{"id":4869,"date":"2011-11-01T09:10:15","date_gmt":"2011-11-01T08:10:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=4869"},"modified":"2011-12-17T22:49:57","modified_gmt":"2011-12-17T21:49:57","slug":"sous-le-regard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/sous-le-regard\/","title":{"rendered":"SOUS LE REGARD"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Manifeste pour le hors champ <\/strong><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>par Laure Naveau<!--more--><\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0La mort de Khadafi\u00a0: ces images de son cadavre\u00a0\u00bb. \u2013 Le bloc-note de Bernard-Henri L\u00e9vy de cette semaine (27 octobre 2011), sur la mort de Khadafi, exemplaire encore de courage et de lucidit\u00e9, retient mon attention sur ce point, de l\u2019image.<\/span><\/span><span style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif;\">Je n\u2019ai pas la t\u00e9l\u00e9 et me garde, autant que je peux, de ces images du monde comme il va, pour aller plut\u00f4t aux textes. Mais, l\u00e0, en effet, la sauvagerie que l\u2019on attrape au passage \u00ab\u00a0r\u00e9vulse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9volte\u00a0\u00bb. BHL, parlant \u00ab\u00a0d\u2019une sorte de sommet dans l\u2019art de la profanation\u00a0\u00bb, s\u2019excuse d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0une incurable belle \u00e2me\u00a0\u00bb. Allons encore plus loin que l\u2019ami lucide.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Je pense que ces images expos\u00e9es au regard plan\u00e9taire, comme tant d\u2019autres depuis les attentats du 11 septembre, cr\u00e9ent un pr\u00e9c\u00e9dent durable, par rapport \u00e0 l\u2019appr\u00e9hension des faits de l\u2019histoire et du r\u00e9el, qui ne peut que contribuer au n\u00e9gationnisme ambiant et sous-jacent \u00e0 cette exhibition.<\/strong> <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans son dernier livre, \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000cc;\"><strong>L\u2019\u0153il absolu<\/strong><\/span>\u00a0\u00bb, <span style=\"color: #0000cc;\"><strong>G\u00e9rard Wajcman<\/strong><\/span> d\u00e9nonce l\u2019omnipr\u00e9sence du regard et le franchissement de la r\u00e9alit\u00e9 vers le r\u00e9el qu\u2019il constitue. La disparition du voile de la pudeur, qui est l\u2019une des cons\u00e9quences de l\u2019id\u00e9ologie de la transparence propre au monde hypermoderne, d\u00e9truit, du m\u00eame pas, toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9lision de l\u2019objet regard, <span style=\"color: #ff0000;\"><strong>de la dimension du <\/strong><\/span><span style=\"color: #ff0000;\"><em><strong>hors-champ<\/strong><\/em><\/span>. Et l\u00e0 surgit l\u2019angoisse. Cette mutation sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire des hommes, d\u00e9crite par G\u00e9rard, a pour cons\u00e9quence que la promesse de tout voir change la nature du d\u00e9sir de voir en volont\u00e9, qui devient une loi, une exigence de visibilit\u00e9, qui a enfant\u00e9 une multinationale du regard. La th\u00e8se est alors limpide\u00a0: si tout est visible, il n\u2019y a plus de <em>hors-champ<\/em>. Mais, par l\u00e0-m\u00eame, le champ du visible est annul\u00e9. Un \u0153il sans paupi\u00e8re est sur le monde, G\u00e9rard Wajcman l\u2019appelle \u00ab\u00a0l\u2019\u0153il absolu\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le triomphe du voir a, me semble-t-il,\u00a0 une cons\u00e9quence perverse et tragique, que l\u2019image de Khadafi mourant r\u00e9v\u00e8le, dans une torsion \u00e0 l\u2019envers, tout aussi alarmante\u00a0: <span style=\"color: #ff0000;\"><strong>tout le r\u00e9el \u00e9tant visible, ce qui ne se voit pas n\u2019est pas r\u00e9el<\/strong><\/span><span style=\"color: #ff0000;\">.