{"id":7593,"date":"2012-01-03T19:17:34","date_gmt":"2012-01-03T18:17:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=7593"},"modified":"2012-01-22T19:33:18","modified_gmt":"2012-01-22T18:33:18","slug":"lecture-dune-oeuvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/01\/lecture-dune-oeuvre\/","title":{"rendered":"Lecture d\u2019une \u0152uvre"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><span style=\"font-size: large;\"><strong>Londres, Tate Modern, Gerhard Richter\u00a0: Panorama<\/strong><\/span><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">&#8211; <\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em><strong>Pierre Naveau<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Publi\u00e9 dans le N\u00b0120 de Lacan Quotidien<!--more--><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Gerhard Richter est un peintre pour qui, \u00e9tant n\u00e9 en 1932, la guerre a \u00e9t\u00e9 un moment-cl\u00e9. La question, en effet, se pose\u00a0: Que peut la peinture par rapport \u00e0 l\u2019Histoire\u00a0? <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Panorama-entr\u00e9e-Tate-temp.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7595\" title=\"Panorama entr\u00e9e Tate temp\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Panorama-entr\u00e9e-Tate-temp.jpg\" alt=\"\" width=\"259\" height=\"194\" \/><\/a>Pendant un temps, Richter a peint \u00e0 partir de photographies, s\u2019appuyant sur elles en tant que supports de son inspiration. L\u2019exposition de Londres montre une s\u00e9rie de tableaux dans lesquels appara\u00eet une vari\u00e9t\u00e9 de gris. Le gris, a pu dire Richter, c\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019indiff\u00e9rence, le non-engagement, l\u2019absence d\u2019opinion\u00a0\u00bb. Quatre termes d\u00e9finissent, selon lui, cette tendance \u00e0 donner au gris le pas sur les autres couleurs\u00a0: la perte, le chagrin, la frustration et le d\u00e9go\u00fbt. Richter a peint, par exemple, le bombardement de Cologne pendant la guerre, des faits d\u2019armes des membres de la bande Baader-Meinhof ou la catastrophe du 11 septembre 2001. La dominante de ses tableaux est une sorte de brume qui irr\u00e9alise la r\u00e9alit\u00e9, qui donne au r\u00e9el une valeur de \u00ab\u00a0semblant\u00a0\u00bb. C\u2019est le mot que lui-m\u00eame utilise\u00a0: <em>Painting concerns itself exclusively with semblance<\/em>. Puis, il y eut le passage \u00e0 la couleur. Richter a peint ainsi des paysages, des montagnes, des mers, des ciels, des villes. Des couples \u2013 joyeux \u2013 s\u2019\u00e9battent. Les corps sont nus, mais \u2013 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de Francis Bacon ou de Lucian Freud<\/span><\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_7596\" style=\"width: 273px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Gerhard-Richter-Two-couples.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-7596\" class=\"size-full wp-image-7596 \" title=\"Gerhard Richter Two couples\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/Gerhard-Richter-Two-couples.jpg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"191\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-7596\" class=\"wp-caption-text\">Two Couples, Zwei Liebespaare, 1966, 115 cm x 160 cm Oil on canvas.<\/p><\/div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2013 sans que le trait de la nudit\u00e9 soit pour autant appuy\u00e9. Une \u00ab\u00a0\u00e9tudiante\u00a0\u00bb impudique perd quelque chose de son attitude provocatrice \u00e0 cause du gris de la brume qui efface les reliefs. C\u2019est comme s\u2019il cherchait \u00e0 rendre invisible le visible. <span style=\"color: #ff0000;\">Le paradoxe de cet \u00e9trange voile jet\u00e9 sur le r\u00e9el peut \u00eatre ainsi formul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Vous ne verrez pas ce que vous voulez voir\u00a0\u00bb<\/span>. L\u2019\u00e2me de la peinture de Gerhard Richter est la rencontre avec l\u2019incompr\u00e9hensible. Cela donne l\u2019impression qu\u2019\u00e0 la fin des fins, les visiteurs de l\u2019exposition ne peuvent rien y comprendre. Il y a une telle diversit\u00e9\u00a0! Des tableaux figuratifs et des tableaux abstraits. Certains repr\u00e9sentent quelque chose et d\u2019autres, rien du tout. Mais, que ses tableaux soient figuratifs ou abstraits, la mani\u00e8re de peindre de Richter tend vers l\u2019abstraction, c\u2019est-\u00e0-dire, comme il le dit lui-m\u00eame, vers quelque chose de myst\u00e9rieux qui \u00e9chappe \u00e0 la description et \u00e0 la prise du concept. La brume cr\u00e9e une atmosph\u00e8re qui serait celle d\u2019un songe et donne un sentiment d\u2019illusion. <span style=\"color: #ff0000;\">Son d\u00e9sir est d\u2019aller au-del\u00e0 de ce qui est, d\u2019aller vers ce qui n\u2019existe pas et d\u2019atteindre ainsi le hors sens et le hors temps. <\/span>Le n\u00e9ant est au bout du chemin. Sur son auto-portrait lui-m\u00eame, on ne <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/\u00e9tudiante-Richter-temp.