{"id":9852,"date":"2012-04-03T07:22:34","date_gmt":"2012-04-03T05:22:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=9852"},"modified":"2012-04-06T19:14:38","modified_gmt":"2012-04-06T17:14:38","slug":"lart-de-lenfance-ou-lenfance-de-lart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/04\/lart-de-lenfance-ou-lenfance-de-lart\/","title":{"rendered":"L\u2019art de l\u2019enfance (ou L\u2019enfance, de l\u2019art)"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"right\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L\u2019art de l\u2019enfance (ou L\u2019enfance, de l\u2019art)<\/strong><\/span><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\" align=\"right\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Monique Amirault<\/strong><\/span><\/h2>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lacan-Quotidien-n\u00b0183-Monique-Amirault.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9837\" title=\"Te\u0301le\u0301chargement\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement-300x28.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"28\" srcset=\"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement-300x28.jpg 300w, https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><!--more--><\/p>\n<address style=\"text-align: right;\">L\u2019enfant et l\u2019artiste habitent le m\u00eame pays.<\/address>\n<address style=\"text-align: right;\">C\u2019est une\u00a0 contr\u00e9e sans\u00a0 fronti\u00e8res.\u00a0<\/address>\n<address style=\"text-align: right;\">Un lieu de transformations et de m\u00e9tamorphoses.<\/address>\n<address style=\"text-align: right;\">Les\u00a0 mots y vivent en vrac,\u00a0 se quittent ou se rassemblent en troupeaux de hasard.<\/address>\n<address style=\"text-align: right;\"><strong>Elzbieta, L\u2019Enfance de l\u2019art<\/strong><\/address>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J<\/strong>ean-Jacques Semp\u00e9 dont les dessins et aquarelles viennent de faire l\u2019objet d\u2019une exposition \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de ville de Paris, t\u00e9moigne remarquablement de ce que fut son enfance et, au-del\u00e0, de ce qu\u2019est une enfance. Il en t\u00e9moigne, non seulement \u00e0 travers une partie de cette production foisonnante mais aussi et surtout dans ses propos, recueillis dans les interviews qu\u2019il donne, et tout particuli\u00e8rement dans l\u2019entretien avec Marc Lecarpentier publi\u00e9 dans le catalogue de l\u2019exposition, <em>Enfances<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une v\u00e9ritable le\u00e7on d\u2019enfance que donne Jean-Jacques Semp\u00e9, une le\u00e7on lacanienne propre \u00e0 \u00e9clairer les propos de Lacan sur l\u2019\u00e9ducation, lorsque celui-ci avance\u00a0: \u00ab\u00a0\u00a0A la v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019est pas forc\u00e9 que l\u2019homme soit \u00e9duqu\u00e9. Il fait son \u00e9ducation tout seul. D\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, il s\u2019\u00e9duque. Il faut bien qu\u2019il apprenne quelque chose, qu\u2019il en bave un peu. Les \u00e9ducateurs sont des gens qui pensent pouvoir l\u2019aider. Ils consid\u00e8rent m\u00eame qu\u2019il y a un minimum \u00e0 donner pour que les hommes soient des hommes et que cela passe par l\u2019\u00e9ducation. Ils n\u2019ont pas tort du tout. [\u2026] \u00bb (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"right\"><strong><em> L\u2019homme fait son \u00e9ducation tout seul<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A<\/strong>ujourd\u2019hui l\u2019enfant est devenu, avec l\u2019appui aveugle des politiques, un individu anomalique, <em>Alien<\/em> inqui\u00e9tant dont il faut r\u00e9duire les pouvoirs et la libert\u00e9, qu\u2019il faut rectifier avant m\u00eame, si possible, que ces soi-disant anomalies ne se manifestent. \u00ab\u00a0Les enfants de Skinner\u00a0\u00bb n\u2019ont plus droit \u00e0 l\u2019enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019ailleurs, le signifiant \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb lui-m\u00eame n\u2019est-il pas marqu\u00e9 d\u2019une certaine d\u00e9su\u00e9tude, d\u2019une nostalgie d\u2019avant le temps o\u00f9 la science s\u2019en est empar\u00e9\u00a0? Est-il encore possible d\u2019\u00eatre juste un enfant, un enfant\u00a0 avec son myst\u00e8re et ses trouvailles, promesse de vie et