{"id":5118,"date":"2011-11-07T10:04:18","date_gmt":"2011-11-07T09:04:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=5118"},"modified":"2011-11-18T10:04:39","modified_gmt":"2011-11-18T09:04:39","slug":"culture-et-clinique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/culture-et-clinique\/","title":{"rendered":"CULTURE ET CLINIQUE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: medium;\"><em><strong>Drive<\/strong><\/em><\/span><span style=\"font-size: medium;\"><strong>, portrait de la pulsion en jeune homme moderne <\/strong><\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em><strong>par Philippe La Sagna<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>Drive<\/strong><\/em> <strong>a re\u00e7u un prix \u00e0 Cannes pour sa mise en sc\u00e8ne due au danois Nicolas Winding Refn jusqu\u2019ici c\u00e9l\u00e8bre pour sa s\u00e9rie de film <\/strong><em><strong>The Pusher<\/strong><\/em><strong>.<!--more--> <\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em><strong>Drive<\/strong><\/em> <strong>repr\u00e9sente sans doute un avatar du film contemporain mais aussi de la condition masculine du jeune homme moderne.<\/strong> <strong>Le h\u00e9ros anonyme, sans nom, est le driver<\/strong>, sans nom et sans p\u00e8re sauf un p\u00e8re d\u2019adoption qui l\u2019emploie dans son garage et qui va d\u2019ailleurs contribuer \u00e0 sa perte. <strong>Le driver ne parle pas.<\/strong> L\u2019absence de dialogue est un trait du film, comme la personnalit\u00e9 multiple du h\u00e9ros. La sc\u00e8ne la plus violente, qui joue sur le paradoxe entre un faux baiser amoureux qui ne sert qu\u2019\u00e0 faciliter un meurtre de sang froid, se d\u00e9roule sans une parole. En th\u00e9orie le h\u00e9ros, jou\u00e9 par Ryan Gosling, est un bon m\u00e9canicien qui est aussi un cascadeur au cin\u00e9ma, un coureur de <em>stock car<\/em>, \u00e0 l\u2019occasion, mais surtout un chauffeur qui se loue \u00e0 des gangsters pour cinq minutes, anonymement et jamais deux fois de suite aux m\u00eames. Le parall\u00e8le avec la prostitution semble sauter aux yeux. Mais, au fond, comme chauffeur de gang et comme h\u00e9ros ultra violent d\u00e9fendant une noble cause le driver est identique \u00e0 un personnage de jeu vid\u00e9o. <em>Driver<\/em> est le titre d\u2019un jeu vid\u00e9o sur <em>Playstation<\/em>. Ce pour quoi il serait vraiment fait, la course automobile, est pour plus tard (jamais\u00a0?). Mais cet \u00eatre de surface contraste avec le brave gar\u00e7on timide qu\u2019il est dans la vie r\u00e9elle. Mais comme le petit Hans il reste coll\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re d\u2019adoption et quand il rencontre une femme, jeune m\u00e8re, Ir\u00e8ne, il est pour elle un chevalier servant et un fr\u00e8re un peu jumeau. Le drame va se nouer quand le h\u00e9ros voudra sauver le p\u00e8re de Benicio, l\u2019enfant d\u2019Ir\u00e8ne. D\u00e9cid\u00e9ment les p\u00e8res humili\u00e9s, faibles et battus, restent tr\u00e8s dangereux pour le h\u00e9ros. Ce <em>driver<\/em> anonyme n\u2019est pas sans se d\u00e9signer dans le signe d\u2019un animal, le scorpion qui s\u2019affiche sur un blouson qu\u2019il ne quitte jamais. Ce scorpion est tir\u00e9 d\u2019un film exp\u00e9rimental de 1964, <em>Scorpio rising<\/em>. Ce film sans aucun dialogue et qui fit un peu scandale \u00e0 l\u2019\u00e9poque rempla\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 les dialogues par la bande son. Le tra\u00eetre mis\u00e9rable qui va pr\u00e9cipiter le h\u00e9ros, <em>le driver<\/em>, vers sa perte sera Cook, un cuisinier, achev\u00e9 au couteau de cuisine, par un gangster pragmatique et roi de la pizza. Ceci montre bien que la cuisine hors du <em>fast food<\/em> n\u2019a pas l\u2019avenir qu\u2019on lui pr\u00eate. Le driver