{"id":6744,"date":"2011-12-09T14:34:09","date_gmt":"2011-12-09T13:34:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=6744"},"modified":"2012-01-05T20:08:19","modified_gmt":"2012-01-05T19:08:19","slug":"chronique-linconscient-dans-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2011\/12\/chronique-linconscient-dans-la-crise\/","title":{"rendered":"CHRONIQUE L\u2019INCONSCIENT DANS LA CRISE"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><span style=\"font-size: large;\"><strong>L\u2019imbroglio du sujet dans la chose publique<\/strong><\/span><\/span> <span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em><strong>par R\u00e9ginald Blanchet<!--more--><\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le passage \u00e0 l\u2019acte de Giorgos Papandr\u00e9ou<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>L&rsquo;effet de sid\u00e9ration fut g\u00e9n\u00e9rale, et le coup de tonnerre plan\u00e9taire.<\/strong> <strong>Pas\u00a0moins.<\/strong> La d\u00e9cision inopin\u00e9e du Premier ministre grec tout juste rentr\u00e9 de Bruxelles, de soumettre au r\u00e9f\u00e9rendum les mesures arr\u00eat\u00e9es \u00e0 grand peine le 27 octobre dernier au petit matin visant \u00e0 parer au d\u00e9faut de paiement imminent de la Gr\u00e8ce et auxquelles il avait souscrit express\u00e9ment se laisse interpr\u00e9ter par les conditions qui y ont pr\u00e9sid\u00e9 et par les suites qu\u2019elle a entra\u00een\u00e9es. C\u2019est, du premier point de vue, la d\u00e9cision d\u2019un homme seul. Bien qu\u2019il se f\u00fbt pr\u00e9muni du conseil de ses proches collaborateurs l\u2019initiative fut <em>\u00e9minemment<\/em> la sienne. Il y tenait <em>tr\u00e8s<\/em> personnellement. Mais ce fut aussi l\u2019acte de l\u2019homme seul contre tous qu\u2019il \u00e9tait devenu au fil de l\u2019\u00e9volution de la crise. Ses invites \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019opposition parlementaire \u00e0 faire front commun dans la situation exceptionnelle que connaissait le pays \u00e9taient rest\u00e9es lettre morte. Les manifestations de protestation contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 avaient pris une ampleur inqui\u00e9tante et se faisaient de plus en plus v\u00e9h\u00e9mentes. Le point de rupture \u00e9tait atteint. Le corps social et politique dans son entier r\u00e9clamait des \u00e9lections anticip\u00e9es. D\u00e9termin\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher la droite parlementaire men\u00e9e par Antonis Samaras d\u2019engranger les b\u00e9n\u00e9fices politiques du m\u00e9contentement populaire alors m\u00eame qu\u2019elle se pr\u00e9parait \u00e0 poursuivre la m\u00eame politique le Premier ministre y opposa jusqu\u2019au bout une fin de non-recevoir. Le choix n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition d\u00e8s lors qu\u2019elle n\u2019entendait pas quitter la zone euro. Elle aurait \u00e0 appliquer comme devant les mesures d\u00e9cid\u00e9es par les instances europ\u00e9ennes. Le r\u00e9f\u00e9rendum d\u00e9cid\u00e9 dans ces conditions se pr\u00e9sentait donc comme un coup de poker. Il se voulait comme une interpr\u00e9tation en acte visant \u00e0 mettre chacun au pied du mur de ses responsabilit\u00e9s. Au peuple, il revenait de d\u00e9cider de rester dans l\u2019euro ou de revenir \u00e0 la drachme. Aux responsables de l\u2019Europe, il incombait de courir le risque ou non d\u2019une s\u00e9cession de la Gr\u00e8ce, susceptible d\u2019entra\u00eener les attaques renouvel\u00e9es des march\u00e9s contre les maillons faibles de la zone euro.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/papandreou-Shoot.bmp\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6745\" title=\"papandreou Shoot\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/papandreou-Shoot.bmp\" alt=\"\" \/><\/a>Tout s\u2019est pass\u00e9 comme si Georges Papandr\u00e9ou\u00a0 n\u2019avait pas pr\u00e9vu que les dirigeants europ\u00e9ens, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en t\u00eate, ne se laisseraient pas faire et d\u00e9joueraient le pi\u00e8ge.