d\u2019avenir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai cependant que Lacan, il y a un demi-si\u00e8cle, s\u2019\u00e9levait contre l\u2019assignation du petit sujet \u00e0 \u00eatre un \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb et consid\u00e9rait que c\u2019\u00e9tait une erreur de l\u2019inviter \u00e0 se ranger sous ce signifiant \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb jugeant que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 \u00ab\u00a0la nouvelle r\u00e9ponse que lui donne l\u2019endoctrination de forme renouvel\u00e9e de la r\u00e9pression psychologisante\u00a0\u00bb. Car, disait-il, \u00ab\u00a0ce qui me fait me pr\u00e9cipiter comme enfant, c\u2019est l\u2019\u00e9vitement de la v\u00e9ritable r\u00e9ponse. [\u2026] Au <em>Que suis-je<\/em>, il n\u2019y a pas d\u2019autre r\u00e9ponse au niveau de l\u2019Autre que le <em>laisse-toi-\u00eatre\u00a0\u00bb.<\/em> Lacan consid\u00e9rait, en effet, qu\u2019\u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9tant, faut le temps de se faire \u00e0 \u00eatre\u00a0\u00bb \u00a0et non pas le temps de se faire \u00e0 \u00eatre\u2026 un enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Car celui que l\u2019on stigmatise du terme d\u2019enfant est tout d\u2019abord un \u00ab\u00a0sujet \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0\u00bb, un sujet travaill\u00e9 par le langage, par l\u2019\u00e9nigme de ce qui n\u2019a pas de r\u00e9ponse dans le signifiant, par un savoir \u00e0 trouver et \u00e0 construire. Un chercheur, un m\u00e9taphysicien, un inventeur de solutions, entrav\u00e9, corset\u00e9 dans ce signifiant \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb par ceux qui \u00ab\u00a0veulent faire tenir droit ce qui, \u00e0 quelque titre, se trouve dans une position un peu biscornue\u00a0\u00bb (3). L\u2019enfance n\u2019est pas un vert paradis. Elle est le temps des angoisses, des cauchemars, des phobies, des sympt\u00f4mes, le temps des questions, le temps o\u00f9 s\u2019\u00e9laborent des r\u00e9ponses. Car le petit humain nait <em>malentendu<\/em>, fruit de deux <em>parl\u00eatres<\/em> \u00ab\u00a0qui parl\u00eatraient \u00e0 qui mieux mieux\u00a0\u00bb. Il doit en \u00e9merger comme sujet propre, c\u2019est-\u00e0-dire, au mieux, comme sympt\u00f4me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette exp\u00e9rience intime, cette op\u00e9ration de structure n\u2019est autre que le fondement m\u00eame de son \u00e9ducation. Il va y prendre une part in\u00e9dite, toujours inventive, avec l\u2019appui des signifiants qu\u2019il incorpore, du bain de langage trouv\u00e9 dans sa famille, des rencontres contingentes dont il va faire usage pour s\u2019\u00e9duquer. \u00ab\u00a0L\u2019enfant s\u2019\u00e9duque lui-m\u00eame\u00a0\u00bb veut dire que nul autre que lui ne peut trouver la formule qui sera la sienne pour nouer le r\u00e9el, le symbolique, et l\u2019imaginaire. Formule d\u00e9routante parfois pour les \u00ab\u00a0adultes\u00a0\u00bb que nous sommes devenus, une fois notre enfance sombr\u00e9e dans l\u2019oubli du refoulement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"right\"><strong><em>Il faut bien qu\u2019il en bave un peu<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>E<\/strong>t pour cela, faut-il n\u00e9cessairement que l\u2019enfant \u00ab\u00a0en bave un peu\u00a0?\u00a0\u00bb Oui, il est certain que pour apprendre quelque chose, le petit sujet en bave un peu. Cette id\u00e9e &#8211; \u00ab\u00a0qu\u2019il en bave un peu\u00a0\u00bb -, pourrait sembler partag\u00e9e avec les tenants des orthop\u00e9dies actuelles qui se font gloire de stimulations et de conditionnements intensifs pour normaliser le petit autiste, ou avec les comportementalistes qui font de la carotte et du b\u00e2ton les instruments de l\u2019\u00e9ducation. Ici, pour son bien, c\u2019est-\u00e0-dire pour le faire entrer dans le rang d\u2019une normalit\u00e9\u00a0 statistique factice, on n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 contraindre l\u2019enfant et \u00e0 lui en faire \u00ab\u00a0baver\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la psychanalyse, il ne s\u2019agit pas de cela. C\u2019est la prise dans le langage qui contraint le petit d\u2019homme, qui d\u2019une certaine mani\u00e8re lui en fait \u00ab\u00a0baver\u00a0\u00bb, prix de son humanisation, de sa production comme sujet. Elle se fait au prix d\u2019une op\u00e9ration