{"id":9947,"date":"2012-04-07T20:22:37","date_gmt":"2012-04-07T18:22:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=9947"},"modified":"2012-04-07T20:22:37","modified_gmt":"2012-04-07T18:22:37","slug":"chronique-%e2%96%aa-linconscient-dans-la-crise-%e2%96%aa-par-reginald-blanchet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/04\/chronique-%e2%96%aa-linconscient-dans-la-crise-%e2%96%aa-par-reginald-blanchet\/","title":{"rendered":"CHRONIQUE : \u25aa L\u2019INCONSCIENT DANS LA CRISE \u25aa  par R\u00e9ginald Blanchet"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>La mal\u00e9diction qui eut raison du Cr\u00e9tois Vaggelis Petrakis<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019information choqua. Elle \u00e9tait alarmante. Aux dires du ministre de la sant\u00e9 le taux de suicide en Gr\u00e8ce dans les cinq premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 2011 avait enregistr\u00e9 une hausse de 40% par rapport \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Cette hausse brutale, sans doute la plus forte de l\u2019Union europ\u00e9enne<sup>1<\/sup> aura fait passer le taux de suicide global pour le pays de 2.8 \u00e0 presque 6 pour 100.000 habitants<sup>2<\/sup>. Il reste l\u2019un des taux les plus bas, quoique vraisemblablement sous-\u00e9valu\u00e9, d\u2019Europe et d\u2019Occident, les U.S.A. enregistrant un taux de 10 suicides pour 100.000 habitants. On tiendra pour \u00e9tablie l\u2019orientation forte \u00e0 la hausse des suicides et sa corr\u00e9lation \u00e9troite avec la situation de crise \u00e9conomique grave qui s\u00e9vit en Gr\u00e8ce. On a l\u00e0 la confirmation du fait de soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 anciennement \u00e9tudi\u00e9 par Emile Durkheim et\u00a0Maurice Halbwachs, parmi les premiers, et encore soulign\u00e9 s\u2019il en \u00e9tait besoin par les derni\u00e8res enqu\u00eates disponibles. Il est de fait que, s\u2019agissant de la population en \u00e2ge de travailler, le nombre des suicides baisse pendant les cycles d\u2019expansion \u00e9conomique et cro\u00eet dans les p\u00e9riodes de r\u00e9cession<sup>3<\/sup>. Il est de fait aussi que, toutes choses \u00e9tant \u00e9gales d\u2019ailleurs, les ch\u00f4meurs se suicident 2 fois plus que les actifs employ\u00e9s<sup>4<\/sup> et 3 fois plus s\u2019agissant des hommes \u00e2g\u00e9s d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es<sup>5<\/sup>. Il est de fait encore que le suicide demeure de fa\u00e7on largement pr\u00e9dominante l\u2019affaire des hommes alors que la tentative de suicide reste l\u2019apanage des femmes, \u00e0 l\u2019exception notable de la Chine o\u00f9 le suicide des femmes, des veuves notamment, jouit d\u2019un statut honorifique pr\u00e9valent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces tendances g\u00e9n\u00e9rales ne doivent pas masquer pour autant les particularit\u00e9s locales d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne auquel l\u2019\u00e9pith\u00e8te de \u00ab\u00a0crises suicidaires\u00a0\u00bb semblerait appropri\u00e9e. C\u2019est ainsi qu\u2019en Gr\u00e8ce si la plupart des suicides ont lieu dans l\u2019Attique la Cr\u00e8te semble, de fa\u00e7on \u00e0 premi\u00e8re vue inexplicable, particuli\u00e8rement touch\u00e9e. H\u00e9rakleion, centre commercial de l\u2019\u00eele, enregistre une crue significative du taux des mortalit\u00e9s survenues par suicide. Le fait concerne de fa\u00e7on \u00e9lective les entrepreneurs dont aucun, d\u2019ailleurs, il est \u00e0 noter, ne pr\u00e9sente d\u2019ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques. Ce sont aussi les hommes, \u00e2g\u00e9s de 35 \u00e0 60 ans et ruin\u00e9s financi\u00e8rement, qui ont majoritairement recours \u00e0 la ligne t\u00e9l\u00e9phonique mise en service par l\u2019ONG <em>Klimaka<\/em> afin d\u2019aider les personnes en situation de d\u00e9tresse<sup>6<\/sup>. Mais par-del\u00e0 le d\u00e9terminisme social ind\u00e9niable qui se fait valoir ici, ou mieux au c\u0153ur de celui-ci, la mort volontaire demeure un \u00e9v\u00e9nement d\u2019ordre \u00e9minemment