenter des psychiatres, lesquels n\u2019\u00e9taient pas tout \u00e0 fait \u2018orthodoxes\u2019\u00bb de lui avoir murmur\u00e9 le nom encore inconnu de Lacan. L\u2019\u00e9vanouissement du moi, l\u2019\u00e9vanouissement du monde et de tout le tissu que nous appelons <em>la r\u00e9alit\u00e9<\/em> l\u2019avait conduit \u00e0 se d\u00e9tourner de la tentative de rep\u00e9rer des significations authentiques qu\u2019il fallait retrouver \u00e0\u00a0 l\u2019int\u00e9rieur des signes. Il trouve, par contre, dans le signifiant, un point de r\u00e9f\u00e9rence nouveau, inattendu, bouleversant. <strong>Dans <\/strong><em><strong>Belt\u00e0<\/strong><\/em><strong> (1968), l\u00e0 o\u00f9 le manque de confiance dans les significations devient total, seul le signifiant devient \u00ab\u00a0un point d\u2019appui f\u00e9cond\u00a0\u00bb<\/strong>. D\u00e9sormais c\u2019est sur le signifiant qu\u2019il va fonder son exp\u00e9rience de sujet, c\u2019est \u00e0 travers le signifiant qu\u2019il lui est possible de faire affleurer quelque chose qui, profond\u00e9ment, le travaille. C\u2019est ainsi que dans <em>Belt\u00e0<\/em> et dans les po\u00e8mes suivants, le signifiant, d\u00e9croch\u00e9 de la signification, se recompose en bredouillement, en syllabation, dans l\u2019usage parl\u00e9 de l\u2019italien pour terminer dans le dialecte, le n\u00e9ologisme, la langue priv\u00e9e, la langue invent\u00e9e, dans la langue enfantine. \u00ab\u00a0<strong>L\u2019\u00e9couter voulait dire \u00e9couter, en m\u00eame temps, le plus cultiv\u00e9, raffin\u00e9, travaill\u00e9, invent\u00e9 des langages, un balbutiement presque infantile, le son des mots dans leur germination dans notre corps avant toute signification<\/strong>\u00a0\u00bb, \u00e9crit <a href=\"http:\/\/www.dirittiglobali.it\/home\/categorie\/35-libri\/22195-il-male-di-vivere-e-il-bene-di-scrivere-andrea-era-la-resistenza-del-linguaggio-.html\">Massimo Cacciari dans <em>la Repubblica<\/em> (19 octobre 2011)<\/a>. Et Franco Marcoaldi, dans le m\u00eame quotidien, rappelle \u00ab\u00a0<strong>\u00e0 quel point les bredouillements, les onomatop\u00e9es, les grumeaux syllabiques, les silences sans issue d\u2019un \u2018psychisme \u00e9chaud\u00e9\u2019 arrivent \u00e0 produire une multiplication des voix, une d\u00e9flagration de la mati\u00e8re linguistique et donc un \u2018jaillissement des signes\u2019 sans frein<\/strong>\u00a0\u00bb. Tout cela se configure comme une langue sans comparaison \u00ab\u00a0susceptible d\u2019enregistrer, \u00e0 partir d\u2019un point infiniment r\u00e9gressif de la parole, le monde et le v\u00e9cu, le faux et l\u2019authentique, le gai et le tragique, comme on n\u2019avait jamais entendu \u2013 pour une telle \u00e9tendue de registres et de th\u00e8mes \u2013 dans l\u2019histoire de la langue et de la litt\u00e9rature italienne\u00a0\u00bb, comme le dit encore Agosti. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>Belt\u00e0<\/em> suit de peu la publication des <em>\u00c9crits<\/em> de Lacan \u2013 Zanzotto avait assist\u00e9 \u00e0 l\u2019une de ses conf\u00e9rences tenue \u00e0 cette \u00e9poque. Et Lacan est de nouveau cit\u00e9 directement, quelques ann\u00e9es plus tard, dans le po\u00e8me <em>La Pasqua a Pieve di Soligo <\/em>(1973), l\u00e0 o\u00f9, dans une cantil\u00e8ne ironique, \u00e9tay\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re des <em>Lamentations<\/em> de J\u00e9r\u00e9mie, le <strong>Po\u00e8te<\/strong> interrompt la langue italienne pour passer au fran\u00e7ais en paraphrasant <strong>Francis Jammes<\/strong> et terminer ensuite avec un d\u00e9sir dit en allemand.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>\u00ab\u00a0[\u2026] oui, je veux savoir ce qu\u2019en pense l\u2019\u00e9cole freudienne de Paris,<\/strong><\/em> <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>peut-\u00eatre par l\u00e0 arriverai-je \u00e0 \u00e9touffer mes soucis\u00a0; <\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>je d\u00e9borderai comme ce halo, comme cette herbe, du grabat<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>o\u00f9 mon Begehren m\u2019a clou\u00e9 et d\u2019\u0152dipe le st\u00e9rile combat\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Pourtant, \u00e9crit Zanzotto, \u00ab <strong>la