{"id":6642,"date":"2011-12-06T18:49:41","date_gmt":"2011-12-06T17:49:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=6642"},"modified":"2011-12-18T00:45:25","modified_gmt":"2011-12-17T23:45:25","slug":"chronique-chinoise-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/12\/chronique-chinoise-4\/","title":{"rendered":"Chronique chinoise"},"content":{"rendered":"<p align=\"CENTER\"><strong style=\"font-family: Calibri, sans-serif; font-size: medium;\">Myst\u00e8re de l\u2019incarnation <span style=\"font-size: small;\">par<\/span> <span style=\"color: #0000cc;\">Jean-Louis Gault<!--more--><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>La n\u00e9vrose obsessionnelle, avec ses rituels, a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par Freud comme une sorte de religion priv\u00e9e. Une\u00a0 patiente schizophr\u00e8ne, alors \u00e2g\u00e9e de 23 ans, rencontr\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Qingdao, avait elle, d\u00e9velopp\u00e9 une v\u00e9ritable h\u00e9r\u00e9sie priv\u00e9e.<\/strong><\/span> Quand la malade est chinoise et chr\u00e9tienne, qu\u2019une psychiatre pr\u00e9sente dans l\u2019assistance, se r\u00e9clamant elle-m\u00eame de la foi chr\u00e9tienne, intervient, au nom d\u2019une stricte orthodoxie \u00e9vang\u00e9lique, pour stigmatiser cette fausse doctrine, tous les \u00e9l\u00e9ments sont r\u00e9unis, d\u2019une discussion originale o\u00f9 la th\u00e9ologie rejoint la clinique. Cette occasion nous fut donn\u00e9e \u00e0 l\u2019automne 2009, lors du s\u00e9minaire annuel qui avait lieu dans cette ville. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La patiente avait demand\u00e9 \u00e0 assister \u00e0 la pr\u00e9sentation que sa psychiatre, le Dr. Han Yang, faisait de l\u2019histoire de sa maladie. Elle \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement hypomane et \u00e9tait intervenue \u00e0 plusieurs reprises pour ponctuer, \u00e0 chaque fois d\u2019une note ironique, la narration de son m\u00e9decin. La maladie avait commenc\u00e9 en juillet 2003. Le premier v\u00e9cu d\u00e9lirant \u00e9tait apparu dans le contexte d\u2019une fi\u00e8vre intense. <span style=\"color: #0000cc;\">Elle avait la sensation que les autres voulaient agir sur elle pour la contr\u00f4ler et la commander. Elle entendait des propos injurieux que des camarades tenaient sur son compte<\/span>. Pendant les cinq ann\u00e9es qui venaient de s\u2019\u00e9couler son \u00e9tat avait connu des p\u00e9riodes d\u2019accalmies et de crises, que le traitement neuroleptique n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 stabiliser. Actuellement, elle confie \u00e0 son m\u00e9decin que des voisins, des camarades, ont le pouvoir de voir son corps. Quand elle est sous la douche, elle a l\u2019impression que quelqu\u2019un s\u2019introduit aupr\u00e8s d\u2019elle et touche ses parties intimes. Elle esp\u00e8re que Dieu viendra un jour pour la sauver. Elle attend de lui qu\u2019il change son apparence, pour la rendre plus belle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au cours de l\u2019entretien elle commente ses hallucinations. Elle entend des gens qui se trouvent \u00e0 distance, cela passe par son cerveau, ce sont des insultes. D\u00e9j\u00e0, ajoute-t-elle, quand\u00a0 elle \u00e9tait petite les gens \u00e9taient m\u00e9chants avec elle. <span style=\"color: #0000cc;\">C\u2019est au mois d\u2019ao\u00fbt 2004 qu\u2019elle a entendu pour la premi\u00e8re fois un camarade dire \u00ab\u00a0je connais ton secret\u00a0\u00bb<\/span>. Un secret qu\u2019elle-m\u00eame n\u2019avait jamais confi\u00e9 \u00e0 personne. A la fin de l\u2019ann\u00e9e de ses 15 ans, elle avait rat\u00e9 le concours d\u2019entr\u00e9e dans un lyc\u00e9e de son choix, et avait atterri dans un \u00e9tablissement m\u00e9diocre qu\u2019elle m\u00e9prisait. Cet \u00e9chec l\u2019avait laiss\u00e9e d\u00e9prim\u00e9e et d\u00e9pit\u00e9e. Elle pense encore aujourd\u2019hui que c\u2019est une punition de Dieu, ou plus exactement que c\u2019est un ch\u00e2timent qui \u00e9mane de J\u00e9sus Christ. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C\u2019est une tante, la s\u0153ur a\u00een\u00e9e de son p\u00e8re, qui lui a fait d\u00e9couvrir le message chr\u00e9tien. Quand elle avait 5 ans celle-ci lui avait parl\u00e9 de J\u00e9sus et lui avait offert une bible, qu\u2019elle a conserv\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Elle l\u2019emmenait tr\u00e8s souvent dans les \u00e9glises de Qingdao. Sa m\u00e8re aussi partage la foi chr\u00e9tienne, son p\u00e8re ne se d\u00e9clare d\u2019aucune religion. Suivant la l\u00e9gislation en vigueur en Chine, il lui fallait atteindre l\u2019\u00e2ge de sa majorit\u00e9, 18 ans, pour pouvoir demander le bapt\u00eame, mais \u00e0 ce moment l\u00e0, apr\u00e8s son \u00e9chec au concours et les premiers signes de la maladie, elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9e de J\u00e9sus. Comme elle n\u2019a rien fait qui puisse offenser Dieu, elle pense que son malheur vient du Christ. C\u2019est parce qu\u2019elle ne croit pas au fils, dit-elle, qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 punie. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Elle fait une diff\u00e9rence entre Dieu et J\u00e9sus-Christ. Elle pense que ce sont deux personnes diff\u00e9rentes. Elle en est venue \u00e0 cette conclusion apr\u00e8s les exp\u00e9riences qu\u2019elle a eues au cours de la pri\u00e8re. Quand elle s\u2019adresse \u00e0 Dieu et lui demande aide et gr\u00e2ce elle est exauc\u00e9e. Elle se sent apais\u00e9e et en accord avec elle-m\u00eame. Par contre \u00e0 chaque fois qu\u2019elle prie J\u00e9sus, elle en \u00e9prouve un grand d\u00e9sordre et ressent excitation et col\u00e8re. D\u00e8s lors elle a entrepris de le repousser. Elle blasph\u00e8me et outrage sa personne en le couvrant d\u2019injures. Elle lui crie\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0J\u00e9sus tu n\u2019es pas Dieu. Tu n\u2019as pas le droit de t\u2019occuper de mes affaires\u00a0\u00bb. Elle utilise des insultes, comme celles\u00a0 qui\u00a0 sont communes aux Chinois, mais qu\u2019elle ne veut pas r\u00e9p\u00e9ter ici. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">Le conflit avec J\u00e9sus est apparu au d\u00e9cours de ses 15 ans<\/span>. Jusque-l\u00e0, elle avait dans sa chambre une image pieuse qui repr\u00e9sentait le Christ dans les bras de Marie, et elle parlait avec lui chaque jour. Mais \u00e0 dire vrai, elle ne s\u2019est jamais beaucoup int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de J\u00e9sus. Avant tout elle croit en Dieu. Dieu est amour et il est le seul. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">A 18 ans, en juillet 2004, quand elle est all\u00e9e retirer son dipl\u00f4me de baccalaur\u00e9at, elle a crois\u00e9 un couple, un gar\u00e7on et une fille, devant l\u2019entr\u00e9e du lyc\u00e9e. Elle a entendu le gar\u00e7on dire ceci \u00e0 son amie\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0voil\u00e0 un corps tout nu\u00a0\u00bb<\/span>. Elle en est certaine c\u2019est d\u2019elle-m\u00eame qu\u2019il parlait. Elle ne pense pas que c\u2019\u00e9tait une hallucination. Elle avait eu une exp\u00e9rience \u00e9trange le 1<sup>er<\/sup> janvier 2004, quand elle avait d\u00e9couvert qu\u2019elle entendait les voix de gens qui habitaient un autre quartier que le sien. C\u2019est en juillet 2003 qu\u2019elle avait eu une forte fi\u00e8vre, et que les premi\u00e8res hallucinations \u00e9taient apparues. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans tout \u00e9tait normal, dit-elle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Elle vit chez ses parents et n\u2019a pas de fr\u00e9quentation en dehors des membres de sa famille. Elle parle peu avec son p\u00e8re, qui est un homme distant et souvent de mauvaise humeur. Elle s\u2019entend bien avec sa m\u00e8re, qui lui a appris, dit-elle,\u00a0\u00ab\u00a0comment \u00eatre un \u00eatre humain\u00a0\u00bb. Elle n\u2019a pas de petit ami et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 amoureuse. Il est arriv\u00e9 qu\u2019elle plaise \u00e0 des gar\u00e7ons, mais elle ne ressentait rien pour eux. Elle est amoureuse de Dieu. Elle l\u2019adore et le lui dit. Seul Dieu a le pouvoir de la sauver. Elle le prend pour P\u00e8re. Il est Dieu et p\u00e8re. La patiente introduit ici un mot de son cru, <em>fushen<\/em>, <em>fu<\/em><strong>, \u00ab\u00a0<\/strong>le p\u00e8re\u00a0\u00bb, et <em>shen<\/em>, \u00ab\u00a0Dieu\u00a0\u00bb. Alors que l\u2019expression re\u00e7ue pour \u00ab\u00a0Dieu le p\u00e8re\u00a0\u00bb est <em>tianfu<\/em><strong>, <\/strong>\u00ab\u00a0le p\u00e8re du ciel\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au cours de la discussion qui a suivi cet entretien, un participant s\u2019est \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019on ait autant questionn\u00e9 la patiente \u00e0 propos de Dieu et de J\u00e9sus Christ, sans beaucoup s\u2019\u00e9tendre sur ses relations avec ses parents. Un autre se demandait si ce n\u2019\u00e9tait pas la col\u00e8re \u00e0 l\u2019endroit de la m\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait report\u00e9e sur la personne du Christ. A quoi il fut r\u00e9pondu\u00a0 que <span style=\"color: #0000cc;\">le monde subjectif de la patiente s\u2019\u00e9tait b\u00e2ti sur les deux figures de Dieu et du Christ, qui \u00e9taient venues s\u2019inscrire \u00e0 la place du couple attendu du p\u00e8re et de la m\u00e8re<\/span>. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Son p\u00e8re est lointain et elle parle peu avec lui. Elle poursuit par contre un dialogue avec sa m\u00e8re qui lui a appris \u00e0 \u00eatre un \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0 humain\u00a0\u00bb. Mais cette interlocution\u00a0 rencontre sa limite quand elle est confront\u00e9e \u00e0 la question sexuelle. C\u2019est ce qui se produit quand elle croise le couple sexu\u00e9 du gar\u00e7on et de la fille sur le chemin du lyc\u00e9e o\u00f9 elle va retirer son dipl\u00f4me. Retentit alors la voix qui dit ce qu\u2019elle est \u00e0 ce moment l\u00e0\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0voil\u00e0 un corps nu\u00a0\u00bb. Le dialogue avec J\u00e9sus s\u2019introduit pour suppl\u00e9er \u00e0 ce qui fait d\u00e9faut dans ce que lui a transmis sa m\u00e8re. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au moment de prendre cong\u00e9 de la patiente, dans le couloir, \u00e0 la sortie de la salle o\u00f9 avait eu lieu l\u2019entretien, elle consentira \u00e0 avouer, non sans une \u00e9vidente jouissance \u00e0 elle-m\u00eame ignor\u00e9e, les mots qu\u2019elle adresse au Christ dans ces moments o\u00f9 elle \u00e9prouve excitation et col\u00e8re. Elle lui dit, entre autre, parce que dans ce domaine son r\u00e9pertoire semble assez \u00e9tendu\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0con de ta m\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nique ta m\u00e8re\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ces signifiants indiquent ce que vient d\u00e9signer la figure du Christ dans cette \u00e9trange h\u00e9r\u00e9sie.\u00a0 <span style=\"color: #0000cc;\">J\u00e9sus est le nom qu\u2019elle donne \u00e0 la jouissance qui envahit son corps de femme<\/span>. Mais ce corps est nu et offert \u00e0 l\u2019intrusion de l\u2019autre quand elle est sous sa douche. Le corps dont elle parle ici est le corps comme substance jouissante, que n\u2019enveloppe aucune image corporelle. C\u2019est pour cela qu\u2019il est dit \u00ab\u00a0nu\u00a0\u00bb. Le corps nu c\u2019est la substance jouissante du corps, sans image. Il est nu parce qu\u2019il n\u2019est pas habill\u00e9 par le v\u00eatement de l\u2019image corporelle. C\u2019est ce qu\u2019elle \u00e9prouve quand elle est sous la douche, o\u00f9 ses parties intimes ne sont pas prot\u00e9g\u00e9es. Un corps nu est un corps dont les parties intimes sont offertes \u00e0 l\u2019Autre. C\u2019est pourquoi elle s\u2019adresse \u00e0 Dieu pour qu\u2019il la rende plus belle, en lui donnant une enveloppe corporelle que son amour saura faire consister. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Elle nous a expliqu\u00e9, avons-nous poursuivi, qu\u2019elle avait r\u00e9cus\u00e9 le dogme chr\u00e9tien de la consubstantialit\u00e9 du P\u00e8re et du Fils \u00e0 partir de sa double exp\u00e9rience corporelle dans la pri\u00e8re. Quand elle invoque Dieu les paroles d\u2019amour lui donne un corps apais\u00e9 et serein. Quand s\u2019instaure l\u2019interlocution avec J\u00e9sus, elle est envahie par une jouissance qui la submerge dans la honte, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>xiuqiu<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, et l\u2019insulte. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nous avions relev\u00e9 un autre \u00e9l\u00e9ment qui est pr\u00e9sent au moment de la remise du dipl\u00f4me. C\u2019est \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 son corps est convoqu\u00e9 \u00e0 la rencontre de son nom, qui sera inscrit sur le document qu\u2019on va lui remettre,\u00a0 que se r\u00e9v\u00e8le ce que nous avons appel\u00e9 \u00ab\u00a0<span style=\"color: #ff0000;\">un d\u00e9faut d\u2019incarnation<\/span>\u00a0\u00bb. Elle n\u2019est plus qu\u2019un corps nu. Alors elle sollicite la tradition chr\u00e9tienne qu\u2019elle a h\u00e9rit\u00e9e de sa tante paternelle et de sa m\u00e8re. Elle s\u2019en sert au prix d\u2019une profonde h\u00e9r\u00e9sie, comme n\u2019a pas manqu\u00e9 de le souligner une participante, elle-m\u00eame chr\u00e9tienne. La patiente a-t-elle expliqu\u00e9, n\u2019a pas compris ce qu\u2019est le myst\u00e8re de l\u2019incarnation, o\u00f9 le verbe s\u2019est fait chair. Elle a s\u00e9par\u00e9 Dieu et le Christ, mais en fait c\u2019est la m\u00eame chose. Elle nie la nature divine du Christ. Elle n\u2019a pas compris non plus ce qu\u2019est le myst\u00e8re de la trinit\u00e9, celui d\u2019un Dieu \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb en trois personnes. <span style=\"color: #0000cc;\">Chez la malade il manque quelque chose<\/span>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En effet <span style=\"color: #0000cc;\">il manque quelque chose, avons-nous poursuivi, il manque ce qui lui permettrait de faire tenir ensemble, sa chair, son nom et son image<\/span>. <span style=\"color: #0000cc;\">Alors elle tente de trouver une solution<\/span>. Elle emprunte son mat\u00e9riau \u00e0 la tradition chr\u00e9tienne, mais elle la traite avec une ironie ravageante, o\u00f9 elle fait objection au myst\u00e8re de l\u2019incarnation, parce que c\u2019est ce qu\u2019elle vit. Elle fait appel \u00e0 un Dieu \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb, \u00e0 un Dieu disjoint. <span style=\"color: #0000cc;\">Elle s\u2019appareille de ce couple \u00e9tonnant de Dieu et du Christ, pour se donner un corps o\u00f9 loger sa jouissance<\/span>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L\u2019on ne saurait r\u00e9duire \u00e0 un contenu d\u2019apparence th\u00e9ologique le t\u00e9moignage livr\u00e9 par la patiente. Il a une grande port\u00e9e clinique. <span style=\"color: #ff0000;\">Le th\u00e8me de l\u2019incarnation, emprunt\u00e9 certes \u00e0 une tradition religieuse, m\u00e9rite de trouver un statut de concept dans la th\u00e9orie de la clinique<\/span>. <span style=\"color: #000000;\"><strong>C\u2019est \u00e0 ce titre que Lacan a pu l\u2019introduire dans son enseignement, pour faire valoir que chaque parl\u00eatre est, \u00e0 sa fa\u00e7on, l\u2019incarnation d\u2019un nom dans un corps. Chaque \u00eatre parlant est un verbe fait chair<\/strong><\/span>. Une des questions cliniques qui surgit alors est de se demander si tel signifiant en particulier, est ou non suffisamment incarn\u00e9,\u00a0 avons-nous conclu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Publi\u00e9 dans le N\u00b0108 de Lacan Quotidien<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Lien vers les Chroniques Chinoises du N\u00b0 73, 84, 91<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"CENTER\">Myst\u00e8re de l\u2019incarnation par Jean-Louis Gault<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":6645,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19,11],"tags":[1274,530,1272,654,1273],"class_list":["post-6642","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","category-lacanasia","tag-heresie-privee","tag-jean-louis-gault","tag-nevrose-obsessionnelle","tag-qingdao","tag-religion-privee"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6642","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6642"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6642\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6647,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6642\/revisions\/6647"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6645"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}