<\/strong> Ils enfonc\u00e8rent le fer plus loin encore dans la plaie et lui impos\u00e8rent de mettre aux voix la question m\u00eame de l\u2019appartenance de la Gr\u00e8ce \u00e0 l\u2019Europe et non plus seulement l\u2019acceptation ou non des mesures impopulaires d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. L\u2019aide financi\u00e8re europ\u00e9enne d\u00e9pendrait de la r\u00e9ponse des urnes. <strong>Ledit coup de poker de Georges Papandr\u00e9ou se d\u00e9voila pour ce qu\u2019il \u00e9tait.<\/strong> Ce fut, en premier lieu, un coup foireux. Autant dire un acte manqu\u00e9. De m\u00e9conna\u00eetre autant la d\u00e9termination des bailleurs de fonds la man\u0153uvre \u00e9tait vou\u00e9e d\u2019entr\u00e9e de jeu au ratage. Mais ce fut un acte r\u00e9ussi car sa r\u00e9alit\u00e9 effective fut celle d\u2019un passage \u00e0 l\u2019acte, le passage \u00e0 l\u2019acte de la d\u00e9mission de Georges Papandr\u00e9ou de ses fonctions de Premier ministre. Car s\u2019en remettre \u00e0 la d\u00e9cision populaire, qui ne pouvait \u00eatre que n\u00e9gative compte tenu des circonstances entourant le r\u00e9f\u00e9rendum, c\u2019\u00e9tait se d\u00e9mettre aussit\u00f4t.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans l\u2019\u00e9dition dominicale du 27 novembre dernier Theodoros Pangkalos, son vice-premier ministre et collaborateur avis\u00e9, t\u00e9moigne dans le quotidien <em><a href=\"http:\/\/www.kathimerini.gr\/\">Kathimerini<\/a><\/em>avoir vivement d\u00e9conseill\u00e9 peu avant \u00e0 G. Papandr\u00e9ou d\u2019avoir recours \u00e0 la consultation r\u00e9f\u00e9rendaire. Mais, parvenu \u00e0 ce stade, ce dernier ne voulait plus rien entendre, pas plus qu\u2019il ne pouvait r\u00e9pondre aux objections qui lui \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es. Il ne pouvait plus rien en dire, et sans doute plus rien en penser. C\u2019\u00e9tait devenu chez lui, affirme son interlocuteur aujourd\u2019hui, une \u00ab\u00a0id\u00e9e fixe\u00a0\u00bb. Autant dire, comme tout semble le montrer, que l\u2019id\u00e9e avait d\u00e9croch\u00e9 du principe de r\u00e9alit\u00e9. Devenue indialectisable, elle n\u2019\u00e9tait plus de nature \u00e0 traiter la r\u00e9alit\u00e9 contradictoire des choses. Elle repr\u00e9sentait bien plut\u00f4t un point de cristallisation subjective s\u2019imposant dans sa logique<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_6746\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/merkel_papandreou-temp.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-6746\" class=\"size-full wp-image-6746\" title=\"merkel_papandreou temp\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/merkel_papandreou-temp.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"147\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-6746\" class=\"wp-caption-text\">Illustration by Manos Symeonakos<\/p><\/div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">propre, autonomis\u00e9e de l\u2019action politique r\u00e9fl\u00e9chie. <strong>Dans ce signifiant tout seul, coup\u00e9 de l\u2019Autre, qu\u2019est l\u2019id\u00e9e fixe il est loisible de lire la logique subjective \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/strong>\u00a0: l\u2019homme seul qu\u2019\u00e9tait devenu G. Papandr\u00e9ou \u00e9tait seul de m\u00eame avec son id\u00e9e, et n\u2019avait, en somme, qu\u2019une seule id\u00e9e. Celle-ci le repr\u00e9sentait, peut-on dire, absolument. Tant il est vrai que ce qui fait la force de l\u2019id\u00e9e fixe, ce n\u2019est pas tant son contenu id\u00e9atif que son fondement libidinal dans la contrainte et la compulsion agissant comme telles. G. Papandr\u00e9ou rendu au bout du rouleau n\u2019aspirait plus qu\u2019\u00e0 partir. <strong>Ne pouvant, ne voulant point assumer l\u2019acte de sa d\u00e9mission il ne put que l\u2019agir dans la guise du \u00ab\u00a0coup\u00a0\u00bb fourr\u00e9<\/strong>\u00a0: tout \u00e0 la fois coup de poker politique o\u00f9 il joua son va-tout, coup vengeur visant \u00e0 corriger le peuple devenu ingouvernable et coup de Jarnac cherchant \u00e0 atteindre la superbe des dirigeants europ\u00e9ens imposant sans d\u00e9tour leurs diktat. Coup rat\u00e9 dans tous les cas, d\u2019un sujet manifestant son imbroglio dans le politique et qui ne rel\u00e8ve plus de l\u2019action politique trait\u00e9e dans son ordre sp\u00e9cifique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">N\u2019est-ce