{"id":6672,"date":"2011-12-07T02:02:17","date_gmt":"2011-12-07T01:02:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=6672"},"modified":"2012-01-05T20:06:12","modified_gmt":"2012-01-05T19:06:12","slug":"intouchables-1ere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/12\/intouchables-1ere-partie\/","title":{"rendered":"Intouchables ?  1\u00e8re et 2\u00e8me partie"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Que nous apprend le succ\u00e8s du film <\/strong><\/span><span style=\"color: #000000;\"><em><strong>Intouchables<\/strong><\/em><\/span><span style=\"color: #000000;\"><strong> sur l\u2019hypermodernit\u00e9 par <\/strong><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Armelle Gaydon<!--more--><\/strong><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>\u00ab\u00a0Intouchables\u00a0\u00bb, le film ph\u00e9nom\u00e8ne. Deux millions de spectateurs la premi\u00e8re semaine, puis trois, huit, quinze &#8211; et vingt millions attendus.<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Les spectateurs sortent \u00ab\u00a0ravis\u00a0\u00bb. Mais\u2026 <\/strong><em><strong>par quoi\u00a0?<\/strong><\/em> Une telle affluence donne \u00e0 penser que quelque chose pr\u00e9cipite les spectateurs dans les salles \u2013 qui rel\u00e8ve non pas des qualit\u00e9s artistiques du film, au demeurant tr\u00e8s astucieusement fait \u2013 mais d\u2019un mouvement pulsionnel, actionnant des ressorts secrets, qui attrapent et hypnotisent. A terme, <em>tous <\/em>les Fran\u00e7ais devraient l\u2019avoir vu. Mais par quoi sont-ils ainsi agr\u00e9g\u00e9s ? <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quelle est cette main invisible qui les massifie, dissout les particularit\u00e9s, les happe. <span style=\"color: #0000cc;\"><em>Intouchables <\/em><\/span>est int\u00e9ressant de ce point de vue\u00a0: il<span style=\"color: #0000cc;\"> actionne chez chacun un petit quelque chose, que Lacan appelle le \u00ab\u00a0plus-de-jouir\u00a0\u00bb<\/span>, <span style=\"color: #0000cc;\">un \u00ab\u00a0\u00a0petit bout\u00a0\u00bb qui peut \u00eatre \u00ab\u00a0presque rien\u00a0\u00bb &#8211; mais qui, <\/span>pr\u00e9vient-il,<span style=\"color: #0000cc;\"> pr\u00e9sente \u00ab\u00a0un pouvoir de commandement immens\u00e9ment plus grand que la force, l\u2019id\u00e9al et l\u2019id\u00e9ologie\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\">(<\/span><span style=\"color: #000000;\"><strong>1<\/strong><\/span><span style=\"color: #000000;\">)<\/span><span style=\"color: #0000cc;\">\u00bb<\/span>. Ce plus-de-jouir, parce qu\u2019il a pour propri\u00e9t\u00e9 de dissoudre les particularit\u00e9s, s\u2019il polarise les foules, les fait entrer dans une logique o\u00f9 par d\u00e9finition, r\u00e8gne l\u2019illimit\u00e9. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C\u2019est ce que v\u00e9rifie l\u2019\u00e9tonnant succ\u00e8s d\u2019<em>Intouchables<\/em>. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Lacan a montr\u00e9 que le discours ambiant s\u2019est transform\u00e9 sous l\u2019influence de l\u2019essor du capitalisme. D\u00e9sormais sans tabou ni limite &#8211; sans point d\u2019arr\u00eat -, la finalit\u00e9 du discours dominant est d\u2019orienter les activit\u00e9s humaines vers la production en s\u00e9rie de ce \u00ab\u00a0plus-de-jouir\u00a0\u00bb, de ce petit quelque chose \u00ab\u00a0qui nous presse\u00a0\u00bb, dit Lacan (<strong>2<\/strong>). Cette production s\u2019effectue avec l\u2019appui de la science \u2013 qui prend aujourd\u2019hui la forme du discours de l\u2019expertise. M\u00eame les discours entrent dans cette logique de march\u00e9\u00a0: tous s\u2019\u00e9quivalent. Si tous les discours se valent, que devient la v\u00e9rit\u00e9\u00a0? Le rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 est touch\u00e9. Eclairons ce point avec le film<em>.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<em style=\"font-family: Calibri, sans-serif; font-size: small;\"><strong>1. Intouchables<\/strong><\/em><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">\u00a0<\/span><strong style=\"font-family: Calibri, sans-serif; font-size: small;\">: effacer l\u2019injustice, la culpabilit\u00e9, le d\u00e9plaisir<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">Qu\u2019est-ce que le film obtient\u00a0?