{"id":5491,"date":"2011-11-11T17:00:39","date_gmt":"2011-11-11T16:00:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=5491"},"modified":"2011-11-23T18:42:58","modified_gmt":"2011-11-23T17:42:58","slug":"discretion-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/discretion-critique\/","title":{"rendered":"Discr\u00e9tion critique"},"content":{"rendered":"<p align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>La guerre jug\u00e9e <span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>par Christiane Alberti<\/em><\/span><\/span><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>\u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait-ce, lui dis-je, que cette guerre\u00a0? De folles attaques, sans doute, sans aucune pr\u00e9paration\u00a0?<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #000000;\">\u2013 <span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong><em>Mieux, dit-il, une c\u00e9r\u00e9monie. Nous \u00e9tions invit\u00e9s \u00e0 mourir. [\u2026]Nul n\u2019avait d\u2019autre espoir que bien mourir\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>\u00ab\u00a0Voici une sc\u00e8ne que j\u2019ai vu une fois, et qui fut sans doute ordinaire, en cette guerre o\u00f9, comme dans toutes, les opinions qu\u2019on ne dit pas furent le moteur principal. Plusieurs officiers d\u2019artillerie assembl\u00e9s, parmi lesquels un qui est le plus jeune. On lit une lettre officielle qui demande des volontaires pour l\u2019aviation. Tous les regards vont au plus jeune, qui s\u2019offre comme s\u2019il n\u2019attendait que l\u2019occasion. C\u2019est choisir la mort. Souvent on a demand\u00e9 ainsi des volontaires, et toujours des mains se l\u00e8vent, malgr\u00e9 la crainte, mais je dirais plut\u00f4t \u00e0 cause de la crainte\u00a0\u00bb.<!--more--><\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de lire ces jours-ci, ce texte saisissant d\u2019<span style=\"color: #0000cc;\">Alain, <\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em>Mars ou la guerre jug\u00e9e <\/em><\/span><em>(1),<\/em> qui m\u2019a laiss\u00e9 une impression d\u00e9termin\u00e9e. Un texte fort sur la guerre, \u00e9crit depuis l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019<span style=\"color: #ff0000;\">Emile Chartier <\/span>en fit \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante six ans, comme engag\u00e9 volontaire, d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 octobre 1917. Le propos vise \u00ab\u00a0<strong>la guerre nue<\/strong>\u00a0\u00bb, <span style=\"color: #0000cc;\">celle qu\u2019il faut avoir vue et pas seulement imaginer, si l\u2019on veut \u00e9viter que l\u2019\u00e9pique l\u2019emporte sur le r\u00e9el<\/span>. Parole de combattant\u00a0: juste \u00e0 en parler et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019orner un peu trop. Le point de vue est ici d\u00e9finitif, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019\u00e9pop\u00e9e claustrophobique du film <span style=\"color: #0000cc;\"><em>Lebanon<\/em><\/span><span style=\"color: #010101;\"> o\u00f9 nous sommes entra\u00een\u00e9s au c\u0153ur d&rsquo;un char isra\u00e9lien lors du premier jour de la premi\u00e8re guerre du Liban, le parti-pris de <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">Samuel Maoz<\/span><span style=\"color: #010101;\"> \u00e9tant de ne jamais nous faire quitter ce char. Les ravages de la guerre n\u2019y sont appr\u00e9hend\u00e9s que par la lunette du tireur du char. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C\u2019est une m\u00e9canique qui ici d\u00e9cide de tout, d\u00e9s lors que l\u2019homme y prend figure de chose, comme \u00e0 l\u2019usine o\u00f9 la seule fin est de produire, sans avoir \u00e0 se poser la moindre question. Les moyens mat\u00e9riels sont aux commandes, les fins transcendantes du combat s\u2019effacent, les raisons se r\u00e9v\u00e8lent menteuses d\u00e9s lors que les hommes ne sont que mati\u00e8re, mat\u00e9riel humain. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">La guerre est proprement une passion<\/span>, nous dit Alain, avec ceci de redoutable que comme toutes les passions, elle est toujours justifi\u00e9e par les faits. \u00ab\u00a0N\u2019avais-je pas raison d\u2019en faire mon ennemi\u00a0?\u00a0\u00bb. <span style=\"color: #0000cc;\">Les guerres n\u2019ont d\u2019autres causes qu\u2019elles-m\u00eames, le plus \u00e9tonnant est que cette \u00ab\u00a0haine collective est aim\u00e9e\u00a0\u00bb et que la guerre est obscur\u00e9ment voulue, r\u00eav\u00e9e, projet\u00e9e. <\/span>Et c\u2019est sottise que d\u2019invoquer des int\u00e9r\u00eats inconciliables, aussi vain que de pr\u00e9tendre, affirme Alain, que les plaideurs sont ennemis par int\u00e9r\u00eats contraires. Non, ils sont ennemis parce qu\u2019ils plaident, leurs malheurs \u00e9tant mis au compte de l\u2019autre \u00ab\u00a0celui qui plaide contre moi ne peut avoir le nez bien fait\u00a0\u00bb. <span style=\"color: #0000cc;\">La haine nourrit la haine, la guerre nourrit la guerre. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Alors, pourquoi la guerre\u00a0?