<\/span> G\u00e9rard signale que cette apocalypse du visible a bel et bien \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine des th\u00e8ses n\u00e9gationnistes sur la Shoah, puisqu\u2019aucune image, a contrario, n\u2019a montr\u00e9 le processus en marche. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette mutation psychosante a, et aura, cela est certain, des cons\u00e9quences sur la clinique psychanalytique. Certains se souviennent que, commentant le <em>S\u00e9minaire XI<\/em> de Lacan, <strong>Jacques-Alain Miller a fait, de <\/strong><em><strong>la schize entre l\u2019\u0153il et le regard<\/strong><\/em><strong>, \u00ab\u00a0le secret du champ visuel\u00a0\u00bb, puisque cette schize contient la castration comme condition de l\u2019ouverture sur le monde du visible. G\u00e9rard Wajcman diagnostique l\u2019\u00e9poque\u00a0: la schize entre l\u2019\u0153il et le regard a disparu de la civilisation hypermoderne envahie par la technique, \u00e9cras\u00e9e par des objets techniques de plus en plus sophistiqu\u00e9s, qui ne laissent plus de place \u00e0 ce d\u00e9sir, sous la forme, pr\u00e9cis\u00e9ment, de <\/strong><em><strong>l\u2019objet lacanien<\/strong><\/em><strong> du regard.<\/strong> L\u2019\u00e9crasement de la schize se rep\u00e8re, par exemple, lorsque G\u00e9rard \u00e9voque que le b\u00e9b\u00e9, montr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chographie bien avant qu\u2019il ne naisse, n\u2019est plus anticip\u00e9 par la parole. Il est r\u00e9alis\u00e9, mis en pr\u00e9sence sur un \u00e9cran\u00a0; il est, d\u2019abord, un \u00eatre regard\u00e9, suspendu \u00e0 un regard avant sa venue au monde du langage. M\u00eame si, par ailleurs, souligne l\u2019auteur, il n\u2019est pas discutable que l\u2019\u00e9chographie assure une meilleure surveillance de la grossesse, qu\u2019elle atteste la vie de l\u2019enfant et qu\u2019elle a, pour les parents, un effet apaisant. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La th\u00e8se est forte\u00a0: du fait de cette technologie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, l\u2019enfant vient \u00e0 l\u2019\u00eatre comme image, non comme discours. Donc, \u00ab\u00a0on nous regarde, d\u2019un regard rapproch\u00e9, soup\u00e7onneux, intrusif, regard plan\u00e9taire qui va des cam\u00e9ras de vid\u00e9osurveillance au discours de l\u2019\u00e9valuation\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Quelle analogie y a-t-il entre cet envahissement du regard et certains ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9l\u00e9mentaires rep\u00e9rables dans la psychose d\u2019un enfant\u00a0?<\/strong> Par exemple ce regard insupportable auquel Jo\u00ebl, ce petit gar\u00e7on de cinq ans, est soumis\u00a0? Je re\u00e7ois, Jo\u00ebl, qui vient me voir au Centre de la Croix-Rouge o\u00f9 je consulte dans la r\u00e9gion parisienne. Il m\u2019avoue, un jour, tristement, \u00e0 bas mots, qu\u2019il est, la nuit, regard\u00e9 par des singes et que cela l\u2019oblige \u00e0 se r\u00e9fugier dans le lit de ses parents. <strong>Il est <\/strong><em><strong>l\u2019enfant regard\u00e9 par les singes<\/strong><\/em><strong>. Hors de toute technologie, cette hallucination visuelle se d\u00e9chiffre comme un retour dans le r\u00e9el du regard omnipr\u00e9sent de sa m\u00e8re, qui ne peut se s\u00e9parer un seul instant de son enfant, alors m\u00eame qu\u2019elle n\u2019a pas pu, \u00e0 sa naissance, poser un seul regard sur lui. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>Jo\u00ebl, le petit gar\u00e7on aux singes<\/strong><\/span>, <strong>aux regards \u00e9tranges et inqui\u00e9tants pos\u00e9s sur lui chaque nuit, sans qu\u2019aucun encadrement symbolique ni qu\u2019aucune castration de la dimension sp\u00e9culaire, ne lui viennent en aide, n\u2019est-il pas, lui, le petit sujet, tout entier pris dans le regard de ce singe qu\u2019il est lui-m\u00eame pour sa m\u00e8re\u00a0?