personnel. La diversit\u00e9 de ses modalit\u00e9s fait d\u2019elle une r\u00e9ponse dont la singularit\u00e9 de celui qui se la donne ne saurait \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e. Le sociologue d\u00e9j\u00e0 le soulignait, sobrement\u00a0: \u00ab\u00a0Les raisons du suicide sont en nous mais aussi hors de nous\u00a0\u00bb<sup>7<\/sup>. Et plus explicitement\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas que la mis\u00e8re des ouvriers qui ch\u00f4ment, les banqueroutes, les faillites et les ruines, soient la cause imm\u00e9diate de beaucoup de suicides [\u2026]\u00a0\u00bb mais que dans cette situation de d\u00e9sint\u00e9gration sociale \u00ab\u00a0les motifs individuels que les hommes peuvent avoir de d\u00e9sirer la mort\u00a0\u00bb s\u2019imposent \u00e0 eux de fa\u00e7on pr\u00e9valente et s\u2019av\u00e8rent \u00e0 m\u00eame de l\u2019emporter<sup>8<\/sup>. Ceci n\u2019est pas pour \u00e9liminer la contingence ultime qui marque l\u2019acte suicidaire. Il est imputable \u00e0 ce titre \u00e0 quelque forme de <em>\u03b4\u03c5\u03c3\u03c4\u03c5\u03c7<\/em><em>\u03af\u03b1<\/em>, \u00e0 l\u2019infortune de la mauvaise rencontre. Car telle peut \u00eatre dite la rencontre que fit pour finir le Cr\u00e9tois Vaggelis Petrakis et qui scella d\u2019un coup son destin, d\u00e9sormais embl\u00e9matique pour beaucoup. Dans son \u00e9dition du 20 septembre 2011 le <em>Wall Street Journal<\/em> nous livre son histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>La faute<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est l\u2019aventure fabuleuse d\u2019un petit va-nu-pieds des montagnes qui, \u00e0 force de courage, d\u2019opini\u00e2tret\u00e9 et de labeur incessant finit par s\u2019\u00e9lever, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 47 ans, au rang de petit patron, grossiste en fruits et l\u00e9gumes \u00e0 H\u00e9rakleion. Son commerce qu\u2019il ouvrit dans les ann\u00e9es 2000 gr\u00e2ce \u00e0 ses \u00e9conomies et \u00e0 l\u2019appoint substantiel de pr\u00eats bancaires paraissait florissant et assur\u00e9 d\u2019un bel avenir n\u2019\u00e9tait la crise qui d\u00e9buta \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie. L\u2019affaire se retrouva alors grev\u00e9e de la dette colossale\u00a0de 600.000 euros accumul\u00e9e au cours des ann\u00e9es pass\u00e9es. Pris en \u00e9tau entre les clients mauvais payeurs et les banques qui se montraient d\u00e9sormais plus strictes dans cette p\u00e9riode d\u2019instabilit\u00e9 quant aux conditions d\u2019octroi de cr\u00e9dits le commer\u00e7ant \u00e9tait devenu insolvable. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement les liquidit\u00e9s qui lui faisaient d\u00e9faut au moment de faire face \u00e0 ses propres \u00e9ch\u00e9ances, c\u2019\u00e9tait bien plus gravement que les marges b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019entreprise se trouvaient de plus en plus r\u00e9duites et pla\u00e7aient celle-ci sur la voie de la faillite \u00e0 terme. Par la force des choses le commer\u00e7ant \u00e9tait accul\u00e9 \u00e0 faire office de banquier de fait vou\u00e9, au surplus, \u00e0 fonctionner \u00e0 perte. Ses clients lui imposaient de longs d\u00e9lais avant de r\u00e9gler leurs achats et lui remettaient \u00e0 cet effet des ch\u00e8ques post-dat\u00e9s. Dans l\u2019impossibilit\u00e9 de tenir jusqu\u2019\u00e0 la date d\u2019effet des ch\u00e8ques le grossiste les escomptait \u00e0 la banque au prix d\u2019une commission que ces derni\u00e8res pr\u00e9levaient. Ce syst\u00e8me para-bancaire fonctionnant au moyen de ch\u00e8ques post-dat\u00e9s est courant. Il n\u2019est pas pour rien dans l\u2019emballement de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire et de la crise de surendettement qui en a r\u00e9sult\u00e9. Si on ajoute \u00e0 cela le d\u00e9faut de paiement pur et simple que lui opposaient sans d\u00e9tour nombre de ses partenaires en affaires, sans doute eux-m\u00eames plac\u00e9s dans l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019honorer leurs dettes, l\u2019entreprise, comme