{"id":5171,"date":"2011-11-09T18:31:22","date_gmt":"2011-11-09T17:31:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=5171"},"modified":"2011-11-25T10:37:37","modified_gmt":"2011-11-25T09:37:37","slug":"la-rose-des-livres-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/la-rose-des-livres-2\/","title":{"rendered":"LA ROSE DES LIVRES"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><strong style=\"font-family: Calibri, sans-serif; font-size: medium;\">Le train de l&rsquo;\u00e9criture<\/strong><span style=\"color: #0000cc;\"><span><em><strong>par Nathalie Georges-Lambrichs<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong style=\"font-family: Calibri, sans-serif; font-size: small;\">B\u00e9atrice Commeng\u00e9, <em>L\u2019occasion fugitive<\/em>, roman, Paris, \u00e9d. L\u00e9o Scheer, 2011, 104 p., 15 \u20ac.<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Ce \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb<\/strong> \u2013 on se prendra \u00e0 d\u00e9sirer de plus en plus ardemment que l\u2019intitul\u00e9 \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb soit ici pure convenance \u2013 <strong>est une lettre, lettre d\u2019amour qu\u2019une femme \u00e9crit \u00e0 son amant dans le train qui l\u2019emporte vers lui, quatre ans apr\u00e8s leur rencontre. La lettre sonne toujours plus \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb, elle nous hale, nous avale dans le temps qu\u2019elle s\u2019\u00e9crit \u2013 ici les quelques heures du voyage qui pr\u00e9cipite la m\u00e9moire \u2013 tirant et arr\u00eatant les fils de tout ce qui doit s\u2019\u00e9crire pour qu\u2019apparaisse ce qui ne cessera pas de ne pas s\u2019\u00e9crire d\u00e9sormais et encore. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Alors, toutes les v\u00e9rit\u00e9s sont bonnes \u00e0 dire, dans le pr\u00e9sent \u00e9tir\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e8de et conjure tout autre compromis que l\u2019\u00e9lection r\u00e9ciproque de l\u2019amoureuse et de l\u2019aim\u00e9 \u2013 pr\u00e9sent conquis, m\u00fbri, calcul\u00e9, fortifi\u00e9 autant par les relectures que par les images captur\u00e9es du monde arpent\u00e9 par l\u2019un et l\u2019autre des amants du temps que s\u00e9par\u00e9s\u00a0: ils s\u2019avan\u00e7aient l\u2019un vers l\u2019autre d\u00e9j\u00e0 \u2013 leur choix les rend habiles \u00e0 transformer leur peur en audace et celle-ci en recul n\u00e9cessaire pour jouir pleinement de la pl\u00e9nitude de leur attente. Confiants d\u00e8s l\u2019abord chacun de la solitude de l\u2019autre, impartageable et comme telle assum\u00e9e, ils s\u2019entendent ainsi \u00e0 reconqu\u00e9rir l\u2019empire de Kairos, dieu \u00e9lu pour ce devenir qui s\u2019affirme au plus pr\u00e8s de chaque d\u00e9tail du relief r\u00e9invent\u00e9 de leur vie, valant pour une preuve de plus de ce qu\u2019il n\u2019y a nulle autre preuve que la relance des mots accumul\u00e9s dans les poches du silence raffermi, o\u00f9 se consomme la rupture tue par chacun des liens jusqu\u2019alors tiss\u00e9s\u00a0; telle s\u2019impose comme condition absolue ce n\u00e9ant propice \u00e0 faire le lit d\u2019un amour nouveau, soudain seul v\u00e9ritable.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il \u00e9tait \u00e9clos de leur voisinage de hasard lors d\u2019un \u00ab\u00a0d\u00eener en ville\u00a0\u00bb auquel chacun s\u2019\u00e9tait oblig\u00e9 \u00e0 sacrifier sa ch\u00e8re solitude, et d\u2019une question qu\u2019il lui pose sur la place m\u00e9nag\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture du nom de Baudelaire sur la pierre de la tombe du po\u00e8te, au cimeti\u00e8re Montparnasse. Lui, l\u2019\u00e9tranger, l\u2019exil\u00e9 ayant de longtemps adopt\u00e9 Paris pour mieux le quitter et y revenir, l\u2019adresse \u00e0 elle, rapatri\u00e9e de longtemps dans la capitale de la m\u00e9tropole, qui va faire fonds sur son ignorance pour y r\u00e9pondre et donner chance \u00e0 la conversation de les s\u00e9duire tous deux en secret jusqu\u2019\u00e0 ce jour o\u00f9, voyageant, elle le r\u00e9capitule et le partage avec celui qui l\u2019attend. Entretemps, ils auront chang\u00e9 de si\u00e8cle, pour la premi\u00e8re fois. Rien n\u2019aura \u00e9t\u00e9 dit des liens ant\u00e9rieurs\u00a0; seuls, des lieux auront \u00e9t\u00e9 d\u00e9volus aux messages, accompagn\u00e9s parfois d\u2019instantan\u00e9s photographi\u00e9s adress\u00e9s au correspondant s\u00e9par\u00e9, saisi ailleurs et soudain appel\u00e9 dans l\u2019espace du tableau, \u00e0 s\u2019inviter au creux de leur si ch\u00e8re absence. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0\u00a0 <span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il est, plus encore, ce temps, celui d\u2019une lecture, partie remise et promise \u00e0 cet autre temps impr\u00e9visible, qui formera \u2013 qui le sait hors celle qui l\u2019appelle non moins qu\u2019elle le d\u00e9sire en diff\u00e9r\u00e9 ? \u2013 la chair d\u2019un moment singulier, bien plus tard, une fois v\u00e9cue cette vie projet\u00e9e, inimaginable et voulue \u00e0 cause de cela m\u00eame\u00a0: le moment o\u00f9 cette lettre donnera \u00e0 ce qui aura \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu son \u00e9paisseur de pr\u00e9sage et sa marge d\u2019erreur, son authenticit\u00e9 fond\u00e9e dans le d\u00e9faut de toute garantie, sur laquelle les amants se pencheront tous deux, elle d\u00e9couvrant avec son destinataire le texte qu\u2019elle sait d\u00e9j\u00e0 avoir \u00e9crit pour mieux l\u2019oublier, et l\u2019avoir oubli\u00e9 pour mieux s\u2019<em>en<\/em> rappeler, et lui, l\u2019inconnu, avec elle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0\u00a0 <span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">B\u00e9atrice Commeng\u00e9 se trouve, dans ce train qui roule et tangue vers sa maison d\u2019enfance devenue maison de rendez-vous, discr\u00e8te et fid\u00e8le \u00e0 ses lectures et ses amours, misant sur la <span style=\"color: #ff0000;\"><em>dansit\u00e9<\/em><\/span><span style=\"color: #ff0000;\"> de l\u2019\u00e9criture<\/span> pour d\u00e9fier la force de l\u2019insu, acharn\u00e9e \u00e0 loger son corps entre la vie et la litt\u00e9rature sans c\u00e9der sur rien de l\u2019une ni de l\u2019autre\u00a0: s\u2019obligeant donc \u00e0 en passer par les ruses de chacune, incommensurable \u00e0 l\u2019autre, s\u2019avouant dans des \u00e9chapp\u00e9es exquises pour mieux taire la pulsation qui bat au c\u0153ur de l\u2019intime dont la po\u00e9sie est le nom. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #330733;\"><strong>Pr\u00e9sentation de l\u2019auteure, par N.G.-L.\u00a0:<\/strong><\/span><span style=\"color: #330733;\"><em>B\u00e9atrice Commeng\u00e9, n\u00e9e \u00e0 Alger, passe son enfance du c\u00f4t\u00e9 sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. Apr\u00e8s des \u00e9tudes d\u2019anglais et un doctorat sur Virginia Woolf, elle publie son premier livre en 1985 \u2014 un roman : <\/em><\/span><span style=\"color: #330733;\">La Nuit est en avance d\u2019un Jour<\/span><span style=\"color: #330733;\"><em>. \u00a0La pratique de la danse, des biblioth\u00e8ques et des routes l\u2019am\u00e8ne \u00e0 revisiter Nietzsche et \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019un deuxi\u00e8me roman sous le signe de l\u2019Italie. Ses livres sont souvent travers\u00e9s par ses grands hommes : Nietzsche, Miller, H\u00f6lderlin, Rilke&#8230; Elle est aussi la traductrice d\u2019une dizaine de livres d\u2019Ana\u00efs Nin.<\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Publi\u00e9 dans le N\u00b084 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong><br \/>\n<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\">Le train de l&rsquo;\u00e9criturepar Nathalie Georges-Lambrichs<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n","protected":false},"author":9,"featured_media":5172,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[708,676,729,359],"class_list":["post-5171","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-gemmes","tag-beatrice-commenge","tag-ecriture","tag-lettre","tag-nathalie-georges-lambrichs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5171","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5171"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5171\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5663,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5171\/revisions\/5663"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5172"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5171"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5171"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5171"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}