{"id":7927,"date":"2012-01-12T21:46:53","date_gmt":"2012-01-12T20:46:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=7927"},"modified":"2012-01-23T21:50:30","modified_gmt":"2012-01-23T20:50:30","slug":"discretion-critique-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/01\/discretion-critique-2\/","title":{"rendered":"DISCR\u00c9TION CRITIQUE"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><strong style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif; color: #ff0000;\">L\u2019\u00e9claircie de la pr\u00e9sence par\u00a0<\/strong><strong style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif; color: #0000cc;\">Christiane Alberti<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #0000cc;\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Publi\u00e9 dans le N\u00b0127 de Lacan Quotidien<!--more--><\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<strong style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif;\">On n\u2019approche pas ais\u00e9ment <\/strong><em style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif;\"><strong>L\u2019\u00c9claircie<\/strong><\/em><strong style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif;\">.<\/strong><span style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif;\"> C\u2019est par un dispositif pictural surprenant, qu\u2019il nous est donn\u00e9 de l\u2019appr\u00e9hender, une mani\u00e8re de peinture qui nous ravit \u00e0 la vie romanesque. Alors qu\u2019il est d\u2019embl\u00e9e et constamment question de fictions de l\u2019enfance, de rencontres amoureuses, de peinture ou de musique divines convoquant tous les sens, comme autant d\u2019\u00e9v\u00e9nements de corps gratuits, enfantins, g\u00e9n\u00e9reux, intimes, le tableau central du livre de <\/span><span style=\"color: #ff0000;\">Philippe Sollers<\/span><span style=\"font-size: small; font-family: Calibri, sans-serif;\"> nous \u00e9loigne peu \u00e0 peu de l\u2019\u00e9vidence de la vie qui palpite, pour nous faire reculer vers le myst\u00e8re de l\u2019\u00e9claircie.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Qui sait comment nous ferions l\u2019amour sans le miracle de la litt\u00e9rature\u00a0?\u00a0 Sans la <span style=\"color: #0000cc;\">cristallisation<\/span> n\u00e9e de <strong>Stendhal<\/strong>, forgeant d\u2019un seul mot une nouvelle r\u00e9alit\u00e9\u00a0? Philippe Sollers nous entra\u00eene vers un autre questionnement, essentiel, \u00e0 mes yeux, dans ce livre. <strong>Que serions-nous sans l\u2019<\/strong><span style=\"color: #ff0000;\"><em><strong>Olympia <\/strong><\/em><\/span><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>de Manet\u00a0<\/strong><\/span><strong>? Que seraient les femmes, une femme\u00a0?<\/strong> Il ne s\u2019agit point de l\u2019histoire d\u2019un genre pictural mais de la question du regard inaugur\u00e9 par Manet, \u00ab\u00a0premier dans la renaissance de l\u2019art\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019une belle jeune femme, s\u2019il n\u2019y a pas un Manet ou un Picasso pour la voir\u00a0?\u00a0\u00bb. Qu\u2019est ce qu\u2019une femme sans un homme <em>peintre <\/em>pour la reconna\u00eetre\u00a0<em>?<\/em> Une image qui vieillit \u00e0 vue d\u2019\u0153il\u2026 r\u00e9pond l\u2019auteur, tandis qu\u2019avec Picasso et Manet, d\u2019un coup de pinceau, \u00ab\u00a0L\u2019instantan\u00e9 transperce la beaut\u00e9 et devient l\u00e9gende\u00a0\u00bb. Sollers rapporte ici ce fragment o\u00f9 Suzanne Manet surprend \u00c9douard en train de suivre une mince jeune femme sur les boulevards, ce dernier lui r\u00e9pond du tac au tac\u00a0: \u00ab\u00a0Je croyais que c\u2019\u00e9tait toi\u00a0!\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L\u2019<em>Olympia <\/em>est purement et simplement une femme nue qui nous fait face. Elle nous d\u00e9visage d\u2019un regard noir, effront\u00e9, provocateur, qui porte au plus pr\u00e8s de nous-m\u00eames. <span style=\"color: #0000cc;\">Image, ni id\u00e9alis\u00e9e, ni sublim\u00e9e, impliquant nulle mythologie, mais une pure pr\u00e9sence, une absence de sens, l\u2019envers de la <\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em>V\u00e9nus <\/em><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">du Titien exhibant sa nudit\u00e9<\/span>, comme l\u2019a si bien montr\u00e9 <strong>Daniel Arasse<\/strong>. Les femmes de\u00a0 Manet (Victorine, Berthe, M\u00e9ry\u2026.et les autres) nous regardent et nous percutent, telle <strong>la serveuse du <\/strong><em><strong>Bar aux Folies-Berg\u00e8res<\/strong><\/em>, elles visent\u00a0 notre d\u00e9sir comme le c\u0153ur de l\u2019\u00eatre. Manet nous invite \u00e0 ne pas d\u00e9tourner notre regard, Sollers restitue ce mouvement de v\u00e9rit\u00e9, nous faisant face et regardant froidement la bureaucratie culturelle dominante qui se voue \u00e0 fr\u00e9quenter les tableaux sans les voir, \u00e0 lire pour oublier aussit\u00f4t, qui n\u2019\u00e9coute, ni n\u2019entend rien, ne veut pas savoir. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #0000cc;\">Le lecteur, tout comme celui qui regarde\u00a0 l\u2019<\/span><span style=\"color: #0000cc;\"><em>Olympia<\/em><\/span><span style=\"color: #0000cc;\">, est ainsi renvoy\u00e9, non pas au miroir, refl\u00e9tant son image de fille, de s\u0153ur, mais \u00e0 la pes\u00e9e de sa pr\u00e9sence contingente dans le monde, absence \u00e0 soi-m\u00eame<\/span>. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Sollers fait de Manet celui qui a su extraire<\/strong> \u00ab\u00a0<strong>Le noir comme lumi\u00e8re, dans une jolie veuve, une jolie s\u0153ur<\/strong> \u00bb. Manet inaugure, selon lui, une \u00e9claircie sans pr\u00e9c\u00e9dent qui anime d\u00e9sormais notre espace et notre temps. Chez lui, tout est au dehors, il ne cherche pas une profondeur mais \u00ab\u00a0<strong>il montre une \u00e9vidence sortant du noir, une \u00e9clatante lumi\u00e8re<\/strong>\u00a0\u00bb. En saisissant \u00ab\u00a0la surface, la rencontre, la vibration, le vide, l\u2019\u00e9clat, l\u2019instant\u00a0\u00bb, Manet, \u00ab\u00a0sorte de Dieu grec\u00a0?\u00a0\u00bb, regarde \u00ab\u00a0vers l\u2019int\u00e9rieur, dans l\u2019\u00e9claircie de ce qui vient en pr\u00e9sence\u00a0\u00bb. Pour celui qui adore \u00ab\u00a0<strong>la sant\u00e9 du vide<\/strong>\u00a0\u00bb, il s\u2019agit d\u2019extraire, d\u2019accentuer cette pr\u00e9sence sur fond d\u2019\u00ab\u00a0une telle intensit\u00e9 d\u2019absence\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le noir ne fait que cacher la femme et ses liens avec ce que la psychanalyse appelle le r\u00e9el. <strong>Ce r\u00e9el l\u00e0, f\u00e9minise<\/strong>. Il ne s\u2019agit pas d\u2019histoires ni de personnages mythiques, mais d\u2019\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000cc;\">une femme saisie, chaque fois, dans son \u00eatre-l\u00e0, ignor\u00e9 d\u2019elle-m\u00eame. Son l\u00e0.<\/span>\u00a0\u00bb Elle est <em>sans Pourquoi <\/em>et se situe d\u2019embl\u00e9e dans un hors-la-loi. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L\u2019existence serait donc un tableau envahi par le noir, \u00ab\u00a0intensit\u00e9 de ce noir sans lequel il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9claircie\u00a0\u00bb. Ni idylliques, ni morbides, les tableaux chers au narrateur\u00a0 \u2013\u00a0 sa pr\u00e9sence d\u2019enfant sous le c\u00e8dre, la jolie s\u0153ur Anne \u00e0 peine visible, Lucie, l\u2019amoureuse,\u00a0 se superposent pour devenir \u00e0 la fois clairs et troublants. Les r\u00eaves incestueux, l\u2019amour clandestin, y \u00e9chappent au binaire\u00a0 interdiction-permission, la distance entre les sexes y est sans mesure. C\u2019est la pr\u00e9sence r\u00e9elle que Philippe Sollers poursuit, tout au long de son livre et de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons.\u00a0 De m\u00eame que pour le narrateur de <em>La Recherche\u2026<\/em> le baiser tant attendu de sa m\u00e8re, le soir, est comme une <em>hostie<\/em>, une <em>communion<\/em>, une <em>pr\u00e9sence r\u00e9elle<\/em>,\u00a0 les baisers profonds de Lucie, les rencontres amoureuses tiennent lieu de preuve pour le d\u00e9sir, la v\u00e9ritable\u00a0 passion int\u00e9rieure. Ils ne trompent pas sur la pr\u00e9sence. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il ne s\u2019agit donc pas dans cet app\u00e9tit de la vie dont le livre vibre de part en part, du plaisir de l\u2019instant, du transitoire, du nouveau, du\u00a0 fugitif (la mode, l\u2019opinion) mais de <strong>saisir quelque chose d\u2019\u00e9ternel<\/strong>, qui est ni en de\u00e7\u00e0, ni au-del\u00e0 de l\u2019instant mais en lui-m\u00eame.\u00a0 <strong>Sollers \u00e9crit sur la part obscure de l\u2019\u00eatre, qui en nous remue sourdement, qui ne voit pas la lumi\u00e8re mais refl\u00e8te pourtant l\u2019\u00e9claircie, un feu noir, dont le narrateur a senti, tout enfant, le poids, sous le c\u00e8dre b\u00e9ni<\/strong><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>.<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019\u00e9claircie de la pr\u00e9sence par\u00a0Christiane Alberti<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Publi\u00e9 dans le N\u00b0127 de Lacan Quotidien<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":7930,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[247,1422,263],"class_list":["post-7927","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","tag-christiane-alberti","tag-leclaircie","tag-philippe-sollers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7927"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7927\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7933,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7927\/revisions\/7933"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7930"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}