le d\u00e9clara madame Petrakis au lendemain du suicide de son mari, se dirigeait lentement mais s\u00fbrement, sans qu\u2019ils y prennent garde, vers la faillite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au printemps 2010, pris \u00e0 la gorge, Vaggelis Petrakis eut recours \u00e0 un stratag\u00e8me. Il commit un faux. Un ch\u00e8que \u00e0 son profit provenant pr\u00e9tendument d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 avec laquelle il n\u2019entretenait aucune relation d\u2019affaires. Le ch\u00e8que post-dat\u00e9 comme de bien entendu fut mis \u00e0 l\u2019escompte. Mais la banque n\u2019eut pas de mal \u00e0 d\u00e9couvrir la supercherie. La police intervint, perquisitionna, les journaux se saisirent de l\u2019affaire qui fit grand bruit. L\u2019identit\u00e9 du faussaire ne fut pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Les regards, avertis, se dirig\u00e8rent n\u00e9anmoins immanquablement sur Vaggelis Petrakis. C\u2019est alors que n\u2019en pouvant plus ce dernier tenta de mettre fin \u00e0 ses jours. Il absorba un m\u00e9lange de bi\u00e8re et d\u2019essence. Il se ravisa \u00e0 la derni\u00e8re minute et appela son fils \u00e0 la rescousse, qui le conduisit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Il s\u2019en tira. Sa femme lui fit promettre de ne plus c\u00e9der \u00e0 ce d\u00e9sespoir. Ne s\u2019\u00e9taient-ils pas toujours tir\u00e9s d\u2019affaire\u00a0? et dans des circonstances bien plus rudes\u00a0? Pour s\u00fbr qu\u2019ensemble ils viendraient \u00e0 bout une fois de plus de l\u2019adversit\u00e9. Mais Vaggelis le croyait-il\u00a0? Pouvait-il le croire au vu du gouffre que repr\u00e9sentait cette dette impossible \u00e0 \u00e9teindre\u00a0? Il connaissait Georgia depuis sa plus tendre enfance. Ils s\u2019aimaient. Petit vendeur ambulant de loukoum il battait la campagne pieds nus pour gagner son pain. A Georgia il ne manquait pas de r\u00e9server le meilleur loukoum de sa marchandise, le dernier. L\u2019offrir \u00e0 son plaisir \u00e9tait la vraie r\u00e9tribution de sa peine. Ils se mari\u00e8rent. Ils eurent deux enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A vrai dire, la faute de Vaggelis Petrakis fut double. Ce fut, bien s\u00fbr, de commettre un acte frauduleux. Mais ce fut, peut-\u00eatre plus essentiellement, d\u2019avoir succomb\u00e9 \u00e0 ce volontarisme qui confinait \u00e0 la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, de s\u2019\u00eatre endett\u00e9 au-del\u00e0 de toute mesure, et pis encore de s\u2019\u00eatre aveugl\u00e9 obstin\u00e9ment sur les chances raisonnables qu\u2019il avait de se tirer d\u2019affaire. F\u00fbt-il \u00e0 ce point dupe de sa croyance aux m\u00e9rites de l\u2019effort individuel, du travail sans rel\u00e2che jour et nuit qui lui avait valu de se sortir de la mis\u00e8re et d\u2019acqu\u00e9rir la position enviable qui \u00e9tait la sienne depuis peu\u00a0? Sans doute quelque chose des r\u00e8gles du jeu du capitalisme financiaris\u00e9 avaient d\u00fb \u00e9chapper au self made man qu\u2019il \u00e9tait et \u00e0 l\u2019entrepreneur ind\u00e9pendant qu\u2019il avait voulu devenir \u00e0 toute force. N\u2019\u00e9tait-ce pas l\u00e0 la m\u00e9prise que venait redoubler l\u2019autre m\u00e9prise, de ce ch\u00e8que si manifestement contrefait que sa qualit\u00e9 d\u2019acte manqu\u00e9 ne saurait faire de doute. Il ne fallut pas le moindre effort aux banquiers, on l\u2019a dit, pour \u00e9venter l\u2019affaire tant la ficelle \u00e9tait grosse et l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 de l\u2019apprenti faussaire flagrante. Vaggelis Petrakis se retrouva pour ainsi dire pris au pi\u00e8ge de ses vertus. Il devait les aimer assez pour ne pas s\u2019\u00eatre aper\u00e7u, sinon bien tardivement, que ce n\u2019\u00e9taient pas elles qui faisaient la loi dans ce monde. Il n\u2019est pas interdit de voir dans sa tentative de fraude l\u2019essai d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de se mettre au diapason de ce monde. Banquier de fait et banquier \u00e0 perte, il l\u2019\u00e9tait