<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Premi\u00e8rement, comme un seul homme, une immense foule se rend au cin\u00e9ma. Que disent les spectateurs en sortant\u00a0? Ils parlent de rire et d\u2019\u00e9motion \u2013 traduisez\u00a0: plus-de-jouir\u00a0: la satisfaction est au rendez-vous. Le bouche-\u00e0-oreille fonctionne. Ce qui diff\u00e9renciait les spectateurs s\u2019abolit. Une foule s\u2019agr\u00e8ge.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Deuxi\u00e8mement, on a l\u2019id\u00e9e que <span style=\"color: #0000cc;\">la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas ici ce que le spectateur recherche<\/span>. Le film <a href=\"http:\/\/leplus.nouvelobs.com\/contribution\/211161;intouchables-pourquoi-je-deteste-ce-film-et-son-succes.html\">\u00ab\u00a0m\u00e9nage la ch\u00e8vre du respect et le chou du racisme\u00a0<\/a>(<strong>3<\/strong>)\u00bb en associant, pour former un duo comique, un riche t\u00e9trapl\u00e9gique (Fran\u00e7ois Cluzet) qui recrute \u00e0 son service un mauvais gar\u00e7on de banlieue, de surcro\u00eet noir et pauvre (Omar Sy). L\u2019aveugle et le paralytique acc\u00e8dent au box-office, vivent ensemble comme au Paradis. La lutte des classes est rel\u00e9gu\u00e9e au rayon \u00ab\u00a0pr\u00e9historique\u00a0\u00bb. Exit la souffrance li\u00e9e aux in\u00e9galit\u00e9s, \u00e0 la maladie, au fait que l\u2019un devienne le larbin de l\u2019autre. Comme le notait un blogueur, \u00ab\u00a0c\u2019est aussi chouette que de gagner \u00e0 l\u2019Euromillion\u00a0 (une chance sur soixante million de combinaisons) ! \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Comment comprendre cela\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans son \u00ab\u00a0<strong>Allocution sur les psychoses de l\u2019enfant<\/strong>\u00a0(<strong>4<\/strong>)\u00bb, <strong>Lacan <\/strong>estimait que nous allions avoir affaire, de plus en plus, \u00ab\u00a0aussi loin que s\u2019\u00e9tendra notre univers\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0toujours de fa\u00e7on plus pressante\u00a0: \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation\u00a0\u00bb. Il se demande, dans ce texte, \u00ab\u00a0comment faire pour que les masses humaines demeurent s\u00e9par\u00e9es\u00a0\u00bb. Voici le passage\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>Les hommes s\u2019engagent dans un temps qu\u2019on appelle <\/strong><strong>plan\u00e9taire\u00a0\u00bb ( la mondialisation) \u2026 A<\/strong><strong> l\u2019ancien ordre social \u00ab\u00a0se substitue quelque chose qui n\u2019a pas du tout le m\u00eame sens et dont la question est la suivante\u00a0: comment faire pour que les masses humaines (\u2026) demeurent s\u00e9par\u00e9es<\/strong>\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">On a ici l\u2019id\u00e9e qu\u2019une foule pr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment de menace, engendrant des r\u00e9flexes d\u2019exclusion, des risques sp\u00e9cifiques \u00e9tant \u00e0 craindre de cette entr\u00e9e dans un universel indiff\u00e9renci\u00e9 (<strong>5<\/strong>).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/foule-draw.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6727\" title=\"foule draw\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/foule-draw.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"254\" \/><\/a>Pour que \u00ab\u00a0les masses demeurent s\u00e9par\u00e9es\u00a0\u00bb, ou pour qu\u2019un sujet compte pour Un s\u00e9par\u00e9 des Autres, il doit pouvoir s\u2019excepter. <em>Intouchables<\/em> met en sc\u00e8ne ce qui se passe lorsque les \u00eatres ne sont plus s\u00e9par\u00e9s. <span style=\"color: #0000cc;\">Le ressort profond du film, c\u2019est d\u2019effacer \u00ab\u00a0la culpabilit\u00e9 qui selon Freud, na\u00eet de l\u2019injustice fondamentale li\u00e9e \u00e0 la condition humaine\u00a0(<\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>6<\/strong><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">)\u00bb