<\/strong> Une m\u00e8re si perplexe lorsque son enfant est n\u00e9, qu\u2019elle n\u2019a pu ni le regarder, ni le prendre dans ses bras. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Dans la <\/strong><em><strong>pr\u00e9sentation<\/strong><\/em><strong>, qui a eu lieu dans l\u2019institution, de cette famille en souffrance<\/strong> \u2013 dont je remercie ici Daphn\u00e9 Leimann pour sa retranscription et son travail d\u2019\u00e9laboration qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cieux \u2013 <strong>Jo\u00ebl, en jouant, appelle les pompiers et la police \u2013 appel au p\u00e8re qui prend consistance \u00e0 ce moment-l\u00e0 et que l\u2019analyste (<\/strong><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>Agn\u00e8s Aflalo<\/strong><\/span><strong>), lui interpr\u00e8te comme sa solution.<\/strong> Une solution \u00e0 l\u2019impossible \u00e0 supporter que le fantasme de sa m\u00e8re angoiss\u00e9e repr\u00e9sente pour lui. Le p\u00e8re de Jo\u00ebl, pour sa part, r\u00e9v\u00e8le que lui, enfant, avait \u00e9t\u00e9 attendu comme fille apr\u00e8s deux fr\u00e8res a\u00een\u00e9s<strong>. Il est lui-m\u00eame surpris de s\u2019entendre dire qu\u2019il a cru d\u00e9cevoir sa m\u00e8re en naissant. Sur ce point, l\u2019analyste lui propose une interpr\u00e9tation qui aura valeur de d\u00e9sidentification\u00a0: ce n\u2019est pas une fatalit\u00e9, pour un gar\u00e7on, de d\u00e9cevoir. <\/strong>L\u2019entretien avec la m\u00e8re de Jo\u00ebl met en lumi\u00e8re le fait que cette femme a v\u00e9cu ce moment o\u00f9 elle est devenue m\u00e8re sur le mode de l\u2019effondrement. En pleurant, elle fait \u00e9tat de sa d\u00e9tresse et de ses difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la maternit\u00e9. Elle confie que son fils a\u00een\u00e9, Jo\u00ebl, n\u2019a jamais fait une seule nuit en 5 ans. Que les premiers entretiens au CMP ont apport\u00e9 un soulagement. Mais qu\u2019il y a eu une rechute. Il lui parle de singes, et elle ne comprend pas. Elle reconna\u00eet que, <strong>pour \u00eatre tranquille, son mari et elle ont fini par le prendre dans leur lit.<\/strong> L\u2019analyste lui formule alors l\u2019interdit. La m\u00e8re de Jo\u00ebl relate son immense exigence envers elle-m\u00eame. <strong>Elle veut \u00eatre une m\u00e8re parfaite.<\/strong> Lorsque l\u2019analyste l\u2019interroge sur sa propre m\u00e8re, elle s\u2019attarde sur la relation \u00e9lective, voire, suppl\u00e9tive, qu\u2019elle a eue avec sa grand-m\u00e8re maternelle, et sur le fait que cette relation s\u2019est interrompue \u00e0 la naissance de Jo\u00ebl. En fait, elle fait \u00e9tat d\u2019un laisser tomber radical \u00e0 ce moment-l\u00e0, du fait de la d\u00e9gradation de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de cette grand-m\u00e8re, qui devient confuse. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e quelques temps apr\u00e8s la naissance du premier fils, <em>en dormant<\/em>, pr\u00e9cise la m\u00e8re. Elle \u00e9voque la perte irr\u00e9m\u00e9diable que la disparition de celle qu\u2019elle nomme \u00ab\u00a0la femme de sa vie\u00a0\u00bb, a repr\u00e9sent\u00e9e pour elle. <span style=\"color: #000000;\">Agn\u00e8s Afalo<\/span> va alors lui proposer <strong>plusieurs interpr\u00e9tations<\/strong>\u00a0: Comment ne pas \u00eatre un enfant insomniaque quand on sait que la femme de la vie de sa m\u00e8re est morte dans son sommeil\u00a0? Elle propose que la disparition de cette grand-m\u00e8re soit parl\u00e9e avec Jo\u00ebl, afin d\u2018all\u00e9ger le rapport de l\u2019enfant au sommeil. Elle propose aussi \u00e0 cette m\u00e8re d\u2019essayer d\u2019<strong>inventer une