pour les autres. Lorsqu\u2019il voulut l\u2019\u00eatre pour lui-m\u00eame et pour son seul profit au d\u00e9triment de la banque officielle, il se fit prendre. Cet \u00e9chec fit pour lui sans doute l\u2019effet d\u2019un moment de v\u00e9rit\u00e9\u00a0: c\u2019\u00e9tait la fin. La fin de son aventure, la fin de l\u2019aventure de toute sa vie. Il l\u2019anticipa en d\u00e9cidant d\u2019y mettre un terme. Il atermoya cependant. Au moment ultime il fit appel \u00e0 son fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La honte<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>Le m\u00e9decin psychiatre de l\u2019association <em>Klimaka<\/em> en t\u00e9moigne\u00a0: sur les quelques 100 appels t\u00e9l\u00e9phoniques quotidiens de personnes en d\u00e9tresse les cas les plus alarmants sont toujours ceux d\u2019hommes \u00e2g\u00e9s de 40-45 ans, ruin\u00e9s ou devant faire face \u00e0 une situation \u00e9conomique sans issue, et qui vivent leur \u00e9tat comme une d\u00e9ch\u00e9ance extr\u00eame. La perte de toute dignit\u00e9 est d\u2019importance vitale dans la tradition cr\u00e9toise o\u00f9 le code d\u2019honneur est sp\u00e9cialement intraitable pour les membres masculins de cette communaut\u00e9 profond\u00e9ment machiste et patriarcale. L\u2019avocat de Vaggelis Petrakis le confirme. Son client, et ami, fut si profond\u00e9ment accabl\u00e9 de son m\u00e9fait, de la honte qu\u2019il en \u00e9prouvait de fa\u00e7on si atroce, qu\u2019il lui fut impossible dor\u00e9navant de le regarder dans les yeux. L\u2019opprobre public dont il se sentait l\u2019objet lui fut insupportable. Dans l\u2019attente de passer en jugement il se sentit ostracis\u00e9, t\u00e9moigne sa femme. Il se replia sur lui-m\u00eame. Le cynisme en affaires de ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 ses partenaires voire ses amis le consterna. Il n\u2019en put plus de se disputer avec eux pour obtenir d\u2019eux le r\u00e8glement de leurs achats. C\u2019est dans ces conditions que se produisit la rencontre qui devait lui \u00eatre fatale. Le jour m\u00eame de la reprise de son travail, apr\u00e8s la courte convalescence qui avait suivi sa tentative de suicide, il eut une violente altercation au march\u00e9 avec un producteur \u00e0 propos d\u2019une affaire d\u2019argent. Celui-ci le traita tout \u00e0 trac d\u2019escroc. Ce fut la fin. Le mot avait \u00e9t\u00e9 dit, l\u2019offense avait eu lieu publiquement, la mal\u00e9diction on ne peut plus clairement prof\u00e9r\u00e9e. La r\u00e9ponse de Vaggelis Petrakis fut sans appel. Il quitta les lieux sur le champ et disparut. Les objurgations de sa femme s\u2019effor\u00e7ant \u00e0 le retenir, le voyant dans un tel \u00e9tat d\u2019emportement, ne furent d\u2019aucun effet. Vaggelis alla \u00e0 son destin. Son corps fut retrouv\u00e9 \u00e0 l\u2019aube le lendemain dans son jardin d\u2019oliviers o\u00f9 il aimait se rendre pour retrouver sa tranquillit\u00e9. Son chien montait la garde autour de lui. Il rendit son dernier souffle dans les bras de sa femme. Il s\u2019\u00e9tait tir\u00e9 une balle dans la t\u00eate avec son fusil de chasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Qu\u2019est-ce donc qui fut si terrible que ne put le supporter Vaggelis Petrakis\u00a0? De se trouver raval\u00e9 au rang d\u2019escroc, lui l\u2019honn\u00eate homme qui, parti de rien, parvint \u00e0 la force de son poignet au sommet\u00a0? Sans doute. D\u2019avoir perdu son honneur et de se retrouver soudain montr\u00e9 du doigt comme l\u2019inf\u00e2me qui n\u2019avait plus droit \u00e0 la parole\u00a0? Assur\u00e9ment. Retournait-il \u00e0 sa condition de paria que par-devers lui il n\u2019avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre\u00a0? Peut-\u00eatre. Le travail acharn\u00e9 toute une vie durant n\u2019avait-il pas suffi \u00e0 venir \u00e0 bout de la tache originelle\u00a0? La voil\u00e0 qui s\u2019emparait tout \u00e0 coup de son \u00eatre tout entier le r\u00e9duisant \u00e0 l\u2019\u00eatre de jouissance offert sans m\u00e9nagement \u00e0 la jouissance de l\u2019Autre. R\u00e9duit sans retour \u00e0 cet \u00eatre regard\u00e9 dans son inf\u00e2mie, joui ignominieusement dans son ignominie (l\u2019insulte), Vassilis Petrakis eut soudain et irr\u00e9pressiblement honte de vivre. La honte qui le toucha fut absolue \u00e0 l\u2019instar de la stigmatisation prof\u00e9r\u00e9e du lieu de l\u2019Autre. Ce n\u2019\u00e9tait pas simplement qu\u2019il assist\u00e2t \u00e0 son propre \u00eatre-vu comme Giorgio Agamben d\u00e9finit l\u2019<em>a\u00efdos<sup>9<\/sup><\/em>. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement qu\u2019il se trouv\u00e2t raval\u00e9 au rang de l\u2019objet indigne de l\u2019Autre. C\u2019est bien plus vraisemblablement que la stigmatisation toucha au plus intime de sa propre jouissance. Jouissance qu\u2019il ne se savait pas, qu\u2019il ignorait lui tenir au corps autant et depuis toujours peut-\u00eatre, et sans doute assez radicalement pour \u00eatre une question de vie ou de mort\u00a0: cette jouissance trouv\u00e9e dans l\u2019accumulation, et qui d\u00e9notait une avidit\u00e9 sienne hors sens, hors mesure, inconsciente. N\u2019\u00e9tait-elle pas ce qui l\u2019avait aveugl\u00e9 sur la viabilit\u00e9 \u00e9conomique de son commerce\u00a0? N\u2019\u00e9tait-ce pas elle possiblement que l\u2019insulte du malotru avait exhib\u00e9e dans sa crudit\u00e9\u00a0? N\u2019\u00e9tait-ce pas elle qui faisait les d\u00e9lices du petit marchand ambulant ravi de voir sa Georgia se d\u00e9lecter du loukoum que son amour pour elle prenait les gants de rev\u00eatir des atours de la marque de d\u00e9licatesse\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le ch\u00e2timent \u00e9tait requis. Le coll\u00e8gue qui avait pris fait et cause pour le grossiste en s\u2019interposant dans l\u2019altercation avec son concurrent avait vivement pris \u00e0 partie ce dernier et menac\u00e9 de le tuer. Il ne pouvait m\u00e9riter moins. L\u2019offense dont il venait de se rendre coupable ne pouvait se laver que dans le sang. Tuer ou \u00eatre tu\u00e9 telle \u00e9tait la seule alternative qui vaille dans cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les affaires d\u2019honneur sont tout sauf mineures. Vaggelis Petrakis prit le parti de mourir. Peut-\u00eatre expiait-il ainsi sur sa vie sa faute de naissance et son \u00e9chec final \u00e0 la racheter. C\u2019\u00e9tait en quelque sorte lui ou elle. Ce fut elle. Entre r\u00e9ussir ou mourir il choisit la mort volontaire, celle du martyre\u00a0: \u00ab\u00a0La banque m\u2019a d\u00e9truit\u00a0\u00bb, consigna-t-il dans les quatre feuillets laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019adresse des siens. En se faisant l\u2019ex\u00e9cuteur de la sentence de mort prononc\u00e9e depuis le lieu de l\u2019Autre Vaggelis Petrakis s\u2019\u00e9gala au t\u00e9moin absolu. De l\u2019Autre il refusa le destin de d\u00e9ch\u00e9ance auquel ce dernier le promettait et incarna ce refus dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de sa mort. Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 l\u2019impulsion auto-destructrice, aveugle, irr\u00e9sistible et soudaine qui caract\u00e9rise le raptus-suicide. Bien plut\u00f4t y verra-t-on la d\u00e9cision de mourir qui signa l\u2019impossible \u00e0 supporter d\u2019une humanit\u00e9 avilie au point de devenir le synonyme de l\u2019absence de toute envie de vivre. En cela le suicide se fait valoir comme un acte humain par excellence, voire l\u2019acte ultime du sujet qui tient encore d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 son humanit\u00e9. Au Lager, note Primo Levi, on ne se suicidait pas car \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre humain tendait \u00e0 se rapprocher de l\u2019animal\u00a0\u00bb, et \u00e9tait bien trop pr\u00e9occup\u00e9 \u00e0 essayer de survivre pour penser \u00e0 se tuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>De la mort volontaire<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vaggelis Petrakis voulut sa mort. Ce fut l\u00e0 de sa part, tout porte \u00e0 le croire, acte de n\u00e9gation de la n\u00e9gation par l\u2019Autre, de