en supprimant les barri\u00e8res entre les protagonistes<\/span>. Comment le film efface-t-il les barri\u00e8res\u00a0? Il imagine qu\u2019un riche\/un pauvre, un blanc\/un noir, un connaisseur d\u2019Op\u00e9ra\/un amateur de musique populaire, traditionnellement oppos\u00e9s, ne le seraient plus et pourraient m\u00eame vivre ensemble et s\u2019aimer en riant du matin au soir. C\u2019est une com\u00e9die. Elle procure le plaisir d\u2019effacer l\u2019in\u00e9galit\u00e9 fonci\u00e8re entre les hommes. Evidemment, pour cela, il lui faut nier, exclure, ce qui les diff\u00e9rencie et donc les oppose. L\u00e9g\u00e8re comme une bulle, elle se pr\u00e9sente comme une utopie, faisant promesse d\u2019\u00e9vacuer tout d\u00e9plaisir. Exemple\u00a0: m\u00eame lorsque Fran\u00e7ois Cluzet, paralys\u00e9, croit mourir d\u2019\u00e9touffement sur son lit de souffrances, il ne fait jamais peur. De m\u00eame, jamais il ne d\u00e9go\u00fbte, m\u00eame quand sont \u00e9voqu\u00e9s les lavements que lui administre quotidiennement Omar Sy. En alternant rire et pauses lacrymales, le film, sous couvert d\u2019avoir le courage de parler du handicap, en donne une version qui cl\u00f4t tout d\u00e9bat<span style=\"color: #222222;\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a href=\"http:\/\/next.liberation.fr\/cinema\/01012371334-intouchables-ben-si\">Comme le notait f\u00e9rocement <\/a><em><a href=\"http:\/\/next.liberation.fr\/cinema\/01012371334-intouchables-ben-si\">Lib\u00e9ration<\/a>, <\/em>il ne questionne ni ne conteste les d\u00e9s\u00e9quilibres de l\u2019ordre social<span style=\"color: #222222;\">. Au contraire, <\/span><span style=\"color: #0000cc;\">le message est qu\u2019\u00ab\u00a0[il s\u2019agit] de s\u2019assujettir \u00e0 un ordre social injuste [\u2026], d\u2019apprendre aux pauvres la soumission \u00e0 un monde devenu de plus en plus in\u00e9galitaire\u00a0(<\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>7<\/strong><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">)\u00bb. Ce message, bien enfoui sous le plus-de-jouir, est refil\u00e9 au public en <\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em>lousd\u00e9<\/em><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">, sous le manteau<\/span><span style=\"color: #222222;\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #222222;\">\u00a0<\/span><strong style=\"color: #222222; font-family: Calibri, sans-serif; font-size: small;\">2. La crise de la dette\u00a0: \u00ab\u00a0il n\u2019existe aucun x qui n\u2019acc\u00e9dera pas au cr\u00e9dit \u00bb<\/strong><span style=\"color: #222222;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Prenons un autre exemple dans l\u2019actualit\u00e9 \u00ab\u00a0chaude\u00a0\u00bb\u00a0: celui de la crise \u00e9conomique. <span style=\"color: #0000cc;\">La crise des \u00ab\u00a0subprimes\u00a0\u00bb a en commun avec le film de Toledano et Nakache d\u2019effacer l\u2019injustice et la culpabilit\u00e9<\/span>. Cette crise est, comme chacun sait, une crise de la dette, dont <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/baltimore-5-heures-du-matin\/\">Pierre-Gilles Gu\u00e9guen avait offert une analyse percutante \u00e0 <\/a><em><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/10\/baltimore-5-heures-du-matin\/\">Lacan Quotidien<\/a> (<\/em><em><strong>8<\/strong><\/em><em>)<\/em>. Ainsi que l\u2019a d\u00e9gag\u00e9 le Professeur Massimo Amato, de l\u2019Universit\u00e9 Bocconi de Milan, les march\u00e9s financiers ont cru \u00e0 l\u2019utopie d\u2019un possible acc\u00e8s de <em>tous<\/em> au cr\u00e9dit, qui a fait sauter la barri\u00e8re qui s\u00e9parait jusqu\u2019alors d\u00e9biteurs et cr\u00e9diteurs. Faute de cette limite, de cette tension entre eux qui les s\u00e9paraient, d\u00e9biteurs et cr\u00e9diteurs se sont transform\u00e9s en alli\u00e9s \u2013 soudain situ\u00e9s du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Or, sans ce lien, sans cette domination organis\u00e9e par l\u2019opposition signifiante qui lie pr\u00eateur et emprunteur &#8211;\u00a0 et qui impliquait l\u2019obligation de rembourser &#8211; le signifiant \u00ab\u00a0dette\u00a0\u00bb perd son sens et n\u2019engage plus. <span style=\"color: #0000cc;\">\u00ab\u00a0Ainsi les financiers ont-ils touch\u00e9 \u00e0 une racine du symbolique\u00a0\u00bb, en tant que le discours est un lien social \u00ab\u00a0qui oblige\u00a0\u00bb &#8211; mais \u00ab\u00a0qui ne vaut pas pour tous \u00bb, notait P.