voit le monde de l\u2019int\u00e9rieur de sa voiture, de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019il est serf des couleurs du scorpion qu\u2019il a choisies, il n\u2019est pas libre. Dans un <em>road movie<\/em> le h\u00e9ros part pour de nouvelles aventures, dans Drive, <em>city movie, <\/em>il tourne en rond<em>. <\/em>Comm<em>e <\/em>dans la fable il va en tant que scorpion, \u00e0 la fin, choisir de tuer la grenouille qui le porte, soit le gangster qui aurait pu lui faire traverser la rivi\u00e8re. Tout le monde conna\u00eet la bonne histoire, voil\u00e0 une version du net\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0e0e0e;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Un scorpion qui avait besoin de traverser une rivi\u00e8re, demanda \u00e0 une grenouille de le mener jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;autre rive, sur son dos.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0e0e0e;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>&#8211; Il n&rsquo;en est pas question, r\u00e9pondit la grenouille. Je te connais et je sais que si je te laisse monter sur mon dos, tu me piqueras pour me tuer.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0e0e0e;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>&#8211; Mais alors, je vais mourir noy\u00e9, r\u00e9pondit le scorpion.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0e0e0e;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>La grenouille finit par accepter, mais alors qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e0 la moiti\u00e9 du parcours, le scorpion la piqua, lui injectant son venin mortel.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0e0e0e;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>&#8211; Mais qu&rsquo;est-ce que tu as fait, malheureux, s&rsquo;\u00e9cria la grenouille. Maintenant, tu vas mourir, toi aussi\u00a0!<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0e0e0e;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><em>&#8211; Je n&rsquo;y peux rien, dit le scorpion. C&rsquo;est ma nature.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Mais piqu\u00e9 lui-m\u00eame d\u2019un coup de couteau, peut-\u00eatre pas \u00e0 mort, le <em>driver<\/em> sait qu\u2019il sauve ainsi Ir\u00e8ne et la met \u00e0 l\u2019abri. Simplement on ne sait plus trop qui est scorpion et qui est grenouille. Quand le h\u00e9ros bless\u00e9 dispara\u00eet on ne sait pas s\u2019il va vers la mort ou si on appuie sur <em>reset<\/em>, pour une nouvelle vie et une autre s\u00e9quence du jeu\u00a0! <span style=\"color: #000000;\"><strong>La mort, la vie, le nom, et la parole sont r\u00e9duits voire \u00ab\u00a0flout\u00e9s\u00a0\u00bb. <\/strong><\/span><span style=\"color: #000000;\"><strong>Le driver est un sujet moderne car comme le dit Adam Siegel producteur du film\u00a0: \u00ab\u00a0<\/strong><\/span><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>He was a man with a purpose\u00a0; he was very good at one thing and made no apologies for it\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/span><strong>Bryan Gosling qui joue le r\u00f4le disait que ce qui lui a plu dans la nouvelle c\u2019est que le h\u00e9ros ne se bat pas pour quelque chose.<\/strong> Mais, au fond, ce \u00ab\u00a0professionnel\u00a0\u00bb de la bonne et de la mauvaise conduite va vite en voiture et tr\u00e8s lentement en amour. Ce qui lui est difficile c\u2019est le lien avec une femme et les sentiments qui vont avec. C\u2019est quand il fait du sentiment que cela ne va plus. Ce qui contraste avec un monde de la vitesse et du plus de jouir o\u00f9 il \u00e9volue avec brio. Donc c\u2019est un \u00ab\u00a0guerrier appliqu\u00e9\u00a0\u00bb qui ne peut vivre que des \u00ab\u00a0progr\u00e8s lents en amour\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><strong>Le <\/strong><em><strong>driver<\/strong><\/em><strong> n\u2019a pas plus de sentiments explicites que de paroles, ce qui vient les remplacer c\u2019est la musique.