{"id":8877,"date":"2012-02-19T21:06:32","date_gmt":"2012-02-19T20:06:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=8877"},"modified":"2012-04-23T22:01:52","modified_gmt":"2012-04-23T20:01:52","slug":"la-rose-des-livres-le-gide-de-ph-hellebois-par-nathalie-georges-lambrichs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/02\/la-rose-des-livres-le-gide-de-ph-hellebois-par-nathalie-georges-lambrichs\/","title":{"rendered":"La Rose des Livres &#8211; Le Gide de Ph. Hellebois par Nathalie Georges Lambrichs"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #33cccc;\"> <strong>\u00ab\u00a0Il faut porter jusqu\u2019\u00e0 la fin toutes les id\u00e9es qu\u2019on soul\u00e8ve\u00a0\u00bb <em>Paludes<\/em>.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>El\u00e9gant, sobre de forme et prodigue de d\u00e9tails, dense et limpide,<a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Lacan-Lecteur-Gide1.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-thumbnail wp-image-8880 alignright\" title=\"Lacan Lecteur Gide\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Lacan-Lecteur-Gide1-150x150.gif\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a> tel est <span style=\"color: #ff0000;\"><em>Lacan lecteur de Gide<\/em><\/span>. Impossible de ne pas penser que Philippe Hellebois, son auteur, avait une affaire s\u00e9rieuse avec l\u2019un et l\u2019autre, Gide ou \u00ab\u00a0l\u2019homme couvert de livres\u00a0\u00bb et Lacan, qui a consacr\u00e9 \u00e0 ce dernier un \u00e9crit en surplomb, puisque appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019essai de psychobiographie qui devait former ce compl\u00e9ment de son \u0153uvre que Gide appelait de ses v\u0153ux et qu\u2019il sut faire cristalliser\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne m\u2019est pas arriv\u00e9 souvent de renoncer\u00a0:\u00a0un d\u00e9lai, c\u2019est tout ce qu\u2019obtient de moi la traverse<sup>1<\/sup>\u00a0\u00bb. Et voil\u00e0 que s\u2019offrait, au pr\u00e9sent, un Delay charg\u00e9 d\u2019avenir. De l\u00e0 \u00e0 prendre le d\u00e9sir \u00e0 la lettre, le pas \u00e9tait franchi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gide, Delay, Lacan, et Jacques-Alain Miller qui a pr\u00e9fac\u00e9 l\u2019ouvrage \u2013 mais aussi livr\u00e9 son commentaire du Gide de Lacan dans <em>La Cause freudienne<\/em> n\u00b025 \u2013 forment donc le quatuor auquel Philippe Hellebois ajoute sa lecture, gageure r\u00e9ussie, car loin de r\u00e9p\u00e9ter ou d\u2019obturer l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces lectures, il y invite, \u00e0 nouveaux frais, par sa construction en \u00e9toile dont chacune des cinq branches forme un <em>Holzweg<\/em>, comme par ses excursus, d\u00e9tails grossis qui, assum\u00e9s comme le go\u00fbt personnel de l\u2019auteur, n\u2019en ravivent que mieux, avec cette mesure nouvelle, la structure de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Magnifique, l\u2019incipit \u00e9quivoque\u00a0: \u00ab\u00a0<em>nun bin ich endlich geborgen\u00a0<\/em>\u00bb emprunt\u00e9 aux <em>El\u00e9gies romaines<\/em>. Gide ne croyait pas si bien dire, faufilant le G cach\u00e9 (de Goethe comme de Gide) dans le <em>geboren<\/em>, pour rena\u00eetre de son \u00e9criture, et s\u2019il se dit marri, sur l\u2019instant de son lapsus, d\u2019avoir fait un \u00ab\u00a0gros contresens\u00a0\u00bb, il finit, un demi-si\u00e8cle plus tard, par affirmer que Goethe, sans doute, ne l\u2019e\u00fbt point d\u00e9savou\u00e9.