{"id":6134,"date":"2011-11-30T23:24:16","date_gmt":"2011-11-30T22:24:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=6134"},"modified":"2011-12-15T08:12:24","modified_gmt":"2011-12-15T07:12:24","slug":"linedit-de-linterpretation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/11\/linedit-de-linterpretation\/","title":{"rendered":"Jan Karski (mon nom est une fiction)"},"content":{"rendered":"<p dir=\"RTL\" align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Interpr\u00e9ter <\/strong><\/span><span><em><strong><span style=\"font-size: small;\">Jan Karski<\/span><span style=\"font-size: x-small;\">\u00a0par<\/span><\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<\/span><span style=\"color: #0000ff; text-align: justify; font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Jeanne Joucla<!--more--><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au th\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 internationale il y a peu, se donnait la pi\u00e8ce d\u2019Arthur Nauzyciel \u2013 <em>Jan Karski (mon nom est une fiction)<\/em> &#8211; cr\u00e9\u00e9e en Avignon en juillet 2011 et, depuis, en tourn\u00e9e en France jusqu\u2019en 2012.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Qu\u2019est-ce qu\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre apporte \u00e0 la litt\u00e9rature &#8211; commencerons-nous par questionner \u2013 quand ladite pi\u00e8ce reprend au plus juste un texte \u00e9crit et sa construction, j\u2019ai nomm\u00e9 le livre de Yannick Haenel, <em>Jan Karski\u00a0<\/em> paru en septembre 2009 ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En effet, nous sommes frapp\u00e9s d\u2019embl\u00e9e par le fait que la pi\u00e8ce est construite point par point comme les trois parties du livre de Haenel\u00a0: Commentaires de la pr\u00e9sence de Karski dans le film <em>Shoah<\/em> de Claude Lanzmann\u00a0; extraits du livre de Jan Karski, <em>Mon t\u00e9moignage devant le monde<\/em>\u00a0; et enfin une fiction qui prend en charge les 35 ann\u00e9es de silence de Karski apr\u00e8s qu\u2019il ait t\u00e9moign\u00e9 en vain.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La construction du livre m\u00ealant l\u2019Histoire et la fiction a fait pol\u00e9mique. Nous ne l\u2019alimenterons pas ici mais il faut admettre que si Arthur Nauzyciel choisit de conserver cette construction c\u2019est tout simplement parce qu\u2019elle n\u2019est pas d\u00e9tachable du texte, qu\u2019elle en est partie prenante, distillant, \u00e0 dessein, et \u00e0 travers le temps, une angoisse qui tient \u00e0 ce que qu\u2019est le destin d\u2019un homme confront\u00e9 \u00e0 l\u2019Histoire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La pi\u00e8ce d\u2019Arthur Nauzyciel qui porte en son titre le terme de fiction, d\u00e9cline donc successivement 3 sc\u00e8nes, 3 temps et les 3 voix de Jan Karski. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La premi\u00e8re est incarn\u00e9e par un acteur, Arthur Nauzyciel lui-m\u00eame, que nous voyons et entendons d\u00e9crire la pr\u00e9sence de Jan Karski dans le film <em>Shoah\u00a0<\/em>: mise en sc\u00e8ne minimale, fauteuils, avant-sc\u00e8ne, pas de profondeur. L\u2019acteur assis, puis debout, va et vient, se rassied, reprenant la fa\u00e7on dont Karski dans <em>Shoah<\/em> est assis, se l\u00e8ve et dispara\u00eet de l\u2019\u00e9cran dans les profondeurs de l\u2019appartement, aux prises avec l\u2019angoissant retour de ses souvenirs. Cette premi\u00e8re sc\u00e8ne se cl\u00f4t sur un \u00e9tonnant et d\u00e9cal\u00e9 num\u00e9ro de claquettes.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La deuxi\u00e8me sc\u00e8ne, r\u00e9cit d\u2019extraits du livre <em>Mon t\u00e9moignage devant le monde,<\/em> est incarn\u00e9e seulement par une voix, f\u00e9minine, au l\u00e9ger accent guttural, celle de Marthe Keller. Une voix qui d\u00e9crit ces moments o\u00f9 Karski \u00ab\u00a0visite\u00a0\u00bb le ghetto, puis entre dans un camp d\u2019extermination, avec cette consigne selon laquelle il sera plus cr\u00e9dible dans son t\u00e9moignage devant les Alli\u00e9s s\u2019il \u00ab\u00a0a vu de ses yeux vus\u00a0\u00bb l\u2019horreur. Description d\u2019un r\u00e9el dont l\u2019insupportable nous est restitu\u00e9, au-del\u00e0 des faits entendus, par une video dont la camera suit de fa\u00e7on saccad\u00e9e, en