complexe, d\u2019un choix forc\u00e9 qui ouvre \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation aux signifiants de l\u2019Autre et \u00e0 la castration. Y consentir, en \u00e9merger par la voie du refoulement et de la d\u00e9fense, en r\u00e9pondre\u00a0 par le fantasme, en d\u00e9duire une position sexu\u00e9e, en soutirer une jouissance intime, ne vont pas de soi. Pas plus que de refuser cette voie et d\u2019avancer, solitaire, en tra\u00e7ant le chemin \u00a0d\u2019une solution in\u00e9dite, sans le secours des discours \u00e9tablis. C\u2019est pour cette raison et afin que l\u2019enfant n\u2019en \u00ab\u00a0bave\u00a0\u00bb pas trop, que l\u2019analyste s\u2019offre \u00e0 l\u2019accompagner parfois sur la voie o\u00f9 se d\u00e9termine pour lui sa solution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"right\"><strong><em>L\u2019\u00e9ducation selon Semp\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>S<\/strong>emp\u00e9, quant \u00e0 lui, t\u00e9moigne d\u2019une enfance qu\u2019il dit \u00ab\u00a0terrible et am\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0lugubre et un peu tragique\u00a0\u00bb, une enfance qui \u00ab\u00a0n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 follement gaie\u00a0\u00bb, au point dit-il \u00ab\u00a0que je me demande encore comment j\u2019ai pu survivre\u00a0\u00e0 de tels moments \u00bb, moments de cris, de violences entre ses parents,\u00a0 moments de honte et de mis\u00e8re qui ont \u00e9t\u00e9 le lot de son enfance. Et si Semp\u00e9 a \u00ab\u00a0toujours r\u00eav\u00e9 d\u2019une vie familiale calme\u00a0\u00bb, l\u2019enfant qui d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, savait \u00e0 mesure que l\u2019heure avan\u00e7ait, que son p\u00e8re allait rentrer ivre et que les coups allaient se produire entre ses parents, que les hurlements de sa m\u00e8re allaient faire r\u00e9sonner le quartier, l\u2019enfant dont on se moquait \u00e0 cause de son b\u00e9gaiement et de ses tics, l\u2019enfant au chagrin sans mesure devant la mort d\u2019un insecte, l\u2019enfant menteur, chahuteur, l\u2019enfant qui portait la honte de la pauvret\u00e9 et des d\u00e9fauts de sa famille, cet enfant-l\u00e0 qui aujourd\u2019hui ferait l\u2019objet de l\u2019attention des \u00e9valuateurs et des soins des services sociaux et de la justice, cet enfant-l\u00e0, Jean-Jacques Semp\u00e9, dira\u00a0: \u00ab\u00a0mes parents ont \u00e9t\u00e9 essentiels pour moi\u2026ils m\u2019ont fait ma vie\u00a0\u00bb. Aucun ressentiment mais un amour inconditionnel\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0mes parents ont fait ce qu\u2019ils ont pu, les pauvres\u2026 Ils se sont d\u00e9brouill\u00e9s comme ils ont pu\u2026 Moi j\u2019ai d\u00e9barqu\u00e9 l\u00e0-dedans, j\u2019\u00e9tais un fils naturel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette donne peu r\u00e9jouissante, qu\u2019a donc fait Jean-Jacques Semp\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 \u00ab\u00a0une honte atroce\u00a0\u00bb de cette famille d\u00e9cal\u00e9e, il s\u2019agissait cependant de \u00ab\u00a0ne pas trahir\u00a0\u00bb, de cacher ce qui se passait chez lui. Et pour cela, ses capacit\u00e9s inventives furent tr\u00e8s t\u00f4t sollicit\u00e9es pour \u00ab\u00a0sauver les apparences\u00a0\u00bb\u00a0: mentir, \u00ab\u00a0faire le malin\u00a0\u00bb, le rigolo, masquer la douleur de la pauvret\u00e9 :\u00a0\u00ab\u00a0On est tr\u00e8s malheureux quand on est pauvre [\u2026] C\u2019\u00e9tait pire que pauvre. J\u2019\u00e9tais en manque. Je ne pouvais rien faire comme les autres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9vasion de ce monde douloureux se fait pour lui tr\u00e8s t\u00f4t par l\u2019\u00e9cole, havre de paix o\u00f9, s\u2019il\u00a0 faisait partie des cancres, il s\u2019amusait beaucoup. Avoir des copains, pour Semp\u00e9, \u00e9tait un recours indispensable au regard de ce qu\u2019il n\u2019avait pas, au point d\u2019inventer des mises en sc\u00e8nes fort dr\u00f4les destin\u00e9es \u00e0 faire croire qu\u2019il \u00e9tait entour\u00e9 d\u2019\u00ab\u00a0une masse de copains\u00a0\u00bb. Les \u00ab\u00a0copains\u00a0\u00bb du petit Nicolas, que lui apporte plus tard Goscinny, donnent l\u2019image de cette vie sociale id\u00e9ale dont r\u00eavait Semp\u00e9 enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il retrouve cet id\u00e9al du groupe de copains chez certains