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Epuiser son image m\u00eame<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puiser,\u00a0 \u00e9puiser. Il puise depuis toujours dans les livres sa manne, il se soumet aux influences qui le r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 lui-m\u00eame en tant qu\u2019il se veut pas tant singulier que porteur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre au plus grand nombre (p. 87) et, en m\u00eame temps, il se voue \u00e0 \u00e9puiser, et l\u2019image qui l\u2019\u00e9taye (cf p.89), et la volupt\u00e9 qui le subjugue. Ainsi Lacan fera de Gide le fl\u00e9au partageant le d\u00e9sir et la jouissance (p.92).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je ne d\u00e9florerai pas cette lecture, profitable en tous ses d\u00e9tours, mais je ferai, en mouche de ce coche, une station suppl\u00e9mentaire \u00e0 la note 2 des pages 471-72 des <em>Ecrits<\/em> o\u00f9 se condense le style caract\u00e9ristique de la m\u00e9thode de Lacan. Je le cite\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cDic cur hic (l\u2019autre Ecole\u201d, \u00e9pigraphe d\u2019un <em>Trait\u00e9 de la contingence<\/em>, paru en 1895 (Paris, Librairie de l\u2019Art ind\u00e9pendant, 11, rue de la Chauss\u00e9e-d\u2019Antin), o\u00f9 la dialectique de cet exemple [le nombre deux se r\u00e9jouit d\u2019\u00eatre impair] est discut\u00e9e (p. 41). \u0152uvre d\u2019un jeune homme nomm\u00e9 Andr\u00e9 Gide dont on ne peut que regretter qu\u2019il se soit d\u00e9tourn\u00e9 des probl\u00e8mes logiques pour lesquels cet essai le montrait si dou\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De fait, mais ce fait n\u2019est pas si ais\u00e9 \u00e0 situer, la premi\u00e8re \u00e9dition de <a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/md2070364364.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-8879 alignright\" title=\"md2070364364\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/md2070364364.jpg\" alt=\"\" width=\"78\" height=\"130\" \/><\/a><em>Paludes<\/em> (achev\u00e9 d\u2019imprimer\u00a0: 5 mai 1895) comportait en faux titre \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de la contingence\u00a0\u00bb. Or il advint que dans l\u2019\u00e9dition de 1899, Gide retrancha le faux-titre, et y substitua le sous-titre \u00ab\u00a0Trait\u00e9 du vain d\u00e9sir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le faux-titre\u00a0: plac\u00e9e en d\u00e9but d&rsquo;ouvrage, cette page rappelle uniquement le titre et l&rsquo;\u00e9ventuel sous-titre de l&rsquo;ouvrage. La fonction du faux titre est de donner du souffle et de l\u2019espace au livre par le m\u00e9nagement de blancs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quand il d\u00e9signe d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment <em>Paludes<\/em>, qui s\u2019est donc appel\u00e9 <em>Paludes<\/em> d\u00e8s sa premi\u00e8re \u00e9dition, par son sous-titre cit\u00e9 en faux-titre \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de la contingence\u00a0\u00bb, Lacan entend bien nous indiquer l\u2019importance de cet effacement \u2013 notons qu\u2019il ne prend m\u00eame pas la peine de citer le nouveau sous-titre venu \u00e0 la place du premier. Plut\u00f4t indique-t-il ici le lieu d\u2019un carrefour, premier vide auquel succ\u00e9dera celui, traumatique, creus\u00e9 par l\u2019abolition qui r\u00e9sultera de la destruction de sa correspondance amoureuse avec Madeleine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"right\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>La contingence restreinte saisie par Lacan<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lacan a en effet cern\u00e9 dans la vie d\u2019Andr\u00e9 Gide le moment o\u00f9 la contingence fit passer ce dernier du statut d\u2019enfant disgraci\u00e9, livr\u00e9 