{"id":5390,"date":"2011-11-17T23:00:45","date_gmt":"2011-11-17T22:00:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=5390"},"modified":"2011-11-21T23:01:27","modified_gmt":"2011-11-21T22:01:27","slug":"la-vie-comme-elle-va-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/la-vie-comme-elle-va-4\/","title":{"rendered":"LA VIE COMME ELLE VA"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: large;\"><strong>Tintin au pays des capitalistes <\/strong><\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>par Pierre Str\u00e9liski<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Ce n&rsquo;est pas du dernier film de Steven Splielberg\u00a0 dont il va \u00eatre question ici et de son Tintin en caoutchouc relook\u00e9 pour l&rsquo;Am\u00e9rique par la volont\u00e9 d&rsquo;un auteur de faire aimer ce h\u00e9ros europ\u00e9en par le public am\u00e9ricain, c&rsquo;est d&rsquo;un h\u00e9ros fran\u00e7ais \u00e0 la stature internationale, fondateur d&rsquo;une des plus grandes agences de communication dans le monde &#8211; RSGC -, ancien r\u00e9dacteur en chef \u00e0 Paris Match, actuellement vice-pr\u00e9sident de Havas, le pape hexagonal de la publicit\u00e9 :\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: medium;\">Jacques Seguela<\/span><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">.\u00a0<!--more--> <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Notre Tintin de 77 ans, aujourd&rsquo;hui toujours hyperactif, naturellement bronz\u00e9 et souriant, bon coeur et ami de soeur Marguerite -\u00ab\u00a0Soeur Courage\u00a0\u00bb -, ne regrettant qu&rsquo;une chose dans sa vie, d&rsquo;avoir barguign\u00e9 puis finalement refus\u00e9 la pr\u00e9sidence des Resto du coeur apr\u00e8s la mort de Coluche, \u00e9tait l&rsquo;invit\u00e9 dimanche matin de l&rsquo;\u00e9mission Empreintes sur France 5. Il a pu pendant 52 minutes livrer ses impressions sur son travail, son monde et surtout sur lui.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Parents m\u00e9decins, une m\u00e8re \u00ab\u00a0spirituelle, lyrique, le charme m\u00eame\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0aim\u00e9e plus que l&rsquo;on aime une m\u00e8re\u00a0\u00bb, un p\u00e8re surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Petit Louis\u00a0\u00bb, remarquable par sa bonhommie et son gout pour les calembours &#8211; \u00ab\u00a0la seule petite chose que j&rsquo;ai\u00a0\u00bb -, son destin e\u00fbt d\u00fb \u00eatre celui d&rsquo;un petit notable de Perpignan, o\u00f9 il v\u00e9cut une enfance qu&rsquo;il reconnait avoir \u00e9t\u00e9 facile. Une premi\u00e8re provocation pourtant se fit jour \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de sa jeunesse : \u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais le plus mauvais \u00e9l\u00e8ve du monde\u00a0\u00bb. Il ajoute, avec un sourire triomphant : \u00ab\u00a0J&rsquo;ai du passer mon bac quatre fois\u00a0\u00bb. La fac\u00e9tie d\u00e9plut et on l&rsquo;exp\u00e9dia manu militari chez son grand-p\u00e8re \u00e0 Montpellier, qui en le mena\u00e7ant de repr\u00e9sailles terribles, ne lui laissa pas d&rsquo;autre choix que de devenir pharmacien. Seguela pharmacien, on r\u00eave ? Mais pas du tout, il ne cesse de vendre\u00a0 des pilules pour faire croire au bien-\u00eatre en somme. C&rsquo;est au fond un pharmacien du New world. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Pourtant un \u00e9v\u00e9nement, un acte pos\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans, va faire de lui ce qu&rsquo;il sera : il part avec un copain faire le tour du monde en 2cv. Le voyage dure 400 jours, Seguela fait 5000 photos et r\u00e9ussit \u00e0 les rater presque toutes. Mais ce n&rsquo;est pas une vocation de photographe qu&rsquo;il se d\u00e9couvre dans cette initiation, ce qu&rsquo;il fait c&rsquo;est qu&rsquo;il saisit le monde comme il le voit. Le reportage de France 5 commence d&rsquo;ailleurs par une s\u00e9quence o\u00f9 il est film\u00e9 avec son comp\u00e8re d&rsquo;aventure devant la voiture de l&rsquo;exp\u00e9dition.