boucle un plan des contours du ghetto, lieu disparu &#8211; ce que Y. Haenel a nomm\u00e9 \u00ab\u00a0la disparition de la disparition\u00a0\u00bb &#8211; jusqu\u2019\u00e0 nous donner envie de hurler\u00a0: assez, assez\u00a0! <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La troisi\u00e8me sc\u00e8ne donne \u00e0 Laurent Poitrenaux un de ses plus beaux r\u00f4les\u00a0: il incarne \u2013 corps et voix \u00f4 combien \u2013 la douleur d\u2019un homme qui n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 se faire entendre. Comme dans le livre de Haenel, cette troisi\u00e8me partie est un cri qui vient donner vie aux 35 ann\u00e9es de silence de Karski, enfin. Pure fiction, oui, qu\u2019Arthur Nauzyciel dont on devine les liens familiaux avec l\u2019extermination des juifs d\u2019Europe, prend \u00e0 sa charge, nouveau passeur de t\u00e9moin vers nous, spectateurs. Laurent Poitrenaux vo\u00fbt\u00e9, recroquevill\u00e9 dans un d\u00e9cor d\u00e9saffect\u00e9 trop grand pour lui, qui \u00e9voque les fastes d\u2019un autre temps, donne \u00e0 Karski et \u00e0 ses nuits blanches, la dimension universelle d\u2019un homme taraud\u00e9 par l\u2019impuissance et la culpabilit\u00e9 ; mais nous voyons aussi un Laurent Poitrenaux dont le corps se d\u00e9noue, se redresse et campe poing sur la hanche la fiert\u00e9 du cavalier polonais du tableau de\u00a0Rembrandt, dont Jan Karski nous dit avoir fait sa nouvelle patrie apr\u00e8s la Victoire des Alli\u00e9s. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette s\u00e9quence se cl\u00f4t sur une chor\u00e9graphie qui laisse le spectateur sans voix\u00a0: Alexandra Gilbert devant nos yeux \u00ab\u00a0danse\u00a0\u00bb la vie et la mort, l\u2019\u00e9quilibre et le d\u00e9s\u00e9quilibre, le bien et le mal\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Si d\u2019aucuns voient dans <em>Jan Karski (Mon nom est une fiction), <\/em>une lecture sans relief du livre de Yannick Haenel, c\u2019est qu\u2019ils font l\u2019impasse sur l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0: celle-ci, comme souvent \u2013 et comme d\u2019ailleurs l\u2019interpr\u00e9tation en psychanalyse \u2013 est ce qui apporte \u00e0 un texte d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, du nouveau, de l\u2019in\u00e9dit en le faisant r\u00e9sonner autrement. Et certes, apr\u00e8s cette repr\u00e9sentation, nous devenons, lecteurs puis spectateurs, d\u00e9positaires du message de Karski jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Un seul regret\u00a0: pourquoi Arthur Nauzyciel n\u2019a t-il pas retenu ce passage du livre de Haenel, essentiel \u00e0 nos yeux,\u00a0quand le juge de la Cour supr\u00eame aux \u00c9tats-Unis, Felix Frankfurter dit \u00e0 Karski t\u00e9moignant de l\u2019horreur\u00a0: <strong>\u00ab\u00a0Je ne peux pas vous croire\u2026\u00a0je ne dis pas que vous mentez, mais je ne vous crois pas\u00a0\u00bb<\/strong>, faisant surgir l\u2019ab\u00eeme qui existe entre la parole et le r\u00e9el. Nous posons la question \u00e0 l\u2019auteur. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Publi\u00e9 dans le N\u00b0103 de Lacan Quotidien<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p dir=\"RTL\" align=\"CENTER\">Interpr\u00e9ter Jan Karski\u00a0par\u00a0Jeanne Joucla<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":6138,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[300],"tags":[1152,1154,881,1072,1151,228,725,1155,219,192,318,1153],"class_list":["post-6134","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-spectacles","tag-arthur-nauzyciel","tag-camp-dextermination","tag-claude-lanzmann","tag-fiction","tag-jan-karski","tag-jeanne-joucla","tag-litterature","tag-parole","tag-reel","tag-shoah","tag-theatre","tag-yannick-haenel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6134","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6134"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6134\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6140,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6134\/revisions\/6140"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6138"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6134"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6134"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6134"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}