-G. Gu\u00e9guen<\/span>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dit autrement, abolir la barri\u00e8re qui s\u00e9pare d\u00e9biteurs et cr\u00e9diteurs fait entrer dans une logique m\u00e9tonymique qui ouvre la voie non seulement \u00e0 l\u2019acc\u00e8s de <em>tous<\/em> au cr\u00e9dit (universel), mais aussi \u00e0 un endettement illimit\u00e9, avec des dettes qu\u2019il n\u2019y aurait plus d\u2019obligation de rembourser. L\u2019identification de chacun \u00e0 son r\u00f4le (de pr\u00eateur, d\u2019emprunteur) est touch\u00e9e. <span style=\"color: #0000cc;\">Jouir du cr\u00e9dit sans entrave est devenu l\u2019obsession. Le plus-de-jouir est lib\u00e9r\u00e9. On entre dans l\u2019illimit\u00e9 de la jouissance.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En d\u2019autres termes, lorsqu\u2019il n\u2019existe plus \u00ab\u00a0un x qui dit non\u00a0\u00bb, plus rien ne vient faire limite. Dans la th\u00e9orie des ensembles, pour faire exister un ensemble ferm\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment au moins doit faire exception, se singulariser. Ce \u00ab\u00a0x qui dit non\u00a0\u00bb, qui s\u2019excepte, permet de constituer un ensemble ferm\u00e9, \u00e9vite la massification, \u00ab\u00a0maintient les masses s\u00e9par\u00e9es\u00a0\u00bb. Il cr\u00e9e une limite tout en instaurant un lien entre les \u00e9l\u00e9ments inclus dans le m\u00eame ensemble. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Par d\u00e9finition, les utopies et les cat\u00e9gories collectives \u00e9voqu\u00e9es plus haut ne peuvent articuler la singularit\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/psp-temp.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-6722\" title=\"psp temp\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/psp-temp.jpg\" alt=\"\" width=\"275\" height=\"183\" \/><\/a>du sujet. La psychanalyse pose en axiome que ce qui est exclu dans le symbolique fait retour dans le r\u00e9el (par exemple les probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 que nous refusons collectivement de traiter, ou les populations que nous excluons). <span style=\"color: #0000cc;\">Il y a donc une pression forte pour que la singularit\u00e9 des hommes, n\u00e9glig\u00e9e par le discours universalisant de l\u2019\u00e9poque, fasse retour dans le R\u00e9el. Et elle le fait, sous la forme du plus-de-jouir qui se pr\u00e9sente comme fascinant, imp\u00e9rieux, in\u00e9vitable<\/span>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Comment cela se traduit-il\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans son <span style=\"color: #ff0000;\"><em>Massenpsychologie<\/em><\/span>, Freud avait bien rep\u00e9r\u00e9 ce qui agr\u00e8ge les foules, les fait cristalliser. Chez Freud, une identification collective \u00e0 partir d\u2019un id\u00e9al commun assure cette coh\u00e9sion qui paralyse l\u2019esprit critique et place le sujet dans une position fascin\u00e9e, proche de l\u2019hypnose. Dans le <span style=\"color: #ff0000;\"><em>S\u00e9minaire XVIII<\/em><\/span>, Lacan fait valoir que cet effet s\u2019obtient moins par une identification \u00e0 l\u2019id\u00e9al que par une identification \u00e0 l\u2019objet pulsionnel \u2013 \u00e0 ce \u00ab\u00a0petit bout\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0plus-value\u00a0\u00bb qui, dit-il, peut \u00eatre \u00ab\u00a0presque rien (<strong>9<\/strong>)\u00a0\u00bb mais dont l\u2019ascendant est extraordinaire. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0<strong>Ce plus-de-jouir qui vous presse, c\u2019est \u00e0 ce niveau-l\u00e0\u2026 que vous pouvez \u00eatre emmen\u00e9s \u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe o\u00f9, conduits par le bout du nez\u00a0(\u2026), rang\u00e9s bien serr\u00e9s les uns contre les autres<\/strong>\u00a0(<strong>10<\/strong>)\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Vous croyez que le ma\u00eetre moderne r\u00e8gne par la force\u00a0? Erreur. Il r\u00e8gne au moyen de cette identification camoufl\u00e9e, secr\u00e8te qui polarise les foules (rendue possible par le manque fondamental du sujet, qui l\u2019oriente vers l\u2019objet plus-de-jouir). <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Prenons un troisi\u00e8me exemple\u00a0: celui de l\u2019enfant dit surdou\u00e9. \u00a0(\u2026) <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #595959;\">\u00a0<\/span><strong><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif; color: #000000;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>La suite de l\u2019analyse par Armelle Gaydon de l\u2019hypermodernit\u00e9 sera publi\u00e9e dans Lacan Quotidien<\/em><em>n\u00b0110.<\/em><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #595959;\">\u00a0<\/span><strong style=\"font-family: Calibri, sans-serif; font-size: small;\">Notes<\/strong><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\">\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(1) Jacques Lacan, <em>Le S\u00e9minaire, Livre XVIII, \u00ab\u00a0\u2026ou pire\u00a0\u00bb, <\/em>Paris, Seuil, 2011, p. 30.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(2) Jacques Lacan, <em>Le S\u00e9minaire, Livre XVIII, Op.cit,<\/em> p. 48.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(3) <\/span><\/span><strong><a href=\"http:\/\/leplus.nouvelobs.com\/thierrydecabarrus\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Thierry de Cabarrus<\/span><\/span><\/a><\/strong><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>\u00a0,<\/strong><\/span><\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0\u2018\u2019Intouchables\u2019\u2019: pourquoi je d\u00e9teste ce film et son succ\u00e8s\u00a0\u00bb, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>\u00ab\u00a0Le plus\u00a0\u00bb, blog du Nouvel\u00a0Obs<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, 30 novembre 2011, consultable en ligne (novembre 2011 sur leplus.nouvelobs.com<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(4) Jacques Lacan, \u00ab\u00a0Allocution sur les psychoses de l\u2019enfant\u00a0\u00bb, <em>Autres \u00e9crits, <\/em>Paris\u00a0: Seuil, 2001, p. 362-363.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(5) <em>Ibid, <\/em>\u00a0p. 369.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(6) Pierre-Gilles Gueguen, \u00ab\u00a0Baltimore, 5.00 du matin. Superman et les sous-hommes\u00a0\u00bb, <em>Lacan Quotidien, <\/em>n\u00b0 79, vendredi 4 novembre 2011, disponible en ligne sur le site <em>Lacan Quotidien.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>(7) <\/em>Marcela Iacub, \u00ab\u00a0La preuve par l\u2019\u0153uf\u00a0\u00bb, <em>Lib\u00e9ration, <\/em>\u00e9dition du <span style=\"color: #222222;\">3 d\u00e9cembre 2011.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #222222;\">(8) <\/span>Pierre-Gilles Gueguen, \u00ab\u00a0Baltimore, 5.00 du matin. Superman et les sous-hommes\u00a0\u00bb, <em>Lacan Quotidien, <\/em>n\u00b0 79, vendredi 4 novembre 2011, disponible en ligne sur le site <em>Lacan Quotidien.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>(9) <\/em>Jacques Lacan, <em>Le S\u00e9minaire, Livre XVIII, Op.cit,<\/em> Le\u00e7on du 20 janvier 1971, p. 29.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(10) Jacques Lacan, <em>Le S\u00e9minaire, Livre XVIII, Op.cit,<\/em>, p. 48.