au sadisme informe de son auto\u00e9rotisme primaire, \u00e0 celui d\u2019enfant d\u00e9sir\u00e9 (<em>Le S\u00e9minaire<\/em>, livre V, <em>Les formations de l\u2019inconscient,<\/em> p. 258 et sq). Or cet \u00e9v\u00e9nement, qui fut certes, d\u2019une part, \u00ab\u00a0salvation\u00a0\u00bb, ne put \u00eatre, d\u2019autre part \u2013 pour avoir eu lieu \u00ab\u00a0sans m\u00e9diation\u00a0\u00bb \u2013 que marqu\u00e9 du trauma. Sa s doute l\u2019op\u00e9ration qui eut lieu fit-elle qu\u2019en ce point, l\u00e0 o\u00f9 il y avait eu un trou, une place se d\u00e9finissait\u00a0: la contingence avait eu lieu. Elle produirait, pourtant, un refus, car l\u2019enfant d\u00e9sir\u00e9 (s\u00e9duit par sa tante), Gide ne pourrait, lui, l\u2019\u00eatre. Il ne l\u2019aurait \u00e9t\u00e9, qu\u2019une fois, \u00e0 son insu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gide se ferait donc, sans le savoir, non pas le sujet des hasards de la rencontre, mais l\u2019objet de la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019\u00e9v\u00e9nement d\u00e9plac\u00e9. Parall\u00e8lement il choisirait de faire de la multitude des possibles la substance de son travail d\u2019\u00e9criture, prolif\u00e9ration insatiable et contrepoint n\u00e9cessaire d\u2019une jouissance qui, sans cette discipline, n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 que pure et rapide consomption.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 N\u2019\u00e9tait la m\u00e9moire incise de Lacan, cette contingence n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 que mensonge d\u2019\u00e9criture inaper\u00e7u, lettre pr\u00e9cipit\u00e9e \u2013 pass\u00e9e \u00e0 l\u2019as \u2013 dans le gouffre de l\u2019oubli, tandis que dans ce moment d\u2019effacement d\u2019une trace, ce qui se modelait logiquement, pour et par celui qui s\u2019\u00e9vertuerait \u00e0 devenir Andr\u00e9 Gide, \u00e9tait une matrice\u00a0: celle de l\u2019imitation de soi-m\u00eame, un soi-m\u00eame toujours inaccessible, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 insaisissable dans le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9v\u00e9nement contingent, vou\u00e9 \u00e0 se fixer et \u00e0 demeurer Un, irrattrapable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le miroir n\u2019y aura donc pas \u00e9t\u00e9 travers\u00e9, et le style de l\u2019\u00e9crivain n\u2019aura plus cess\u00e9 de manquer de s\u2019y ficher \u2013 il l\u2019e\u00fbt alors fracass\u00e9 \u2013, pour s\u2019y r\u00e9fracter, \u00e0 l\u2019infini. Au fil de la plume, l\u2019\u00e9criture aura couru apr\u00e8s la temporalit\u00e9 de l\u2019acte qu\u2019elle n\u2019aura atteint qu\u2019en se bouclant sur l\u2019\u0153uvre, interrompue par la mort, enfin et proprement inachev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Nathalie Georges-Lambrichs<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #808080;\"><sup>1<\/sup> Cit\u00e9 par Delay, II, 479, de <em>Si le grain ne meurt<\/em>, p. 357, \u00e0 rapprocher du \u00ab\u00a0Tant pis j\u2019agirai autrement\u00a0\u00bb. (Delay, II, 18), \u00e9crit dans son carnet de notes \u00e0 la date du 1<sup>er<\/sup> janvier 1891 sous le coup du refus majeur qu\u2019il essuyait de Madeleine.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> \u00ab\u00a0Il faut porter jusqu\u2019\u00e0 la fin toutes les id\u00e9es qu\u2019on soul\u00e8ve\u00a0\u00bb Paludes.<\/p>\n<p>El\u00e9gant, sobre de forme et prodigue de d\u00e9tails, dense et limpide,<a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Lacan-Lecteur-Gide1.gif\"><\/a> tel est Lacan lecteur de Gide. 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