sa qualit\u00e9 \u00e9minente de sujet ayant droit au respect sinon \u00e0 la consid\u00e9ration de ses semblables. Mais c\u2019\u00e9tait aussi, du m\u00eame mouvement, la sanction de sa chute et sa juste r\u00e9tribution par le ch\u00e2timent. Vaggelis Petrakis s\u2019identifia pour toujours au maudit, endossant la mal\u00e9diction attach\u00e9e au cr\u00e9dit dont il d\u00e9pendait pour vivre et qui lui \u00e9tait refus\u00e9, au cr\u00e9dit qu\u2019on ne pouvait plus lui faire n\u2019\u00e9tant lui-m\u00eame dor\u00e9navant plus digne de confiance en sa qualit\u00e9 de faussaire. Toutes les morts ne se valent pas. All\u00e9guant les m\u00eames motifs elles n\u2019ont ni le m\u00eame sens ni la m\u00eame cause. L\u2019honneur perdu de Katarina Blum l\u2019avait conduite \u00e0 tuer\u00a0: elle ex\u00e9cuta le journaliste qui l\u2019avait salie. Tel petit patron de Thessalonique surendett\u00e9 lui aussi s\u2019immola de fa\u00e7on spectaculaire, il y a peu, aux portes de la banque qui lui refusait la facilit\u00e9 de paiement qu\u2019il lui demandait. Tel autre fra\u00eechement devenu propri\u00e9taire d\u2019un petit h\u00f4tel se retrouva pris au pi\u00e8ge d\u2019un gang d\u2019usuriers aupr\u00e8s de qui il s\u2019\u00e9tait lourdement endett\u00e9 pour faire l\u2019acquisition de son business. Incapable de rembourser des montants devenus astronomiques sous l\u2019effet des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat exorbitants, et plac\u00e9 sous le coup de leurs menaces et brutalit\u00e9s croissantes il se d\u00e9fenestra, non sans d\u00e9noncer les instigateurs moraux de son acte. \u00ab\u00a0Suicides \u00e9conomiques\u00a0\u00bb, dira-t-on pour \u00e9voquer le motif objectif du passage \u00e0 l\u2019acte. L\u2019expression n\u2019est pas fausse. Elle ne dit pourtant qu\u2019une semi-v\u00e9rit\u00e9. Car l\u2019acte lui-m\u00eame, dans sa modalit\u00e9 pr\u00e9cise, alt\u00e8re le motif, voire le subvertit en lui donnant une port\u00e9e qui le transcende. Se motivant de l\u2019\u00e9conomique l\u2019acte suicide rel\u00e8ve d\u00e8s lors d\u2019une tout autre nature. Il devient, \u00e0 l\u2019occasion, un acte fonci\u00e8rement politique. Ainsi du suicide de\u00a0Mohamed Bouazizi le Tunisien. Il s\u2019immola par le feu devant la pr\u00e9fecture de police qui venait de lui confisquer son \u00e9tal, ill\u00e9gal, de fruits et l\u00e9gumes gr\u00e2ce \u00e0 quoi le jeune dipl\u00f4m\u00e9 sans emploi qu\u2019il \u00e9tait subvenait tant bien que mal \u00e0 ses besoins et \u00e0 ceux de sa m\u00e8re et de ses s\u0153urs. La vague de protestation qui enflamma la Tunisie sonna le glas du r\u00e9gime des Ben Ali. Vaggelis Petrakis, quant \u00e0 lui, prit le parti de se tirer une balle dans la t\u00eate, loin de tous, en demandant \u00e0 sa famille pardon de son geste. Dans la note qu\u2019il leur avait adress\u00e9e quelques semaines auparavant lors de sa tentative de suicide avort\u00e9e il leur avait laiss\u00e9 des instructions afin qu\u2019ils prennent bien soin des lapins qui venaient de na\u00eetre. Comme quoi la vie continuait, et devait continuer sans lui. Il n\u2019\u00e9tait pas, sembla-t-il dire, un inconditionnel de la vie, certes, mais il n\u2019\u00e9tait pas non plus un haineux. Il ne s\u2019en prenait pas \u00e0 elle. Simplement, un compte \u00e0 r\u00e9gler avec lui-m\u00eame et qu\u2019il entendait solder ainsi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcus Walker, le chroniqueur du <em>Wall Street Journal<\/em> qui consacra un reportage attentif \u00e0 cette affaire embl\u00e9matique de la cruaut\u00e9 qui fait ravage, ne s\u2019y est pas tromp\u00e9. Il le souligne\u00a0: nulle trace perceptible de maladie mentale ici, nul effet d\u2019un quelconque d\u00e9lire. Tant il est vrai que contrairement \u00e0 ce que croyait pouvoir pr\u00e9tendre un Achille Delmas et avec lui tout un courant de la psychiatrie classique bien prompt \u00e0 pathologiser le drame des existences, si les fous se suicident beaucoup plus que les autres il n\u2019y a pas qu\u2019eux \u00e0 le faire, et