pas l\u00e0 ce qui a plong\u00e9 le monde entier dans la stupeur\u00a0? Il n\u2019est pas, en effet, jusqu\u2019\u00e0 la Chine o\u00f9 les journaux ne consacr\u00e8rent leur une \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement grec. Nous devenions tous, aux quatre coins du monde, les t\u00e9moins \u00e9bahis de ce moment de d\u00e9hiscence subjective aux cons\u00e9quences incalculables. Le d\u00e9cha\u00eenement du r\u00e9el, et son effet virtuel d\u2019effondrement de l\u2019\u00e9difice europ\u00e9en, apparaissait soudain \u00e0 la merci de la donne subjective d\u2019un responsable politique. Ce n\u2019\u00e9tait pas tant de la part de ce dernier, comme a voulu le stigmatiser Nicolas Sarkozy, la manigance d\u2019un homme politique retors n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 faire preuve de duplicit\u00e9 et de cynisme en trahissant incontinent la parole \u00e0 peine donn\u00e9e. L\u2019angoissant fut bien plut\u00f4t d\u2019assister, impuissants, au spectacle du ma\u00eetre aspir\u00e9, comme souffl\u00e9,\u00a0 par la b\u00e9ance du sujet et d\u2019\u00eatre affront\u00e9s sans recours au lieu vide du pouvoir et, par-del\u00e0, \u00e0 sa vacance essentielle. <strong>En un instant le ma\u00eetre se trouva en effet r\u00e9duit au point d\u2019\u00e9vanescence d\u2019un sujet \u00e9lid\u00e9 de son acte, ce que l\u2019on a nomm\u00e9 l\u2019irresponsabilit\u00e9<\/strong> <strong>de G. Papandr\u00e9ou, voire son aberration. <\/strong>\u00a0L\u2019ordre du discours du ma\u00eetre a cependant de la ressource. Lorsque le tenant-lieu du ma\u00eetre d\u00e9faille dans sa division de sujet la gestion de l\u2019agence-ma\u00eetre le passe par pertes et profits de sa comptabilit\u00e9. Il se r\u00e9duit d\u00e8s lors au solde laiss\u00e9 pour compte de l\u2019op\u00e9ration de la ma\u00eetrise r\u00e9tablie, tel que nous appara\u00eet aujourd\u2019hui G. Papandr\u00e9ou en lui-m\u00eame\u00a0: solde de la vaste op\u00e9ration financi\u00e8re men\u00e9e en Gr\u00e8ce sous le signifiant-ma\u00eetre de l\u2019euro qu\u2019il importait de sauvegarder par-dessus tout.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La hantise de la seconde mort d\u2019Antonis Samaras<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La frayeur qui saisit \u00e0 cette occasion le pays et l\u2019Europe tout ensemble fut bonne \u00e0 quelque chose. Elle <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/samarascom-temp.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6747\" title=\"samarascom temp\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/samarascom-temp.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"167\" \/><\/a>imposa aux deux principaux partis du pays de former un gouvernement d\u2019union nationale plac\u00e9 sous la direction d\u2019un technocrate de haut vol. Le gestionnaire se substitua, selon la logique du temps, aux politiques d\u00e9faillants. Le r\u00e9el fit de la sorte son entr\u00e9e en personne, pour ainsi dire, sur la sc\u00e8ne politique, r\u00e9el qui s\u2019indexait du trait de l\u2019ingouvernable pour n\u2019admettre que des solutions de fortune \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019illusionnisme qui s\u2019emploie \u00e0 faire accroire le contraire. Mais avec la formation de ce compromis politique la perspective du collapse national par d\u00e9faut de paiement de la Gr\u00e8ce au 15 d\u00e9cembre de l\u2019ann\u00e9e n\u2019en fut pas pour autant \u00e9cart\u00e9e. Les instances europ\u00e9ennes \u00e9chaud\u00e9es par le faux bond de Papandr\u00e9ou et souhaitant obtenir l\u2019appui le plus large \u00e0 la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 en cours exigeaient d\u2019Antonis Samaras, leader de la droite parlementaire, son engagement \u00e9crit soutenant l\u2019application du protocole du 27 octobre \u00e0 quoi il avait d\u00e9clar\u00e9 souscrire. Il s\u2019agissait par l\u00e0 pour la tro\u00efka de lever l\u2019hypoth\u00e8que de la politique populiste du leader de droite, du moins de sa rh\u00e9torique visant \u00e0 exercer sur l\u2019Europe une sorte de chantage au suicide collectif. Il consistait \u00e0 faire montre de sa d\u00e9termination au pire afin d\u2019obtenir un meilleur traitement d\u2019une Europe qui voudrait se pr\u00e9server des contrecoups fatals pour sa survie si la Gr\u00e8ce d\u00e9cidait d\u2019elle-m\u00eame de faire faillite au prix de s\u2019immoler. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Personne n\u2019aura compris pourquoi tout d\u2019un coup la signature en bonne et due forme de son engagement pourtant r\u00e9it\u00e9r\u00e9 et mat\u00e9rialis\u00e9 par la participation de son parti au gouvernement d\u2019unit\u00e9 nationale pilot\u00e9 par Loukas Papademos, paraissait inacceptable \u00e0 Antonis Samaras.<\/strong> \u00c9tait-ce l\u00e0 mouvement de menton du d\u00e9biteur imp\u00e9cunieux qui entend signifier \u00e0 son cr\u00e9ancier qu\u2019il a encore droit \u00e0 quelques marques de consid\u00e9ration\u00a0? Sans doute. Mais c\u2019\u00e9tait marquer bien plus, qu\u2019il avait un nom sur quoi il entendait faire valoir son droit souverain. Plut\u00f4t donc prendre le risque du fracas national que para\u00eetre renoncer \u00e0 l\u2019exercice de sa pr\u00e9rogative exclusive sur sa signature.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Bien \u00e9videmment, comme l\u2019a montr\u00e9 la capitulation en rase campagne par quoi se conclut l\u2019affaire, tout ceci, qui s\u2019est tout de m\u00eame \u00e9tal\u00e9 sur plusieurs jours bloquant le processus d\u2019engagement des fonds indispensables pour la survie du pays, c\u2019\u00e9tait pour la galerie. C\u2019\u00e9tait se donner, \u00e0 ses \u00e9lecteurs et \u00e0 lui-m\u00eame, le spectacle \u00e9difiant de David affrontant arm\u00e9 de sa seule t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 le Goliath international. Pour une part cela pouvait ressembler au geste fantasque de Don Quichotte guerroyant contre les moulins \u00e0 vent de sa lubie. Il \u00e9tait loisible de s\u2019en tapoter doucement le menton. <strong>Pourtant la divagation prenait un tour moins dr\u00f4le si l\u2019on faisait le rapprochement qui s\u2019imposait avec un pr\u00e9c\u00e9dent de taille dont les cons\u00e9quences p\u00e8sent encore lourdement sur le pays.<\/strong> <strong>Antonis Samaras, ministre des Affaires \u00c9trang\u00e8res du gouvernement Mitsotakis en 1992, s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 dans<\/strong> <strong>un litige portant sur le nom<\/strong>. Il s\u2019\u00e9tait dress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec la derni\u00e8re fermet\u00e9 contre la pr\u00e9tention sans ambages de l\u2019ex-R\u00e9publique Yougoslave de Mac\u00e9doine de s\u2019attribuer le nom de \u00ab\u00a0R\u00e9publique de Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb. Cela relevait de l\u2019usurpation, et ne pouvait \u00eatre tol\u00e9r\u00e9. Le nom de Mac\u00e9doine appartenait en propre \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage grec et ne saurait d\u2019aucune fa\u00e7on \u00eatre c\u00e9d\u00e9, encore moins extorqu\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L\u2019intransigeance du ministre des Affaires \u00c9trang\u00e8res fut telle qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9ra provoquer la chute du gouvernement plut\u00f4t que d\u2019accepter le compromis soutenu par ce dernier et les parties en cause sur un nom compos\u00e9 incluant le mot \u00ab\u00a0Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb. Ce compromis appartient \u00e0 l\u2019histoire\u00a0 puisque l\u2019appellation de \u00ab\u00a0R\u00e9publique de Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb est \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019usage courant. Introduite devant le Tribunal international de La Haye la cause grecque est, de surcro\u00eet, en passe d\u2019\u00eatre perdue. Bref, la politique d\u2019intransigeance absolue sur le nom fut un fiasco total. Il est \u00e0 porter au compte d\u2019A. Samaras et appelle la r\u00e9flexion. <strong>Cet homme politique semblerait entretenir un rapport au nom propre qui interroge.<\/strong> <strong>Le signifiant est le meurtre de la chose, et le signifiant-ma\u00eetre, celui du ma\u00eetre mort. A. Samaras semblerait lui vouer un culte sans nuance<\/strong>. <strong>Se voulant ma\u00eetre du nom le sujet perd la bataille des choses, pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la vie r\u00e9elle la vie \u00e9ternelle du nom.