autre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre m\u00e8re<\/strong>, <strong>all\u00e9g\u00e9e de la tyrannie du mod\u00e8le id\u00e9al<\/strong>. Puis l\u2019entretien aborde la question de la <strong>rencontre amoureuse<\/strong>, du <strong>choix d\u2019objet<\/strong>, et de la <strong>fabrication du p\u00e8re<\/strong>. La maman \u00e9voque alors l\u2019indignit\u00e9 de son propre p\u00e8re, qui a longtemps perdu au jeu tout l\u2019argent de la famille et rendu sa m\u00e8re malheureuse, jusqu\u2019\u00e0 ce que celle-ci menace de divorcer. Elle emploie, pour d\u00e9crire son p\u00e8re, la m\u00eame expression que celle qu\u2019elle avait utilis\u00e9e avec moi, pour son fils Jo\u00ebl : \u00ab\u00a0<strong>Il est dans les nuages<\/strong>\u00a0\u00bb. Alors, dit-elle, elle a choisi un mari <em>terre \u00e0 terre<\/em>, qu\u2019elle a suppos\u00e9 \u00eatre \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de son p\u00e8re. Mais l\u2019indignit\u00e9 du p\u00e8re s\u2019est report\u00e9e sur le fils, et elle confie avoir <strong>peur que son fils ne soit un autiste, terme qu\u2019elle a entendu \u00e0 la radio<\/strong>, qui nomme en fait la perplexit\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 la sienne au moment de la naissance de son enfant, moment de laisser tomber du personnage principal qui avait, pour elle, suppl\u00e9\u00e9 la carence paternelle. Un sch\u00e9ma se dessine ici, qui va <strong>de l\u2019\u00e9nigme de la maternit\u00e9 au rejet de l\u2019enfant m\u00e2le, sur fond d\u2019une tyrannie du mod\u00e8le id\u00e9al de la m\u00e8re<\/strong>. L\u2019analyste lui propose alors de se d\u00e9faire, en parlant, d\u2019un trop qui la d\u00e9vore.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les entretiens qui suivent, avec moi, t\u00e9moigneront de l\u2019effet b\u00e9n\u00e9fique spectaculaire de cette pr\u00e9sentation. La m\u00e8re me dit avoir r\u00e9alis\u00e9 la pression incroyable qu\u2019elle exer\u00e7ait sur elle-m\u00eame et l\u2019apaisement qu\u2019elle en a ressenti avec son mari. Je lui fais valoir qu\u2019elle a r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019elle avait un meilleur mari que sa m\u00e8re. De son c\u00f4t\u00e9, <strong>Jo\u00ebl s\u2019est mis \u00e0 appeler son p\u00e8re \u00e0 la rescousse, comme il avait appel\u00e9 la police en entretien, lorsqu\u2019il a peur la nuit<\/strong>. Sa m\u00e8re utilise d\u00e9sormais le p\u00e8re comme tiers s\u00e9parateur, et elle appr\u00e9cie son calme. Par contre, les deux parents tiennent bon sur le fait que leur fils dorme dans son lit. <strong>Le p\u00e8re vient au secours de l\u2019enfant si les hallucinations ressurgissent, ce qui, peu \u00e0 peu, aura la vertu de les \u00e9loigner, jusqu\u2019au jour o\u00f9 Jo\u00ebl dit\u00a0 \u00e0 ses parents : \u00ab<\/strong>\u00a0<strong>Les singes sont au zoo<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">S\u2019extirpant de la m\u00e9lancolie maternelle, Jo\u00ebl va alors faire appel \u00e0 la lettre, aux lettres de son pr\u00e9nom, pour tenter d\u2019\u00e9crire, de\u00a0 border ce qui ne cesse pas de l\u2019envahir dans le r\u00e9el.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Un jour, il dessine au tableau, pour la premi\u00e8re fois, les quatre membres de sa famille. Je l\u2019en f\u00e9licite chaleureusement, en insistant sur ce qu\u2019il sait\u00a0: il sait compter jusqu\u2019\u00e0 quatre, et il sait se compter comme Un parmi les siens, s\u2019inscrire, s\u2019\u00e9crire, trouver sa place.