musiciens qu\u2019il d\u00e9couvre tr\u00e8s t\u00f4t gr\u00e2ce \u00e0 la radio, cette radio, dit-il, qui, avec les journaux,\u00a0 lui a sauv\u00e9 la vie et dont il se nourrit au point de se lever la nuit pour \u00e9couter la radio am\u00e9ricaine. Sa passion, tout jeune, pour Ray Ventura en t\u00e9moigne\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Sa musique \u00e9tait d\u2019une extr\u00eame gaiet\u00e9\u00a0 [\u2026] J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019ils formaient un groupe de copains, d\u2019amis, qui s\u2019aimaient beaucoup entre eux\u00a0\u00bb. Et les premiers musiciens qui accompagneront l\u2019enfant seront ceux qui se d\u00e9placent en bande, tels Aim\u00e9 Barelli ou Fred Edison, dans ces bus color\u00e9s que l\u2019on retrouvera dans ses dessins.\u00a0 \u00ab\u00a0Amoureux fou\u00a0\u00bb du jazz nouveau, fascin\u00e9 par Duke Ellington, la passion de la musique ne quittera jamais Semp\u00e9. Aujourd\u2019hui encore, d\u00e8s qu\u2019il entend de la musique, il se dit repris par son monde \u00ab\u00a0compl\u00e8tement branque, d\u00e9cal\u00e9. Je n\u2019existe plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s t\u00f4t, Semp\u00e9 cherchera des petits \u00ab\u00a0boulots\u00a0\u00bb. Rien ne le rebute et la qu\u00eate d\u2019un travail, afin de donner de l\u2019argent \u00e0 ses parents, devient son obsession. \u00ab\u00a0C\u2019est le hasard qui guide ma vie\u00a0\u00bb, dit-il, hasard provoqu\u00e9 cependant par la t\u00e9nacit\u00e9 extraordinaire du sujet et qui lui permet quelques bonnes rencontres, telle celle de Chaval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que Semp\u00e9 s\u2019\u00e9duque et apprend. Il fallait qu\u2019il se \u00ab\u00a0d\u00e9brouille\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Quand on adore les gens, on apprend forc\u00e9ment\u00a0\u00bb dit-il, \u00ab\u00a0J\u2019ai tout appris tout seul et je vous assure que j\u2019en ai souffert \u2026\u00a0\u00bb Il d\u00e9plore l\u2019absolue libert\u00e9 qui, \u00ab\u00a0par la force des choses\u00a0\u00bb, a \u00e9t\u00e9 la sienne. \u00ab\u00a0J\u2019aurais aim\u00e9 avoir des parents qui me forcent \u00e0 apprendre le piano, toute une quantit\u00e9 de choses qui en g\u00e9n\u00e9ral rebutent, qu\u2019ils m\u2019\u00e9duquent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, cette auto-\u00e9ducation inventive de Semp\u00e9 est support\u00e9e par une \u00e9thique remarquable qu\u2019il formule ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Quand nous \u00e9tions enfant, il fallait \u00eatre malin, il ne fallait pas \u00eatre un petit salaud, surtout pas. Il fallait seulement apprendre \u00e0 se d\u00e9brouiller tout seul\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Semp\u00e9 sait, d\u2019exp\u00e9rience, que \u00ab\u00a0l\u2019enfant trouve toujours\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(1) Jacques Lacan, <em>Le triomphe de la religion<\/em>, Seuil, 2005, p 71<\/p>\n<p>(2) Mauricio Tarrab, <em>Les enfants de Skinner<\/em>, Lacan quotidien, n\u00b0139<\/p>\n<p>(3)\u00a0 Jacques Lacan, <em>Le S\u00e9minaire, livre VIII, le Transfert<\/em>, Seuil, 1991, p. 283<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p><strong><br clear=\"ALL\" \/> <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019art de l\u2019enfance (ou L\u2019enfance, de l\u2019art) Monique Amirault <\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lacan-Quotidien-n\u00b0183-Monique-Amirault.pdf\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">\n","protected":false},"author":9,"featured_media":9928,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[181],"tags":[952,686,1625],"class_list":["post-9852","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts","tag-education","tag-enfance","tag-jean-jacques-sempe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9852","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9852"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9852\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9930,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9852\/revisions\/9930"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9928"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9852"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9852"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9852"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}