{"id":7919,"date":"2012-01-11T21:35:00","date_gmt":"2012-01-11T20:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=7919"},"modified":"2012-01-23T21:35:24","modified_gmt":"2012-01-23T20:35:24","slug":"critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/01\/critique\/","title":{"rendered":"CRITIQUE"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #ff0000;\"><em><strong>A Dangerous Method<\/strong><\/em><\/span><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>, la psychanalyse n\u2019est pas une sagesse<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>par Sophie Marret<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Publi\u00e9 dans le N\u00b0126 de Lacan Quotidien<!--more--><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le film divise la critique. Elle voudrait souvent comprendre les tourments des protagonistes, Jung et Otto Gross notamment, comme signature de l\u2019\u00e9chec de la psychanalyse. C\u2019est oublier que le personnage de Freud y rappelle qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019analyste sans n\u00e9vrose, et m\u00e9conna\u00eetre la vis\u00e9e plus subtile \u00e0 mon sens de ce film. La \u00ab\u00a0m\u00e9thode dangereuse\u00a0\u00bb fait \u00e9cho au rappel de la c\u00e9l\u00e8bre remarque de <strong>Freud<\/strong> lors de son voyage aux \u00c9tats-Unis, \u00ab\u00a0<strong>ils ne savent pas que nous leur apportons la peste<\/strong>\u00a0\u00bb. <span style=\"color: #0000cc;\">Nulle pr\u00e9tention de la psychanalyse \u00e0 faire rentrer le d\u00e9sir dans le rang\u00a0; l\u2019interpr\u00e9tation sexuelle de l\u2019inconscient, que Freud soutient contre Jung, est r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 une \u00e9thique, en rupture avec la morale victorienne. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C\u2019est pourquoi, pour notre plus grand bonheur, le film emprunte <strong>les voies du grand roman anglais<\/strong>. Les h\u00e9ro\u00efnes de George Eliot ne sont pas loin, les m\u00e9andres de l\u2019intrigue amoureuse en son c\u0153ur, touchant aux complexit\u00e9s de l\u2019humain. L\u2019univers visuel fait penser \u00e0 une reprise de E.M. Forster par James Ivory. La limpidit\u00e9 de la langue anglaise nous projette ailleurs que dans l\u2019Autriche o\u00f9 les faits se sont d\u00e9roul\u00e9s. Le film et le roman dont il s\u2019inspire, si fortement ancr\u00e9s dans la grande tradition romanesque, y montent leur dimension fictionnelle. Il ne faut pas trop s\u2019arr\u00eater d\u2019ailleurs sur les sc\u00e8nes du d\u00e9but qui au mieux rel\u00e8vent d\u2019une clinique d\u2019un autre \u00e2ge, au pire indiquent par un certain artifice combien l\u2019exactitude n\u2019en est pas le propos. Sa m\u00e9connaissance des subtilit\u00e9s du diagnostic diff\u00e9rentiel concernant Jung et surtout Otto Gross ne rel\u00e8ve pas seulement d\u2019une ignorance, ni des errements de la clinique des d\u00e9buts (Freud pouvait-il ignorer la psychose d\u2019Otto Gross\u00a0?). <strong>Si le film maintient et mart\u00e8le pour chacun l\u2019estampille de n\u00e9vrose, c\u2019est que sa vis\u00e9e concerne l\u2019incertitude au regard de<\/strong> <strong>la norme morale, \u00e0 laquelle ouvre la psychanalyse, <\/strong><span style=\"color: #0000cc;\"><strong>au-del\u00e0 de la th\u00e9rapeutique<\/strong><\/span>. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">R\u00e9sumons\u00a0: Sabina Spielrein est gu\u00e9rie de ses sympt\u00f4mes bruyants par Jung en un temps o\u00f9 il suit l\u2019orientation de Freud. Il la conduit \u00e0 entrevoir leur ancrage dans le sens sexuel refoul\u00e9. Jung toutefois commence \u00e0 chercher une autre voie. Par ailleurs, pour soutenir le projet de Sabina de devenir m\u00e9decin, il fait d\u2019elle son associ\u00e9e, une coll\u00e8gue, avec laquelle au-del\u00e0 du temps des s\u00e9ances, il \u00e9change. Il lui parle et leur lien glisse vers une complicit\u00e9 qui les \u00e9carte du cadre analytique. Il lui laisse \u00e9galement entrevoir lors d\u2019une promenade <strong>un trait de sa jouissance<\/strong>, il bat le manteau de Sabina pour le d\u00e9lester du terreau dans lequel il est tomb\u00e9, provoquant un \u00e9moi sexuel chez Sabina comme celui qu\u2019elle \u00e9prouvait quand son p\u00e8re battait ses enfants. <strong>Une rencontre au-del\u00e0 du cadre des s\u00e9ances<\/strong>, un geste aux cons\u00e9quences impr\u00e9visibles, et l\u2019amour s\u2019en m\u00eale, pour chacun. Jung s\u00e9duit s\u2019en prot\u00e8ge, mais c\u2019est \u00e0 entrevoir ses propres d\u00e9sirs, sous le coup des interpr\u00e9tations de Freud (qu\u2019il commence juste \u00e0 rencontrer) et de celles d\u2019Otto Gross (que Freud lui a envoy\u00e9 pour une hospitalisation) que les choses se pr\u00e9cipitent. Il devient l\u2019amant de Sabina qui ayant ouvert une porte sur l\u2019imaginaire de son fantasme propose de s\u2019en satisfaire sexuellement. Il cesse de la recevoir, mais divis\u00e9 entre d\u00e9sir et devoir, tentera de rompre et de se glisser \u00e0 nouveau dans l\u2019habit de l\u2019analyste, ce qui lui vaudra d\u2019\u00eatre bless\u00e9 par la r\u00e9calcitrante \u00e0 l\u2019aide d\u2019un coupe-papier. Elle souffre de ses