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">\u00c0 leur retour, \u00ab\u00a0les Tintins en Deudeuche\u00a0\u00bb sont de jeunes h\u00e9ros un peu en avance sur le temps qui vient. Interview\u00e9 par Pierre Desgraupes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision naissante, Seguela tient ce propos, avec la nonchalance feinte d&rsquo;un jeune dandy un peu snob : \u00ab\u00a0Nous \u00e9tions partis pour vivre une grande aventure, mais nous ne l&rsquo;avons pas trouv\u00e9e car il y a longtemps que la pub tapageuse des agences de tourisme l&rsquo;ont tu\u00e9e. Elle n&rsquo;existe plus\u00a0\u00bb. Voil\u00e0, le tournant est pris, l&rsquo;aventure est finie. Adieu les id\u00e9aux de l&rsquo;enfance, demain sera pragmatique et cynique. Pour ne pas errer, ce jeune non dupe n&rsquo;a qu&rsquo;une issue : ce qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0r\u00e9ussir\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Son mod\u00e8le sera Marylin. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai fait de la pub pour faire r\u00eaver comme Marylin faisait r\u00eaver\u00a0\u00bb. La petite diff\u00e9rence sans doute c&rsquo;est que lui n&rsquo;est pas le captif de son r\u00eave. Il feint de r\u00eaver pour donner \u00e0 voir des images. Film\u00e9 chez lui en sa campagne normande en train de jouer au bonheur, il s&rsquo;esbaudit de retrouver l\u00e0 \u00ab\u00a0ses chiens et sa famille\u00a0\u00bb. Il y a un petit raccord visible quand-m\u00eame quand ce m\u00e9ridional pr\u00e9tend retrouver l\u00e0 ses racines ; mais sans ambages il convoque le paysage marin qui s&rsquo;\u00e9tale devant la cam\u00e9ra et lie sans vergogne l&rsquo;Atlantique et la M\u00e9diterran\u00e9e. Le monde est si petit, il est pareil partout n&rsquo;est-ce pas. Seguela c&rsquo;est un ch\u00eane qui feint d&rsquo;\u00eatre un roseau, mais c&rsquo;est un ch\u00eane moderne, transplantable. Il sait que le sens fuit et que les paroles volent. Il vole avec elles mais pr\u00e9f\u00e8re se fier \u00e0 l&rsquo;action pour mener sa vie. \u00ab\u00a0Je gomme tous mes mauvais souvenirs\u00a0\u00bb, dit-il. Il y a quelques ann\u00e9es, il d\u00e9clarait au journal L&rsquo;expansion : \u00ab\u00a0Pour qui a choisi la parole, se taire est un aveu d&rsquo;impuissance. La parole est ma psychanalyse permanente, je m&rsquo;exorcise \u00e0 travers les m\u00e9dias, cela me co\u00fbte moins cher que du Valium. Et d&rsquo;ailleurs, quand je prends une gifle, je ne l&rsquo;avoue jamais. C&rsquo;est comme dans la boxe tha\u00eflandaise &#8211; sport que j&rsquo;ai beaucoup pratiqu\u00e9 dans le pass\u00e9 : vous encaissez un coup, vous souriez, et vous frappez plus fort, le vainqueur \u00e9tant celui qui sourit le plus longtemps possible. Je m\u00e8ne ma vie comme un combat de boxe tha\u00eflandaise\u00a0\u00bb (L&rsquo;Expansion, 1992). Et le titre de son dernier livre r\u00e9sume sa trajectoire : \u00ab\u00a0Le pouvoir dans la peau\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Ce jongleur de talent a surtout un savoir y faire avec les semblants. Il a un c\u00f4t\u00e9 petit marquis qui sait dire le bon mot. Baltazar Gracian \u00e0 la petite semaine, il fait la r\u00e9v\u00e9rence : \u00ab\u00a0Mon seul talent, c&rsquo;est de savoir engager de plus grands talents que moi\u00a0\u00bb,\u00a0 \u00ab\u00a0Je croyais \u00eatre arriv\u00e9, je n&rsquo;\u00e9tais que parvenu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La campagne de Mitterrand c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai \u00e9crite mais c&rsquo;est lui qui l&rsquo;a dict\u00e9e\u00a0\u00bb, etc. Savoir y faire, enfin presque, quelquefois il fait des gaffes. Il raconte qu&rsquo;un jour, en pleine campagne avec Fran\u00e7ois Mitterrand il pr\u00e9tend l&#8217;emmener chez Lipp&#8230; dans la Rolls qu&rsquo;il vient de s&rsquo;acheter. Mitterrand est outr\u00e9, Seguela manque de perdre son contrat mais rebondit : je revendis ma Rolls aussit\u00f4t. El il ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;ajouter : \u00ab\u00a0Elle s&rsquo;est vendue l&rsquo;apr\u00e8s-midi m\u00eame\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres gaffes sont c\u00e9l\u00e8bres : celle de la Rolex (mis\u00e8re du narcissisme), son