<\/strong> Dans une interview Nicolas Winding Refn raconte comment cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 \u00e9changer en voiture avec Gosling, silencieux, sur ce que pourrait \u00eatre le film, il serait tomb\u00e9 sur la musique qu\u2019il fallait sur l\u2019autoradio, Refn ajoute\u00a0: \u00ab <em>I know what the movie is, its a movie about a guy who drives around listening to pop music because it\u2019s the only way he can feel\u00a0\u00bb<\/em>. Ce qui manque dans le jeu vid\u00e9o, qui est souvent du <em>driving<\/em> ou de la guerre c\u2019est le sentiment, pas la sensation. La musique peut le fournir. L\u2019individu isol\u00e9 de la foule solitaire est seul dans sa voiture. Dans les ann\u00e9es 90 il p\u00e9tait les plombs, coinc\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait dans les embouteillages. Aujourd\u2019hui l\u2019automobile n\u2019est plus l\u00e0 pour fournir des sensations, c\u2019est un instrument neutre, comme la Chevrolet Malibu 73 grise du h\u00e9ros anonyme, mais elle peut donner des sentiments. Une femme peut susciter ces sentiments mais c\u2019est la musique, l\u2019autoradio au sens propre du terme, qui les fournit. A ce niveau the <em>driver<\/em> est moiti\u00e9 homme et moiti\u00e9 machine (ce que dit Refn), mais c\u2019est la machine qui fournit les sentiments avec la musique, comme tous ces gens que l\u2019on croise aujourd\u2019hui avec un casque sur les oreilles. C\u2019est pour cela qu\u2019il est de bon ton, avec Laure Adler (cf. <em>Lib\u00e9<\/em> du 2\/11), de dire que le son, la BO, sont meilleurs que le sc\u00e9nario. Mais il faut saisir que ce sc\u00e9nario est une BO, comme dans <em>Scorpio rising.<\/em> Il se voit sans se lire, sans parole et avec les oreilles. C\u2019est une forme encore bavarde du discours sans parole. Est-ce pour s\u2019isoler des autres que l\u2019on se plonge dans le son ou pour appareiller des sentiments qui sont absents ou presque illisibles\u00a0? <em><strong>Drive<\/strong><\/em><strong> est un conte de f\u00e9es pour enfant moderne. Les contes de f\u00e9e n\u2019ont jamais fait de sentiments, on a tendance \u00e0 l\u2019oublier, ils mettent en sc\u00e8ne des pulsions (drives) et un sujet qui essaie de s\u2019en d\u00e9brouiller avec l\u2019aide d\u2019animaux. Reste \u00e0 choisir le bon animal, ou le bon sympt\u00f4me pour affronter les monstres des <\/strong><em><strong>urbans legends<\/strong><\/em><strong>\u00a0!<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><strong>Publi\u00e9 dans le N\u00b082 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\">Drive, portrait de la pulsion en jeune homme moderne par Philippe La Sagna<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0Drive a re\u00e7u un prix \u00e0 Cannes pour sa mise en sc\u00e8ne due au danois Nicolas Winding Refn jusqu\u2019ici c\u00e9l\u00e8bre pour sa s\u00e9rie de film The Pusher.<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":5119,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19,301],"tags":[826,822,823,66,824,825],"class_list":["post-5118","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","category-cinema","tag-bryan-gosling","tag-drive","tag-nicolas-winding-refn","tag-philippe-la-sagna","tag-scorpio-rising","tag-sujet-moderne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5118"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5118\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5121,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5118\/revisions\/5121"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}