il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre fou pour se donner la mort. L\u2019ONG <em>Klimaka<\/em> le rel\u00e8ve\u00a0: les suicides en s\u00e9rie qui ont frapp\u00e9 depuis le d\u00e9but de la crise nombre de petits patrons surendett\u00e9s concernent, fait notable, des sujets \u00e0 qui l\u2019on ne conna\u00eet nul ant\u00e9c\u00e9dent psychiatrique. Tant il est vrai, Durkheim le soutient, que chaque soci\u00e9t\u00e9, du fait de ses d\u00e9s\u00e9quilibres internes, soit de son \u00e9tat plus ou moins grave de perturbation et de d\u00e9sint\u00e9gration, est \u00ab\u00a0pr\u00e9dispos\u00e9e \u00e0 fournir un contingent d\u00e9termin\u00e9 de morts volontaires\u00a0\u00bb<sup>10<\/sup>. Il est dans l\u2019ordre des choses que ce soient, \u00e0 un titre ou \u00e0 un autre, les plus vuln\u00e9rables sur le plan personnel qui succombent. Un surmoi fort et tyrannique qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un facteur d\u00e9terminant de survie et de conqu\u00eate s\u2019av\u00e8rera dans des circonstances o\u00f9 le sujet devient l\u2019objet \u00e9lu du d\u00e9saveu de la soci\u00e9t\u00e9, voire de son ostracisme, un facteur puissant de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Pour le dire d\u2019une formule, tous les ch\u00f4meurs ne se suicident pas, et tous les suicid\u00e9s ne sont pas ch\u00f4meurs. Le fait demeure pourtant que l\u2019on se suicide bien plus lorsque l\u2019on est ch\u00f4meur que lorsque l\u2019on ne l\u2019est pas, et sans doute encore bien davantage si l\u2019on est de surcro\u00eet jeune, homosexuel ou transsexuel<sup>11<\/sup>. C\u2019est alors que la situation sociale objective rencontre la r\u00e9alit\u00e9 subjective, qui l\u2019interpr\u00e8te. Celle-ci donne toute sa port\u00e9e \u00e0 celle-l\u00e0. Elle peut prendre couleur de mort. C\u2019est en quoi le suicide est impr\u00e9dictible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela n\u2019exon\u00e8re en rien l\u2019Autre de sa part de responsabilit\u00e9. Elle peut \u00eatre d\u00e9terminante. Freud, encore, est on ne peut plus net sur ce point. Faisant justice de \u00ab\u00a0l\u2019inculpation selon laquelle l\u2019\u00e9cole pousserait ses \u00e9coliers au suicide\u00a0\u00bb Freud n\u2019absout pas celle-ci de sa responsabilit\u00e9. Car, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0le lyc\u00e9e doit faire plus que de ne pas pousser les jeunes gens au suicide\u00a0; il doit leur procurer l\u2019envie de vivre et leur offrir soutien et point d\u2019appui [&#8230;]. Il me semble incontestable qu\u2019il ne le fait pas.<sup>12<\/sup>\u00a0\u00bb Comment ce qui vaut \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local ne serait-il pas d\u2019autant plus exigible \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re\u00a0? Ne serait-ce pas, au fond, ce que diraient lesdites \u00e9pid\u00e9mies de suicides lorsqu\u2019elles se montrent si manifestement li\u00e9es aux cycles de la vie \u00e9conomique\u00a0? Ne seraient-elles pas des messages adress\u00e9s aux vivants\u00a0? Car leur mort n\u2019est plus l\u2019affaire des disparus. Elle est celle des vivants. Comme le dit la missive laiss\u00e9e par Vaggelis Petrakis aux siens. Comme l\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent pour ses enfants la mort de leur p\u00e8re. Afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la charge des dettes de ce dernier les voil\u00e0 conduits \u00e0 se d\u00e9sister de son h\u00e9ritage. Persistance de la mort dans la vie. Comme si par sa mort m\u00eame le d\u00e9funt avait scell\u00e9 une communaut\u00e9 de destin plus forte que la mort elle-m\u00eame. Si la vie v\u00e9cue par vents contraires est loin d\u2019\u00eatre id\u00e9ale il advient parfois qu\u2019elle demeure malgr\u00e9 tout ind\u00e9tachable d\u2019un id\u00e9al sur quoi un sujet se refuse \u00e0 jamais de transiger, d\u00fbt-il pour cela payer le prix fort de sa vie elle-m\u00eame. Le paradoxe t\u00e9moigne d\u2019un r\u00e9el. Qui pourra dire d\u00e8s lors la cause derni\u00e8re, si elle existe, du