<\/strong> Pour Alain, ce n\u2019est que raisonnement de moraliste que de postuler des difficult\u00e9s de chancellerie. Raisonnement \u00e0 courte vue qui m\u00e9connait que les sentiments d\u00e9cident de tout, au premier rang desquels Alain nomme <span style=\"color: #0000cc;\">l\u2019impatience<\/span>. Le jeune soldat qui l\u00e8ve la main, pour se porter volontaire, prompt \u00e0 s\u2019exposer \u00e0 la mort, se d\u00e9cide non pas en d\u00e9pit de l\u2019irr\u00e9solution dans laquelle il est plong\u00e9 le temps d\u2019avant, en proie \u00e0 une terrible souffrance morale, mais \u00e0 cause d\u2019elle, nous dit Alain, l\u2019irr\u00e9solution que <span style=\"color: #ff0000;\">Descartes<\/span> avait \u00e9pingl\u00e9e comme le pire des maux humains. A pr\u00e9cipiter le sujet dans un <span style=\"color: #0000cc;\">engagement<\/span>, cette d\u00e9cision l\u2019extrait des mouvements int\u00e9rieurs et une fois accomplie, elle <span style=\"color: #0000cc;\">oriente le sujet<\/span> qui peut y trouver un point d\u2019appui, ce que ne sont nullement les mouvements de la pens\u00e9e. Par <span style=\"color: #0000cc;\">une attitude\u00a0 d\u2019assertion anticip\u00e9e<\/span>, dans le temps m\u00eame o\u00f9 la r\u00e9solution est sans rem\u00e8de, le sujet se pr\u00e9cipite et devient par l\u00e0-m\u00eame la mesure du temps. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Et Alain de pr\u00e9ciser qu\u2019il se pourrait bien que <span style=\"color: #0000cc;\">cette aptitude \u00e0 \u00eatre prompt \u00e0 suivre son malheur soit du type viril, et que les femmes supportent mieux, quant \u00e0 elles, l\u2019attente et l\u2019impatience\u2026.<\/span>\u00e0 m\u00e9diter. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Surtout, au fil de la lecture, il appara\u00eet qu\u2019Alain ne cherche pas \u00e0 exciter l\u2019indignation de <span style=\"color: #0000cc;\">la belle \u00e2me<\/span>, mais veut seulement retenir ce <span style=\"color: #0000cc;\">c\u00e9r\u00e9monial de pur sacrifice<\/span>, <span style=\"color: #0000cc;\">volont\u00e9 obscure<\/span> autrement plus puissante que les raisons de haute politique ou de simple d\u00e9fense.\u00a0 Car, <em>in fine<\/em>, \u00ab\u00a0nul ne peut r\u00e9pondre qu\u2019un g\u00e9n\u00e9ral saura la guerre avant de l\u2019avoir faite\u00a0\u00bb. <span style=\"color: #0000cc;\">Comme le dit <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">Lacan <\/span><span style=\"color: #0000cc;\">(2), si la victoire d\u2019une arm\u00e9e sur une autre est strictement impr\u00e9visible, c\u2019est bien parce que \u00ab\u00a0du combattant on ne peut pas calculer la jouissance\u00a0\u00bb. A consid\u00e9rer que les arm\u00e9es ne sont jamais que \u00ab\u00a0des discours ambulants\u00a0\u00bb, tout est l\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0s\u2019il y en a qui jouissent de se faire tuer, ils ont l\u2019avantage\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les trag\u00e9dies se nouent et se d\u00e9nouent \u00ab\u00a0par des rencontres, un accent, des gestes, un regard, [\u2026] des promesses muettes, des attitudes, des serments muets, une contagion d\u2019homme \u00e0 homme\u00a0\u00bb. La guerre n\u2019est ni bonne, ni mauvaise. Le propos d\u2019Alain ne juge pas la guerre en ces termes, il ne vise pas \u00e0 interdire les passions tristes mais il donne au plus juste et de part en part,\u00a0 t\u00e9moignage de ce contingent. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(1) Alain, <em>Mars ou la guerre jug\u00e9e<\/em>, Paris, Editions Gallimard, 1995. Nous devons \u00e0 Jacques-Alain Miller d\u2019avoir attir\u00e9 notre attention sur cette r\u00e9f\u00e9rence peu aper\u00e7ue, dans son cours <em>L\u2019Orientation lacanienne<\/em>, \u00ab\u00a0L\u2019Etre et le UN\u00a0\u00bb, lors de la le\u00e7on du\u00a0 9 mars 2011.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Lacan J., \u00ab\u00a0Les non-dupes errent\u00a0\u00bb, S\u00e9minaire in\u00e9dit, le\u00e7on du 20 novembre 1973<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Publi\u00e9 dans le N\u00b086 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"CENTER\">La guerre jug\u00e9e par Christiane Alberti<\/p>\n<p align=\"RIGHT\">\u00ab\u00a0Qu\u2019\u00e9tait-ce, lui dis-je, que cette guerre\u00a0? De folles attaques, sans doute, sans aucune pr\u00e9paration\u00a0?<\/p>\n<p align=\"RIGHT\">\u2013 Mieux, dit-il, une c\u00e9r\u00e9monie. Nous \u00e9tions invit\u00e9s \u00e0 mourir. [\u2026]Nul n\u2019avait d\u2019autre espoir que bien mourir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"RIGHT\">\u00ab\u00a0Voici une sc\u00e8ne que j\u2019ai vu une fois, et qui fut sans doute ordinaire, [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":5494,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[947,950,247,949,698,948,219],"class_list":["post-5491","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","tag-alain","tag-assertion-anticipee","tag-christiane-alberti","tag-descartes","tag-guerre","tag-passion","tag-reel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5491"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5491\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5497,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5491\/revisions\/5497"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5494"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5491"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5491"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}