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>publi\u00e9 par le N\u00b0109 de Lacan Quotidien\u00a0<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #ff0000;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>Deuxi\u00e8me partie<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>3. L\u2019enfant d\u00e9clar\u00e9 surdou\u00e9\u00a0: un x parmi les x<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C&rsquo;est au moyen d\u2019un test de QI qu\u2019un enfant est d\u00e9clar\u00e9 surdou\u00e9\u00a0: le score issu du test est associ\u00e9 \u00e0 la d\u00e9signation de l\u2019enfant par le qualificatif de \u00ab\u00a0surdou\u00e9\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019une nomination standardis\u00e9e, <em>ready made<\/em>. L\u2019\u00e9tiquette \u00ab\u00a0enfant pr\u00e9coce\u00a0\u00bb semble rev\u00eatir l\u2019enfant d\u2019une aura agalmatique, \u00e0 laquelle il est invit\u00e9 \u00e0 s\u2019identifier. Obtenir un score \u00e9lev\u00e9 \u00e0 un test de QI sort donc, en apparence, un enfant de \u00ab\u00a0la masse\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0tous les enfants\u00a0\u00bb (identification c\u00f4t\u00e9 id\u00e9al)\u2026 mais c\u2019est pour aussit\u00f4t faire entrer l\u2019enfant dans le \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb des surdou\u00e9s. L\u2019enfant, ainsi inclus dans la masse des enfants test\u00e9s, est anonymis\u00e9. Il devient un x parmi les autres x et entre dans la logique m\u00e9tonymique qui lib\u00e8re l\u2019objet plus-de-jouir. Si lui et sa famille y croient, si l\u2019enfant s\u2019identifie \u00e0 ce \u00ab\u00a0petit bout\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0plus-de-jouir\u00a0\u00bb, fait qu\u2019avec sa famille, il pourra \u00eatre \u00ab\u00a0conduit par le bout du nez\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0rang\u00e9 bien serr\u00e9\u00a0\u00bb dans une classe de surdou\u00e9s. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">De telles nominations court-circuitent l\u2019acc\u00e8s du sujet \u00e0 sa propre v\u00e9rit\u00e9<\/span>. Mais ce qui est essentiel, <span style=\"color: #0000cc;\">Lacan<\/span> le formalise en \u00e9crivant la structure du discours contemporain\u00a0(qu\u2019il formalise sous le nom de \u00ab\u00a0Discours du capitaliste\u00a0\u00bb) : il <span style=\"color: #0000cc;\">met en \u00e9vidence que ces nominations, parce qu\u2019elles sont install\u00e9es en place de v\u00e9rit\u00e9, sont promues \u00e0 une puissance que Lacan qualifie de quasi \u00ab\u00a0divine\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\">(<\/span><span style=\"color: #000000;\"><strong>1<\/strong><\/span><span style=\"color: #000000;\">)<\/span><span style=\"color: #0000cc;\">\u00bb<\/span>. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Comme d\u2019autres classifications simplistes (publications universitaires de rangs\u00a0: A, B, C\u00a0; dettes des Etats class\u00e9es AAA, B, ou C\u2026) les scores r\u00e9sultant des tests de QI conduisent \u00e0 \u00e9noncer \u00e0 un enfant \u00ab\u00a0tu es surdou\u00e9\u00a0\u00bb avec cet accent de certitude qui r\u00e9v\u00e8le que ce qui se propose-l\u00e0 comme des appellations valorisantes ne sont rien d\u2019autre que \u00ab\u00a0les masques de fer de l\u2019objet plus-de-jouir\u00a0(<strong>2<\/strong>)\u00bb. Or, ce \u00ab\u00a0petit quelque chose\u00a0\u00bb, dit Lacan, pr\u00e9sente \u00ab\u00a0un pouvoir de commandement immens\u00e9ment plus grand que la force, l\u2019id\u00e9al et l\u2019id\u00e9ologie\u00a0(<strong>3<\/strong>)\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nul besoin d\u2019id\u00e9ologie, car pour prendre le pouvoir sur les foules, pr\u00e9vient-il, \u00ab\u00a0il suffit d\u2019un plus-de-jouir\u00a0qui se reconnaisse comme tel\u00a0(<strong>4<\/strong>)\u00bb, par laquelle un ma\u00eetre impose \u00e0 autrui une modalit\u00e9 de jouissance (la sienne). <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>4. Exit<\/strong><\/em> <strong>la v\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">Le film <\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em>Intouchables<\/em><\/span><em>,<\/em> <span style=\"color: #0000cc;\">la crise de la dette<\/span> et <span style=\"color: #0000cc;\">l\u2019\u00e9valuation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/span> &#8211; comme celle qu\u2019op\u00e8re, par exemple, le test de QI, administr\u00e9 massivement &#8211; <span style=\"color: #0000cc;\">ont en commun une structure de discours qui peut installer en place de v\u00e9rit\u00e9 n\u2019importe quel signifiant<\/span> : m\u00eame un mot habituellement peu valoris\u00e9, comme \u00ab\u00a0handicap\u00e9\u00a0\u00bb, peut