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-7597\" title=\"\u00e9tudiante Richter temp\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/\u00e9tudiante-Richter-temp.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"148\" \/><\/a>distingue pas les traits du visage du peintre. Il se montre et il se cache. L\u2019\u00eatre du peintre devient insaisissable. Richter insiste sur le fait qu\u2019il en passe fr\u00e9quemment par l\u2019\u00e9chec qui fait ainsi partie de sa pratique. Il lui faut alors laisser ce qu\u2019il a commenc\u00e9 et recommencer. <span style=\"color: #ff0000;\">Le ratage est, pour lui, in\u00e9vitable.<\/span> La rencontre avec Marcel Duchamp a marqu\u00e9 Gerhard Richter. Ainsi a-t-il repris le th\u00e8me de la femme qui descend un escalier \u2013 nue. J\u2019aime beaucoup \u00ab\u00a0La liseuse\u00a0\u00bb qui fait penser, comme il l\u2019indique lui-m\u00eame, \u00e0 un Vermeer. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Le mot de Richter est\u00a0: la qualit\u00e9.<\/span> C\u2019est ce qu\u2019il cherche. Il n\u2019est satisfait que s\u2019il la trouve. Gerhard Richter a travers\u00e9 deux syst\u00e8mes totalitaires, le nazisme et le stalinisme. Sa m\u00e8re \u00e9tait libraire et son p\u00e8re instituteur. <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/G-Richter-temp-Tate1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-7599\" title=\"G Richter temp Tate\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/G-Richter-temp-Tate1.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"228\" \/><\/a>Mais, affirme-t-il, il n\u2019a pas eu de p\u00e8re, un p\u00e8re qui dit non, pr\u00e9cise-t-il. C\u2019est pourquoi, il aime les commandements\u00a0: <em>Thou shalt<\/em> and <em>Thou shalt not<\/em>. <span style=\"color: #ff0000;\">Il a essay\u00e9 de peindre la Shoah. Il n\u2019y est pas arriv\u00e9. Il reconna\u00eet qu\u2019il ne peut y en avoir aucune repr\u00e9sentation. <\/span>Ce th\u00e8me, dit-il bizarrement, <em>it\u2019s like a cudgel<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0c\u2019est comme une trique\u00a0\u00bb. En 1995, il a re\u00e7u, \u00e0 J\u00e9rusalem, le Wolf Prize des Arts. Richter refuse ce qu\u2019il y a de spectaculaire dans l\u2019image. Il \u00e9vide le spectacle que l\u2019image pourrait offrir au regard. <span style=\"color: #ff0000;\">Il ne croit pas au p\u00e8re, mais il croit au hasard.<\/span> Quand il peint, dit-il, il se saisit de ce que le hasard fait surgir. C\u2019est pour cette raison qu\u2019il aime la musique de John Cage, qui restitue au hasard sa fonction. Il partage avec John Cage une certaine r\u00e9ticence \u00e0 parler. Il a fait sienne cette phrase de John Cage\u00a0: <em>Je n\u2019ai rien \u00e0 dire et je le dis<\/em>. L\u2019exposition Gerhard Richter se tient \u00e0 Londres du 6 octobre 2011 au 8 janvier 2012. <span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Elle sera au Centre Pompidou du 6 juin au 24 septembre 2012.<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">\n<p align=\"JUSTIFY\">Londres, Tate Modern, Gerhard Richter\u00a0: Panorama&#8211; Pierre Naveau<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0Publi\u00e9 dans le N\u00b0120 de Lacan Quotidien<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[1431,1491,691,1433,1293,1384,192],"class_list":["post-7593","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniques","tag-gerhard-richter","tag-john-cage","tag-peinture","tag-pierre-naveau","tag-ratage","tag-semblant","tag-shoah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7593"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7893,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7593\/revisions\/7893"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7593"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}