{"id":6486,"date":"2011-12-11T22:23:11","date_gmt":"2011-12-11T21:23:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=6486"},"modified":"2011-12-29T12:23:40","modified_gmt":"2011-12-29T11:23:40","slug":"la-relation-medecin-malade-repensee-par-myriam-mitelman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/12\/la-relation-medecin-malade-repensee-par-myriam-mitelman\/","title":{"rendered":"La relation m\u00e9decin-malade repens\u00e9e, par Myriam Mitelman"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A partir d\u2019une lecture de l\u2019ouvrage de J\u00e9rome Groopman\u00a0: <em>La force de l\u2019espoir, son r\u00f4le dans la gu\u00e9rison<\/em>. Ed. JC Latt\u00e8s, 2004<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Titre original\u00a0: <em>The Anatomy of Hope.<!--more--><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><\/strong>Myriam Mitelman r\u00e9digea cet article \u00e0 la suite d&rsquo;une lecture de l&rsquo;ouvrage de J. Groopman, cons\u00e9cutive \u00e0 la parution de l\u2019article de Jerome Groopman, M.D. et Pamela Hartzband, M.D.<strong>, <\/strong><strong>The New Language of Medicine <\/strong>(<span style=\"color: #000080;\"><a href=\"..\/2011\/10\/new-england-journal-of-medicine-the-new-language-of-medicine-by-pamela-hartzband-m-d-and-jerome-groopman-m-d\/\"><span style=\"color: #000080;\">Suivre ce lien pour d\u00e9couvrir l\u2019article<\/span><\/a><\/span>)<strong>, <\/strong>traduit par David Briard et paru dans <span style=\"color: #000080;\"><a href=\"..\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LQ-732.pdf\"><span style=\"color: #000080;\">Lacan Quotidien n\u00b073<\/span><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u00e9rome Groopman, canc\u00e9rologue, h\u00e9matologue et chercheur am\u00e9ricain, qui occupe \u00e0 Harvard une chaire de m\u00e9decine et dirige le d\u00e9partement de m\u00e9decine exp\u00e9rimentale du <em>Beth Israel Deaconess Medical Center<\/em> de Boston, livre dans cet ouvrage le condens\u00e9 de son exp\u00e9rience de m\u00e9decin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Il fut \u00e9galement, de nombreuses ann\u00e9es durant, r\u00e9dacteur pour les questions m\u00e9dicales au <em>New Yorker,<\/em> ce qui t\u00e9moigne de son int\u00e9r\u00eat pour le contact et le dialogue avec le grand public, \u00e0 qui <strong><em>The Anatomy of Hope<\/em><\/strong> semble s\u2019adresser].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut \u00eatre surpris par cet ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019espoir en m\u00e9decine. N\u2019est-ce pas l\u00e0 une notion empirique, un peu vague, nimb\u00e9e d\u2019humanisme de psychologie m\u00e9dicale, qui d\u00e9signe habituellement la n\u00e9cessit\u00e9, pour le m\u00e9decin, de conserver un caract\u00e8re positif \u00e0 sa relation avec le malade, en voilant si cela s\u2019impose, une v\u00e9rit\u00e9 trop difficile \u00e0 \u00e9noncer\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, r\u00e9solument, le livre de Jerome Groopman va bien au-del\u00e0 de cet aspect. L\u2019<em>espoir<\/em> est un concept qu\u2019il forge, et \u00e0 l\u2019\u00e9preuve duquel il interroge \u00e0 la fois la subjectivit\u00e9 du patient et la fonction du m\u00e9decin. On est \u00e9merveill\u00e9 de constater que ce terme d\u2019<em>espoir <\/em>prend alors la fonction d\u2019un prisme \u00e0 travers lequel se dessinent avec nettet\u00e9 maints contours de la relation m\u00e9decin-malade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque l\u2019auteur \u00e9voque l\u2019<em>espoir<\/em>, il d\u00e9signe tout d\u2019abord un certain ressort secret chez le patient, dont il revient au m\u00e9decin de s\u2019assurer s\u2019il veut pouvoir le gu\u00e9rir. L\u2019<em>espoir <\/em>du patient est ce facteur \u00e9nigmatique, non prouv\u00e9 scientifiquement, qui fait que les traitements sont support\u00e9s, que leurs effets sont d\u00e9multipli\u00e9s, que la mort annonc\u00e9e est parfois tenue en \u00e9chec. Jerome Groopman est un m\u00e9decin convaincu, ne contestant nullement l\u2019efficacit\u00e9 de sa discipline. Cependant son exp\u00e9rience lui a enseign\u00e9 que la mise en \u0153uvre du savoir m\u00e9dical\u00a0 doit pouvoir\u00a0 trouver un point d\u2019appui dans la subjectivit\u00e9 du patient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Citons le cas <em>d\u2019Esther,<\/em> jeune patiente\u00a0 dont l\u2019attitude prit au d\u00e9pourvu le Dr.Groopman\u00a0 alors externe, port\u00e9 par des id\u00e9aux scientifiques et une formation \u00e9cartant toute consid\u00e9ration\u00a0 sur la vie affective et les \u00ab\u00a0troubles de l\u2019\u00e2me. <em>Esther <\/em>refusa de se soigner, et mourut \u00e0 trente quatre ans de son cancer du sein. Elle avait simplement confi\u00e9 au jeune Groopman les reproches qu\u2019elle s\u2019adressait. Surprise du jeune m\u00e9decin d\u00e9couvrant que le choix du patient peut totalement diverger de la perspective th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre histoire, celle de <em>George, <\/em>lui-m\u00eame \u00e9minent professeur d\u2019un D\u00e9partement de Pathologie \u00e0 Harvard, atteint d\u2019un cancer de l\u2019estomac dont il n\u2019ignore rien de la malignit\u00e9. Il choisit cependant de s\u2019infliger un traitement\u00a0 extr\u00eamement agressif que l\u2019ensemble de ses coll\u00e8gues jugent malvenu, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et inutile, et contre toute pr\u00e9vision statistique vient \u00e0 bout de la maladie. Un \u00ab\u00a0miracle m\u00e9dical\u00a0\u00bb\u00a0 mettant en lumi\u00e8re la victoire\u00a0 du choix du sujet contre le savoir statistique. L\u2019<em>espoir <\/em>se donne ici \u00e0 d\u00e9chiffrer comme une force qui ne se laisse pas arr\u00eater par le savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier constat du Docteur Groopman est donc celui-ci, que l\u2019issue d\u2019une maladie grave est pour une part importante corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 ce facteur <em>espoir<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire\u00a0 au d\u00e9sir que mobilise\u00a0 le patient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur ne se contente pas cependant d\u2019un recueil d\u2019observations cliniques. Le second volet de sa recherche consiste \u00e0 tenter d\u2019\u00e9noncer en quoi le m\u00e9decin a sa part dans ce mouvement subjectif, susceptible, dans bien des cas de favoriser la gu\u00e9rison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses patients lui ont appris que certaines impasses th\u00e9rapeutiques ne trouvent leur issue qu\u2019\u00e0 partir d\u2019un point d\u2019intimit\u00e9 du patient, et non dans les protocoles psychologiques ni m\u00eame dans le savoir-faire du m\u00e9decin exp\u00e9riment\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous d\u00e9couvrons l\u2019histoire de <em>Dan<\/em>, arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital dans un \u00e9tat critique, susceptible d\u2019\u00eatre soign\u00e9, mais refusant tout traitement, bien qu\u2019\u00e0 bout de force, et malgr\u00e9 des tr\u00e9sors d\u2019inventivit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s pour le convaincre que le jeu en vaut la chandelle. C\u2019est finalement un d\u00e9tail recueilli par hasard qui fera appara\u00eetre l\u2019identification de <em>Dan<\/em> \u00e0 l\u2019un de ses camarades, mort dans des conditions o\u00f9 il croit reconna\u00eetre son propre destin. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de ce moment que le Dr. Groopman trouve les arguments pour convaincre <em>Dan, <\/em>et ce faisant, le moyen de le gu\u00e9rir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Pour aider quelqu\u2019un \u00e0 trouver l\u2019espoir, il est n\u00e9cessaire de p\u00e9n\u00e9trer dans son intimit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il. La th\u00e8se du Dr. Groopman est que l\u2019<em>espoir<\/em> s\u2019ancre dans un point d\u2019absolue singularit\u00e9\u00a0\u00a0 qu\u2019il peut \u00eatre vital de d\u00e9celer pour que puisse op\u00e9rer l\u2019arsenal scientifique et th\u00e9rapeutique dont dispose le m\u00e9decin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9flexion de J. Groopman\u00a0 dessine ainsi les contours d\u2019une nouvelle \u00e9thique m\u00e9dicale, o\u00f9 la d\u00e9cision th\u00e9rapeutique se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la position subjective du patient, y compris dans ce qu\u2019elle a parfois de plus absurde du point de vue de <strong>dit \u00ab\u00a0objectif<\/strong>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit donc de <em>faire na\u00eetre l\u2019espoir chez le patient. <\/em>L\u2019auteur va jusqu\u2019\u00e0 conceptualiser tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les coordonn\u00e9es de cet acte chez le m\u00e9decin. A travers des exemples d\u00e9taill\u00e9s, il met en lumi\u00e8re \u00e0 quel point les discours pr\u00e9fabriqu\u00e9s sur le traitement et les chances de gu\u00e9rison sont inefficaces parce que peu cr\u00e9dibles aux yeux du patient. D\u00e8s lors que le m\u00e9decin utilise un savoir ficel\u00e9 pour amener le patient \u00e0 esp\u00e9rer, \u00e9crit J. Groopman, il le leurre et le patient le sait. Aussi l\u2019espoir que le m\u00e9decin pr\u00e9tend faire na\u00eetre chez le patient doit-il \u00eatre authentique, c&rsquo;est-\u00e0-dire fond\u00e9 sur l\u2019argument le plus proche de la position subjective de celui-ci. Cela suppose d\u2019une part que le m\u00e9decin connaisse bien son patient, et d\u2019autre part qu\u2019il sache d\u00e9compl\u00e9ter le savoir qu\u2019il a par ailleurs, scientifique ou statistique, lorsque ce dernier n\u2019est pas en mesure de traiter avec pr\u00e9cision la difficult\u00e9 du patient. \u00abL\u2019incertitude de la science est elle-m\u00eame source d\u2019espoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a l\u00e0 un \u00ab\u00a0paradoxe\u00a0\u00bb que doit assumer le m\u00e9decin, une travers\u00e9e du savoir scientifique qui le fait s\u2019avancer seul, sans garantie de succ\u00e8s, vers chacun de ses patients.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9flexion du Dr. Groopman marque la limite de tout protocole, de tout savoir constitu\u00e9 sur la relation m\u00e9decin-malade \u2013 m\u00eame celui que chaque m\u00e9decin s\u2019est lui-m\u00eame, avec l\u2019exp\u00e9rience, constitu\u00e9.\u00a0 Promouvoir l\u2019<em>espoir<\/em> \u2013 c\u2019est renouveler, avec chaque patient, une alliance th\u00e9rapeutique fond\u00e9e sur ce qui lui est le plus particulier. Jerome Groopman nous fait d\u00e9couvrir une relation m\u00e9decin-malade hors protocole, prenant en compte cette donne que dans les affaires humaines, tout ne saurait s\u2019\u00e9lucider. \u00ab\u00a0L\u2019exercice clinique de la m\u00e9decine se r\u00e9sume \u00e0 une suite d\u2019\u00e9nigmes imbriqu\u00e9es les unes dans les autres\u00a0\u00bb. Cet \u00e9nonc\u00e9 \u00e0 lui seul, ne fait-il pas enseignement\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">A partir d\u2019une lecture de l\u2019ouvrage de J\u00e9rome Groopman\u00a0: La force de l\u2019espoir, son r\u00f4le dans la gu\u00e9rison. Ed. 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