faire l\u2019affaire, ainsi que le d\u00e9montre le film. Il suffit d\u2019en att\u00e9nuer la port\u00e9e en le mettant en continuit\u00e9 avec d\u2019autres mots, afin d\u2019effacer sa singularit\u00e9. Ainsi devient-il <span style=\"color: #0000cc;\">\u00e9changeable<\/span> et <span style=\"color: #0000cc;\">substituable<\/span>\u00a0: sa valeur est ainsi \u00e9gale \u00e0 celle de n\u2019importe quel autre signifiant du lexique. Il n\u2019a plus de valeur particuli\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">Dans le cas <\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em>d\u2019Intouchables, <\/em><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">ce gros mensonge est au service \u00ab\u00a0de jouissances inavouables <\/span><span style=\"color: #000000;\">(<\/span><span style=\"color: #000000;\"><strong>5<\/strong><\/span><span style=\"color: #000000;\">)<\/span><span style=\"color: #0000cc;\">\u00a0\u00bb<\/span> \u00a0dont le spectateur peut s\u2019offrir le luxe, parce qu\u2019elles sont dissimul\u00e9es sous l\u2019utopie. <span style=\"color: #0000cc;\">La principale de ces jouissances est pour le spectateur de d\u00e9serter son propre acc\u00e8s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, afin d\u2019adopter le point de vue du film, qui a opt\u00e9 r\u00e9solument pour le plaisir contre la v\u00e9rit\u00e9<\/span>. R\u00e9sultat\u00a0: \u00ab\u00a0ravis\u00a0\u00bb, captiv\u00e9s, les spectateurs s\u2019amoncellent. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">De m\u00eame est-il dans la logique des tests de QI d\u2019\u00e9carter la parole de l\u2019enfant et le savoir qu\u2019il d\u00e9tient, pour toujours lui pr\u00e9f\u00e9rer les grilles du test et la promesse de jouir de la brillance du signifiant surdou\u00e9. Ainsi s\u2019accumulent, logiquement, toujours plus d\u2019enfants d\u00e9clar\u00e9s surdou\u00e9s, r\u00e9duits \u00e0 ce \u00ab\u00a0petit bout\u00a0\u00bb d\u2019agalma. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">Pour nos contemporains, la plasticit\u00e9 de l\u2019ordre symbolique et la fragilit\u00e9 de la parole et du langage sont devenus une \u00e9vidence<\/span>. Films et objets d\u2019art mettent en sc\u00e8ne cette mutation du symbolique et montrent l\u2019impact \u00e9tonnant de manipulations simples du signifiant. On d\u00e9couvre l\u2019impact que peut avoir un simple effacement de l\u2019opposition entre les paires signifiantes qui organisent les activit\u00e9s humaines. Lorsque le langage n\u2019est plus connect\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, alors la jouissance passe au premier plan. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le sujet contemporain, parce qu\u2019il doute, s\u2019en remet au discours ambiant, qui finit par faire lien social, comme une nouvelle religion &#8211; sauf qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une communion hors langage, autour de l\u2019objet plus-de-jouir. L\u2019effet obtenu est tr\u00e8s proche de ce qu\u2019obtient la suggestion, et peut confiner \u00e0 l\u2019hypnose collective.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les artistes nous en montrent les cons\u00e9quences. Je ne crois pas que ce soit toujours volontairement. Dans le cas d\u2019<em>Intouchables,<\/em> d\u2019avis quasi unanime, l\u2019on rit \u00e9norm\u00e9ment. Loin de s\u2019interroger sur le film, les spectateurs ne pensent qu\u2019\u00e0 recommencer l\u2019exp\u00e9rience si bien que pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des spectateurs disent qu\u2019ils iront le revoir. <em>Intouchables <\/em>nous apprend cela aussi\u00a0: la plupart des comiques contemporains ne cherchent pas \u00e0 nous diviser en d\u00e9nudant des v\u00e9rit\u00e9s subversives refoul\u00e9es. Ils cherchent au contraire \u00e0 combler, jouant sur l\u2019effet de leurre autant que d\u2019apaisement de la bonne forme, du Bon, du Beau, du Bien. Avec <em>Intouchables, <\/em>nous saisissons comment une modalit\u00e9 de jouissance donne corps \u00e0 une foule ou \u00e0 un sujet, fait lien social, et peut se proposer de venir compl\u00e9ter et combler tout un chacun. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Comme si c\u2019\u00e9tait possible\u00a0! <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">Ainsi, sur cette promesse de ne plus penser \u00e0 rien, \u00ab\u00a0de ne plus se poser de questions\u00a0\u00bb, nos contemporains s\u2019amalgament en masses compactes. Toutes les utopies contiennent ce type de promesse de jouissance<\/span>. C\u2019est le cas d\u2019<em>Intouchables. <\/em>Mais il n\u2019y a qu\u2019au \u00ab\u00a0Pays des Bisnounours\u00a0\u00bb que le manque, la v\u00e9rit\u00e9, la culpabilit\u00e9 ou la maladie peuvent \u00eatre \u00e9vacu\u00e9s sans courir le danger d\u2019un retour brutal, en boomerang, de ce qui est ainsi ni\u00e9. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/rang\u00e9-en-rang-doignon1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6724\" title=\"rang\u00e9 en rang d'oignon\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/rang\u00e9-en-rang-doignon1.jpg\" alt=\"\" width=\"136\" height=\"205\" \/><\/a>Pour finir, un petit d\u00e9tail intrigue et \u00e9tonne\u00a0: ce titre, <\/strong><em><strong>Intouchables, <\/strong><\/em><strong>ne m\u00e9riterait-il pas une explication\u00a0?<\/strong> Qu\u2019est-ce que les auteurs ont ainsi voulu dire\u00a0? Pourquoi ce titre \u00e9trange ? Nul ne semble s\u2019en soucier. Pas de traduction, nul d\u00e9ploiement des significations\u00a0: pas d\u2019article sur ce th\u00e8me, aucune question de journaliste, pas non plus de prise de parole \u00e0 ce sujet des r\u00e9alisateurs. Comme le film\u2026, le titre ne veut sans doute rien dire. Il ne d\u00e9livrera, c\u2019est promis, aucune v\u00e9rit\u00e9. Chacun pourra ainsi rester clos silencieusement sur sa petite jouissance, son obscur petit bout de satisfaction. Et ainsi il court, il court, le spectateur, men\u00e9 par le bout du nez, pour aller se \u00ab\u00a0ranger bien serr\u00e9\u00a0\u00bb dans les salles <em>obscure<\/em><span style=\"color: #000000;\"><em>s.<\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Notes<\/strong>\u00a0:<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(<strong>1<\/strong>) Jacques Lacan, \u00ab\u00a0Radiophonie\u00a0\u00bb, Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 437.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(<strong>2<\/strong>) Jacques Lacan, \u00ab\u00a0Radiophonie\u00a0\u00bb, Autres \u00e9crits, op.cit.,\u00a0 p. 437.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(<strong>3<\/strong>) Jacques Lacan, Le S\u00e9minaire, Livre XVIII, Op. Cit., Le\u00e7on du 20 janvier 1971, p. 30.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(<strong>4<\/strong>) Jacques Lacan, Le S\u00e9minaire, Livre XVIII, Op.cit,, p. 30.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(<strong>5<\/strong>) Marcela Iacub, \u00ab\u00a0La preuve par l\u2019\u0153uf\u00a0\u00bb, Lib\u00e9ration, \u00e9dition du <span style=\"color: #222222;\">3 d\u00e9cembre 2011<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Publi\u00e9 dans le N\u00b0110 de Lacan Quotidien\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">Que nous apprend le succ\u00e8s du film Intouchables sur l\u2019hypermodernit\u00e9 par Armelle Gaydon<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":6683,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[301],"tags":[1170,1284,1169,925],"class_list":["post-6672","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema","tag-armelle-gaydon","tag-culpabilite","tag-intouchables","tag-plus-de-jouir"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6672","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6672"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6672\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7195,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6672\/revisions\/7195"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6683"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6672"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6672"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6672"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}