h\u00e9sitations, de cet abandon, de sa l\u00e2chet\u00e9, et se tourne vers Freud pour poursuivre son analyse, qu\u2019elle m\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 former elle-m\u00eame de nombreux analystes en Russie. <strong>Le film se d\u00e9tourne d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment d\u2019une compr\u00e9hension en termes de faute aux cons\u00e9quences ravageantes pour la patiente s\u00e9duite (et surtout s\u00e9ductrice),<\/strong> <strong>\u00e0 l\u2019instar de Freud qui jamais ne juge, pour replacer les protagonistes dans les canons des grandes amours interdites, sur fond d\u2019\u0152dipe aper\u00e7u, mais un peu au-del\u00e0 aussi, pour les montrer aux prises avec les particularit\u00e9s de leur jouissance m\u00eal\u00e9e \u00e0 la contingence de leurs sentiments.<\/strong> Sabina semble plut\u00f4t trouver satisfaction \u00e0 son lien particulier \u00e0 Jung, m\u00eame si loin d\u2019un \u00e9rotisme sublime, les sc\u00e8nes de fustigations font porter le regard sur une certaine gravit\u00e9 chez ce dernier, de l\u2019ennui peut-\u00eatre, pointant le c\u00f4t\u00e9 mis\u00e9rable du fantasme. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La peste<\/strong>, c\u2019est notamment celle-ci, qui conduit \u00e0 <span style=\"color: #0000cc;\">d\u00e9faire les id\u00e9aux<\/span>, \u00e0 <span style=\"color: #0000cc;\">placer chacun devant ses impasses<\/span>, <span style=\"color: #0000cc;\">les particularit\u00e9s de son d\u00e9sir<\/span>. Jung prit le parti de refermer cette porte, sans doute pouss\u00e9 sur une autre voie par la sp\u00e9cificit\u00e9 de son arrangement avec sa structure. Dans le film, Otto Gross fait le choix de suivre la pente d\u2019une jouissance illimit\u00e9e et finit mal, la clinique des psychoses ne sera pr\u00e9cis\u00e9e que plus tard par Lacan qui permettra une autre orientation \u00e0 cet \u00e9gard. <strong>Le film<\/strong> choisit d\u2019en faire des faits de n\u00e9vrose, pointant les difficult\u00e9s de la psychanalyse \u00e0 ses d\u00e9buts\u00a0: analystes difficilement analysables, ou encore insuffisamment analys\u00e9s, mais surtout il s\u2019attarde sur l\u2019humanit\u00e9 profonde des protagonistes, jusqu\u2019au malaise de Freud quand se profile la rupture avec Jung, il <strong>d\u00e9fend r\u00e9solument la position \u00e9thique de Freud qui, s\u2019il ne juge pas les hommes, ne c\u00e8de jamais sur une orientation vers le r\u00e9el<\/strong>. Bien qu\u2019informul\u00e9e encore, elle est en effet d\u00e9j\u00e0 sensible dans le portrait trac\u00e9 de lui. C\u2019est ainsi qu\u2019au-del\u00e0 des particularit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque, de ses balbutiements, de ses errements, il pointe que le d\u00e9sir est affaire complexe que l\u2019analyse ne peut pr\u00e9tendre normaliser, ou \u00e9radiquer, m\u00eame si une analyse conduite \u00e0 son terme peut, en pr\u00e9cisant pour chacun ce dont il jouit, en \u00e9viter les ravages les plus aveugles. <span style=\"color: #0000cc;\">Lacan fit des pas d\u00e9cisifs lorsqu\u2019\u00e9cartant toute analyse fond\u00e9e sur le contre-transfert, il fonda le transfert sur le semblant d\u2019objet<\/span>, cherchant \u00e0 obtenir que l\u2019incidence du fantasme de l\u2019analyste sur la cure soit r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant, au profit du d\u00e9sir de l\u2019analyste. C\u2019est par une analyse men\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 une conclusion, qui d\u00e9gage comment le sujet s\u2019oriente du sinthome que l\u2019analyste a plus de chances de s\u2019en tenir \u00e0 cette orientation \u00e9thique. <strong>La fin de la cure est n\u00e9anmoins franchissement des id\u00e9aux, d\u00e9compl\u00e9tude de l\u2019Autre, ouverture sur l\u2019irr\u00e9sorbable du r\u00e9el, elle ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 faire des analystes des sages, elle ne les pr\u00e9serve pas absolument de la contingence des sentiments et du d\u00e9sir, des ratages, des errements<\/strong>. C\u2019est au r\u00e9el \u0153uvrant au c\u0153ur de la psychanalyse, \u00e0 une vision d\u00e9sid\u00e9alis\u00e9e mais profond\u00e9ment humaine de celle-ci que nous convie le film, tout en tenant ferme la barre de l\u2019orientation freudienne<span style=\"color: #ff0000;\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">A Dangerous Method, la psychanalyse n\u2019est pas une sagesse<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">par Sophie Marret<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0Publi\u00e9 dans le N\u00b0126 de Lacan Quotidien<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[301],"tags":[],"class_list":["post-7919","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7919","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7919"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7919\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7921,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7919\/revisions\/7921"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7919"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7919"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7919"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}