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>Entre l\u2019enfant dans les nuages et le mari terre \u00e0 terre<\/strong><\/em><strong>, une \u00e9nigme se d\u00e9pose, un \u00e9cart se r\u00e9duit peu \u00e0 peu. L\u2019enfant consent \u00e0 cesser de faire couple avec une m\u00e8re qu\u2019il veut compl\u00e9ter. Cependant que le plaisir \u00e0 \u00e9crire, ce <\/strong><em><strong>d\u00e9p\u00f4t du regard<\/strong><\/em><strong> sur une feuille de papier que constitue l\u2019acte d\u2019\u00e9crire,\u00a0 viennent se substituer, peu \u00e0 peu, dans l\u2019adresse intime et \u00e0 nulle autre pareille, du dispositif analytique, \u00e0 l\u2019angoisse du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9l\u00e9mentaire visuel et \u00e0 son \u00e9chapp\u00e9e symbolique. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Dans ce dispositif \u00e9lectif, l\u2019analyste constitue cet objet unique, <em>hors-champ<\/em>, dont G\u00e9rard d\u00e9plorait la disparition dans la civilisation du regard. On peut dire que la position <em>hors-champ<\/em> du psychanalyste constitue l\u2019un des enjeux de l\u2019avenir de la psychanalyse.<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Paru dans le N\u00b076 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Clin d\u2019\u0153il sur \u00ab\u00a0l\u2019\u0152il Absolu\u00a0\u00bb de G\u00e9rard Wajcman <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Avec la quatri\u00e8me de couverture <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0Voir est une arme du pouvoir. Depuis la vid\u00e9osurveillance jusqu&rsquo;aux balayages satellitaires de la plan\u00e8te, en passant par l&rsquo;imagerie m\u00e9dicale et la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;innombrables dispositifs s&rsquo;acharnent \u00e0 nous rendre int\u00e9gralement visibles et transparents. On sait que sortir faire ses courses \u00e0 Londres aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est \u00eatre film\u00e9 plus de trois cents fois. La science et la technique ont bricol\u00e9 un dieu omnivoyant \u00e9lectronique, un nouvel Argos dot\u00e9 de millions d&rsquo;yeux qui ne dorment jamais. Plus que dans une civilisation de l&rsquo;image, nous sommes d\u00e9sormais dans une civilisation du regard. On surveillait jadis les criminels, aujourd&rsquo;hui on surveille surtout les innocents. Pour la politique s\u00e9curitaire, nous sommes tous des dommages collat\u00e9raux. Mais au-del\u00e0 de la surveillance, ce regard global infiltre aujourd&rsquo;hui tous les domaines de nos vies, de la naissance \u00e0 la mort. La transparence n&rsquo;est pas qu&rsquo;une affaire sociale, elle vise aussi le priv\u00e9 de nos maisons et l&rsquo;int\u00e9rieur de nos corps, dissolvant chaque jour un peu plus l&rsquo;espace de l&rsquo;intime et du secret. Dans une langue brillante, document\u00e9e et tr\u00e8s accessible, G\u00e9rard Wajcman explore et questionne cette id\u00e9ologie de l&rsquo;hypervisible. -Quatri\u00e8me de couverture- (date de publication : f\u00e9vrier 2010) <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\">Manifeste pour le hors champ par Laure Naveau<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":4870,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[628,787,783,627,59,786,785],"class_list":["post-4869","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","tag-gerard-wajcman","tag-hors-champ","tag-hypermoderne","tag-loeil-absolu","tag-laure-naveau","tag-regard","tag-schize"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4869","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4869"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4869\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6773,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4869\/revisions\/6773"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4870"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4869"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4869"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4869"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}