sacrifice\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">_____________________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>1 <\/sup>En Irlande\u00a0le taux est 24% de 2008 \u00e0 2009 alors que pour la France le taux de croissance du suicide \u00e0 hauteur 40% porte sur une p\u00e9riode de 8 ans (1977-1985) d\u2019apr\u00e8s Louis Chauvel, \u00ab\u00a0La croissance du suicide et les probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise apr\u00e8s les Trente glorieuses\u00a0\u00bb, Observatoire fran\u00e7ais des conjonctures \u00e9conomiques, et Fondation nationale des sciences politiques, 1997. <a href=\"http:\/\/www.louischauvel.org\/\">http:\/\/www.louischauvel.org\/<\/a>. &#8211;\u00a0 Le taux grec avoisine le double des 23% de hausse not\u00e9s aux Etats-Unis de 1928 \u00e0 1932 pendant la Grande D\u00e9pression (<em>The New York Times<\/em>, 14 avril 2011).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>2<\/sup> <em>The Guardian<\/em>, 18 d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>3<\/sup> <em>The New York Times<\/em>, 14 avril 2011, sur la foi d\u2019une \u00e9tude exhaustive men\u00e9e par les chercheurs des <em>Federal centers for Disease control and Prevention <\/em>et portant sur la p\u00e9riode 1928-2007 aux Etats-Unis recens\u00e9e dans <em>The American Journal of public health<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>4<\/sup> Le Monde, \u00ab\u00a0La hausse des suicides li\u00e9s \u00e0 la crise, une r\u00e9alit\u00e9 ignor\u00e9e\u00a0\u00bb, Page Soci\u00e9t\u00e9, \u00e9dition dat\u00e9e du 8 f\u00e9vrier 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>5<\/sup> Cf\u00a0. Louis Chauvel, <em>op. cit<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>6<\/sup><em> <\/em>The Guardian, 18 d\u00e9cembre 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>7<\/sup> Maurice Halbwachs cit\u00e9 dans Henri Ey, \u00ab\u00a0Etude n\u00b014\u00a0\u2013 Le suicide pathologique\u00bb, <em>Etudes psychiatriques, <\/em>tome II, Descl\u00e9e de Brouwer, Paris, 1950, p. 363.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>8 <\/sup>Cf. Louis Chauvel, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>9<\/sup><em> Ce qui reste d\u2019Auschwitz<\/em>, Editions Payot et Rivages, Paris, 2003, p. 116.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>10<\/sup> <em>Le suicide<\/em>, PUF, 1930, pp. 10 et 14.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>11<\/sup> \u00ab\u00a0Les politiques parlent du mariage pour ne pas parler du suicide des jeunes homos\u00a0\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 2 avril 2012.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><sup>12<\/sup> \u00ab\u00a0Pour introduire la discussion sur le suicide\u00a0\u00bb, <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, tome I, PUF, 1984, p. 131.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mal\u00e9diction qui eut raison du Cr\u00e9tois Vaggelis Petrakis<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019information choqua. Elle \u00e9tait alarmante. Aux dires du ministre de la sant\u00e9 le taux de suicide en Gr\u00e8ce dans les cinq premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 2011 avait enregistr\u00e9 une hausse de 40% par rapport \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":9949,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[2131,603],"class_list":["post-9947","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chroniques","tag-linconscient-dans-la-crise-grece","tag-reginald-blanchet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9947","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9947"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9947\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9951,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9947\/revisions\/9951"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9949"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9947"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9947"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9947"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}