<\/strong> Car tel serait son bien le plus pr\u00e9cieux qu\u2019il ne saurait c\u00e9der ni \u00e0 Skopje ni \u00e0 la Tro\u00efka quoi qu\u2019il d\u00fbt en co\u00fbter aux vivants.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La communaut\u00e9 nationale serait bien avis\u00e9e d\u2019y prendre garde. Car l\u2019\u00e9nonciation du sujet sur ce point laisse difficilement place au doute quant \u00e0 la dimension qu\u2019elle comporte qui ouvre au-del\u00e0 de toute logique. Ceci se lit on ne peut plus clairement dans la correspondance \u00e9chang\u00e9e le 13 mars 1992 avec le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le premier Constantin Caramanlis. Dans cette lettre au ton inconvenant, s\u2019agissant de son destinataire, l\u2019homme du retour de la Gr\u00e8ce \u00e0 la d\u00e9mocratie apr\u00e8s la chute des colonels, Samaras oppose avec emportement \u00e0 ce dernier son refus cat\u00e9gorique que le nom de \u00ab\u00a0Mac\u00e9doine\u00a0\u00bb figure d\u2019aucune fa\u00e7on dans la d\u00e9nomination de l\u2019ex-r\u00e9publique socialiste. \u00ab\u00a0Il est hors de question pour moi, \u00e9crit-il, de proc\u00e9der jamais \u00e0 une telle cession de droits <em>au nom de quelque logique que ce soit<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; c\u2019est moi qui souligne. Comment \u00eatre plus net\u00a0? <strong>L\u2019inclination toute personnelle d\u2019Antonis Samaras, disons de son fantasme, pour cette zone de l\u2019entre-deux-morts o\u00f9 survit dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de la vie perdue, la \u00ab\u00a0premi\u00e8re mort\u00a0\u00bb, le nom de celui qui fut, le sauvant ainsi de la \u00ab\u00a0seconde mort\u00a0\u00bb, l\u2019effacement de son nom m\u00eame, m\u00e9rite l\u2019attention.<\/strong> Ce n\u2019est pas dire que la politique fr\u00e9n\u00e9tiquement nationaliste qu\u2019il soutint alors eut l\u00e0 ses raisons profondes. C\u2019est affirmer, et c\u2019est assez dire, que cette politique qui trouvait ailleurs ses tenants et ses aboutissants Antonis Samaras la soutenait tr\u00e8s personnellement <em>\u00e0 partir<\/em> de ce point subjectif de la hantise de la seconde mort \u00e0 conjurer par-dessus tout. Cela n\u2019est pas indiff\u00e9rent. Les effets sont l\u00e0\u00a0: <strong>le d\u00e9dain pour le principe de r\u00e9alit\u00e9 en constituerait la marque d\u2019origine et l\u2019\u00e9chec le sort final.<\/strong> S\u2019en \u00e9tonnera-t-on si l\u2019on s\u2019avise qu\u2019Antigone n\u2019eut cure de la mort d\u00e8s lors qu\u2019il fallait pr\u00e9server son fr\u00e8re de l\u2019effacement \u00e0 jamais de son nom\u00a0? Serait-il extravagant m\u00eame de penser que ce culte du symbolique port\u00e9 \u00e0 sa puissance derni\u00e8re puisse \u00e0 nouveau demain se muer en force mat\u00e9rielle de l\u2019extr\u00eame voulu pour lui-m\u00eame\u00a0<span style=\"color: #000000;\"><strong>?<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Publi\u00e9 dans le N\u00b0111 de Lacan Quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019imbroglio du sujet dans la chose publique par R\u00e9ginald Blanchet<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":6749,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[563],"tags":[1289,1144,1100,1290,1253,1293,1292,603,1291],"class_list":["post-6744","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-grec","tag-antonis-samaras","tag-fantasme","tag-force-materielle","tag-giorgos-papandreou","tag-maitre","tag-ratage","tag-referendum","tag-reginald-blanchet","tag-zone-euro"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6744","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6744"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6744\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7203,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6744\/revisions\/7203"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6749"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6744"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6744"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6744"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}