jugement sur Kirk Douglas qui le mouchera en direct sur le plateau d&rsquo;Apostrophes. Mais tout glisse. Son secret : \u00ab\u00a0Il ne faut pas \u00eatre lisse ni pr\u00e9senter trop d&rsquo;asp\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Et certainement arm\u00e9 d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;acier, il ne s&#8217;embarrasse pas de la v\u00e9rit\u00e9, il sait sa structure de fiction. \u00ab\u00a0Je suis acharn\u00e9 \u00e0 vendre mes produits. Je vends, je vends, je vends. Quand je m&rsquo;aper\u00e7ois que ce que je dis ne passe pas, je change de v\u00e9rit\u00e9 et je dis exactement le contraire. Je repars \u00e0 l&rsquo;envers et je comprends que c&rsquo;est le contraire qui est vrai\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Ce finaud a t-il lu <em>D&rsquo;un discours qui ne serait pas du semblant<\/em> : \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000cc;\">Le plus de jouir est essentiellement un objet glissant<\/span>\u00a0\u00bb (p. 50) ? <span style=\"color: #0000cc;\">En tout cas cet ami du discours capitaliste a compris qu&rsquo;il y avait l\u00e0 \u00ab\u00a0quelque chose de follement astucieux\u00a0\u00bb<\/span> (Lacan, Milan, 1973). Lacan ajoute : \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000cc;\">C&rsquo;est ce qu&rsquo;on a fait de plus astucieux comme discours mais \u00e7a marche trop vite<\/span>\u00ab\u00a0. Voil\u00e0 pourquoi la seule chose qui arr\u00eate notre Tintin commer\u00e7ant, ce n&rsquo;est pas le r\u00e9el, puisque le monde n&rsquo;est que fiction, mais c&rsquo;est un endroit dans Paris : Beaubourg. Damned, la culture alors ? Humilit\u00e9 devant ce qui vous d\u00e9passe ? Pas du tout, ce que Seguela aime\u00a0 par-dessus tout, c&rsquo;est \u00eatre \u00e0 Beaubourg et regarder dehors, \u00ab\u00a0regarder cette modernit\u00e9 qui vous entoure\u00a0\u00bb. Le contenant d\u00e9passe toujours le contenu. Dedans c&rsquo;est dehors. <\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Que penserait Seguela de cette remarque de Lacan : \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000cc;\">Le r\u00e9el n&rsquo;est pas le monde. Il n&rsquo;y a aucun espoir de l&rsquo;atteindre par la repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb (La troisi\u00e8me) ? Peut-\u00eatre quelque chose comme : \u00ab\u00a0Je parle sans le moindre espoir<\/span>\u00a0\u00bb ?<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Sa plus belle image publicitaire restera sans doute celle du galop d&rsquo;une bande de chevaux se d\u00e9ployant pour former le double chevron du logo de la marque Citro\u00ebn. Cette trouvaille est-elle une scorie de l&rsquo;aventure de ses 20 ans en 2cv ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Publi\u00e9 dans le N\u00b092 de Lacan Quotidien<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">Tintin au pays des capitalistes par Pierre Str\u00e9liski<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce n&rsquo;est pas du dernier film de Steven Splielberg\u00a0 dont il va \u00eatre question ici et de son Tintin en caoutchouc relook\u00e9 pour l&rsquo;Am\u00e9rique par la volont\u00e9 d&rsquo;un auteur de faire aimer ce h\u00e9ros europ\u00e9en par le public am\u00e9ricain, c&rsquo;est d&rsquo;un h\u00e9ros fran\u00e7ais \u00e0 la [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":5394,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[922,361,219],"class_list":["post-5390","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","tag-jacques-seguela","tag-pierre-streliski","tag-reel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5390","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5390"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5390\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5397,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5390\/revisions\/5397"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5394"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5390"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5390"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5390"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}