dette et la confrontation par rapport \u00e0 Lacan \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 cro\u00eetre, \u00e0 s\u2019\u00e9largir<\/strong> \u00bb, car, dans le cort\u00e8ge \u00ab\u00a0triomphal \u00bb de la psychanalyse, l\u00e0 o\u00f9 Freud s\u2019installait ou \u00e9tait install\u00e9 \u00ab\u00a0<strong>tel un Empereur vainqueur, Lacan semblait vouloir s\u2019ins\u00e9rer toujours plus dans le r\u00f4le du lutin rouge qui contrefaisait les gestes du C\u00e9sar, du Ma\u00eetre, pour en r\u00e9v\u00e9ler la figure intime [\u2026] Celui qui d\u00e8s le d\u00e9but pouvait avoir pris m\u00eame la figure froide du\u00a0\u2018doctor\u2019 vampirique, changeait et pirouettait comme un joker, en soulevant avec son verbiage une infinit\u00e9 de copeaux, encore et toujours plus importants que tout le reste, et d\u2019autant plus piquants avec des\u00a0\u2018en-v\u00e9rit\u00e9-je-vous-dis\u2019 que d\u00e9t\u00e9rior\u00e9s par des rumeurs de fond et des \u00e9quivoques<\/strong> \u00bb. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">C\u2019est le flottement de <em>lalangue<\/em>\u00a0 qui fascine Zanzotto, lequel retrouve chez Lacan ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0<em>la matrit\u00e0\u00a0<\/em>\u00bb, la langue qui est la m\u00e8re terre, l\u2019idiome de fond, celui dont lui et Lacan se servent \u00e0 leur usage, en morcelant et en contrefaisant les langues d\u00e9sormais mortes.\u00a0 \u00ab\u00a0<strong>Ces microlettres \u2013 \u00e9crit-il encore \u2013, ces inepties, ces pi\u00e8ces d\u2019une mosa\u00efque ou d\u2019un puzzle d\u00e9valis\u00e9s, sont comme des talismans capables d\u2019orienter dans certaines Holzwege interdites de la po\u00e9sie, \u00e0 moins qu\u2019elles ne les constituent d\u00e9j\u00e0<\/strong> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>Lalangue<\/em>\u00a0: qui d\u00e9sormais n\u2019est l\u00e0 que pour dire le niveau z\u00e9ro dans lequel se dit le r\u00e9sidu, le reste, le d\u00e9tritus humain ou, pour le dire avec un des ses po\u00e8mes plus tardifs, <em>Conglomerati<\/em> (2009), \u00ab\u00a0<em>la muffa\u00a0<\/em>\u00bb, la moisissure, cette petite moisissure insignifiante qui a pris sur la terre et \u00e0 quoi se r\u00e9duit l\u2019humanit\u00e9 elle-m\u00eame. Et dans une note, sournois, il se demande : \u00ab\u00a0<strong>Et le monde des concepts comment fait-il \u00e0 vivre avec cette moisissure, voire \u00e0 \u00eatre s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par cette moisissure m\u00eame ?\u00a0<\/strong>\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Et qu\u2019est-ce cette s\u00e9cr\u00e9tion ? Sinon la po\u00e9sie m\u00eame, celle que le <strong>Po\u00e8te<\/strong> hume et renifle chez Lacan. Peut-\u00eatre est-ce, ce qui lui permet d\u2019\u00e9crire \u00e0 la fin du texte sur Lacan : \u00ab\u00a0<strong>Je crois qu\u2019il convient de toute fa\u00e7on d\u2019esp\u00e9rer dans son non-espoir<\/strong> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><strong>paru dans le N\u00b071 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"CENTER\">\u00ab\u00a0Mancamento Radiale \u00bb par Antonio Di Ciaccia<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">J\u2019ai intitul\u00e9 ainsi cette rubrique\u00a0: un hommage \u00e0 Andrea Zanzotto, le grand po\u00e8te italien disparu il y a quelques jours.<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":4767,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[596,139,769,770,768],"class_list":["post-4764","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","tag-andrea-zanzotto","tag-antonio-di-ciaccia","tag-franco-marcoaldi","tag-lalangue","tag-stefano-agosti"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4764","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4764"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4764\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5668,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4764\/revisions\/5668"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4767"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4764"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4764"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4764"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}