{"id":9978,"date":"2012-03-22T22:07:53","date_gmt":"2012-03-22T21:07:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/?p=9978"},"modified":"2012-04-09T22:08:47","modified_gmt":"2012-04-09T20:08:47","slug":"sur-sartre-avec-lacan-par-clotilde-leguil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/2012\/03\/sur-sartre-avec-lacan-par-clotilde-leguil\/","title":{"rendered":"Sur Sartre avec Lacan, par Clotilde Leguil"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"center\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Sur \u00ab\u00a0<\/span><span style=\"color: #ff0000;\">Sartre avec Lacan\u00a0\u00bb<\/span><span style=\"color: #ff0000;\">, par Clotilde Leguil<\/span><\/strong><\/h1>\n<h2 align=\"center\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Serge Cottet<\/strong><\/span><\/h2>\n<p><!--more--><a href=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lacan-Quotidien-n\u00b0183-Serge-Cottet.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9983\" title=\"Te\u0301le\u0301chargement\" src=\"http:\/\/www.lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"28\" srcset=\"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1-300x28.jpg 300w, https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Te\u0301le\u0301chargement1.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait qu\u2019une jeune analyste de formation universitaire s\u2019attaque \u00e0 pareil morceau ne laissera pas indiff\u00e9rents les lecteurs qui, comme moi, d\u00e9couvraient Lacan dans les ann\u00e9es soixante. A pareille \u00e9poque Sartre f\u00fbt la grande r\u00e9f\u00e9rence philosophique de l\u2019<em>intelligentia<\/em> fran\u00e7aise, comme le rappelle Jacques-Alain Miller dans la pr\u00e9face du livre\u00a0: sous les coups du structuralisme, son prestige d\u00e9clina\u00a0; on v\u00eet l\u2019\u00e9puisement de l\u2019humanisme politique avec l\u2019\u00e9mergence d\u2019un autre marxisme avec Althusser, d\u2019une autre psychanalyse avec Lacan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livre de Clotilde Leguil contredit pourtant une vision trop simpliste de ce d\u00e9passement\u00a0; elle d\u00e9montre que Lacan n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 au rayonnement de Sartre, lui empruntant des concepts ectopiques au structuralisme que nous utilisons en ignorant parfois leur origine. D\u2019o\u00f9 un bricolage fait pour ajouter \u00e0 Freud les pi\u00e8ces manquantes qui, toutes, contribuent \u00e0 poser <strong>la question de l\u2019\u00eatre du sujet<\/strong>\u00a0: une pr\u00e9occupation ontologique rare chez Freud concernant le \u00ab\u00a0c\u0153ur de notre \u00eatre\u00a0\u00bb est au contraire tr\u00e8s pr\u00e9sente chez Lacan dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre. Hegel, Sartre fournissent les outils capables de nettoyer une psychanalyse englu\u00e9e alors dans la psychologie du moi. Le simple retour \u00e0 Freud ne suffit pas pour d\u00e9senclaver la psychanalyse de son ab\u00e2tardissement par les concepts de la psychologie g\u00e9n\u00e9rale tels que le besoin et sa frustration ou pour contrecarrer le behaviorisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son introduction, C. Leguil rel\u00e8ve la logique qui pr\u00e9side \u00e0 l\u2019importation de <strong>concepts existentiels dans la psychanalyse<\/strong>, leur extraction, leur d\u00e9tournement\u00a0; au fil des chapitres, elle montre comment ces concepts sont <strong>subvertis pour s\u2019articuler avec la structure de l\u2019inconscient<\/strong>.\u00a0Ainsi en est-il du <strong>pour-soi<\/strong>, de l\u2019<strong>angoisse<\/strong>, du<strong> n\u00e9ant<\/strong>, de la <strong>schize de l\u2019\u0153il<\/strong> et <strong>du regard<\/strong>. Le bricolage de Lacan avec Hegel, Freud, Sartre, est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la fois historiquement et avec un souci \u00e9pist\u00e9mologique aigu en montrant \u00e0 chaque fois la corr\u00e9lation antinomique des concepts emprunt\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeune Sartre, notamment avec <em>La transcendance de l\u2019ego<\/em> en 1936, fournit des arguments <strong>contre une psychologie du moi ignorante du sujet<\/strong>\u00a0: le moi n\u2019est qu\u2019un r\u00f4le, l\u2019homme est essentiellement acteur. Un sujet existe, qui parle au-del\u00e0 du moi\u00a0; et voil\u00e0 l\u2019inconscient retrouv\u00e9. Plus tard, l\u2019ontologie sartrienne de <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant<\/em> fait valoir ce dualisme de l\u2019acteur avec l\u2019\u00eatre du sujet\u00a0; le binaire de l\u2019en-soi et du pour-soi, d\u00e9finissant ce dernier comme \u00ab\u00a0manque d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, n\u00e9ant, libert\u00e9. Dans ce th\u00e9\u00e2tre, le sujet nie sa contingence, \u00ab\u00a0se fait \u00eatre\u00a0\u00bb pour un autre. Il suppose une essence l\u00e0 o\u00f9 il y a eu choix, sans saisir qu\u2019il n\u2019est rien d\u2019autre que ce qu\u2019il fait\u00a0: c\u2019est la mauvaise foi. Sartre, s\u2019appuyant sur Heidegger, invalide tout alibi de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9\u00a0pour lier le sujet \u00e0 son \u00e9nonciation\u00a0: \u00ab\u00a0je suis ce que je dis\u00a0\u00bb (p.63). Certes, on est loin de l\u2019inconscient, mais l\u2019int\u00e9r\u00eat de cette critique est de <strong>viser un au-del\u00e0 de l\u2019objectivation ali\u00e9nante<\/strong>. Un sujet que Sartre a d\u00e9connect\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre mo\u00efque gr\u00e2ce \u00e0 la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne et que Lacan a pr\u00e9serv\u00e9 au-del\u00e0 du structuralisme. <strong>L\u2019\u00eatre du sujet<\/strong> en effet, <strong>est la suture d\u2019un manque<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lacan, en 1946, retiendra de la contingence et de la libert\u00e9 sartriennes, une critique du d\u00e9terminisme psychologique et une conception de la folie comme \u00ab\u00a0choix insondable de l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pages consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019ontologie animent tout un versant du lacanisme, qui est comme l\u2019envers du structuralisme\u00a0; il s\u2019agit de <strong>confronter le sujet comme \u00ab\u00a0manque-\u00e0-\u00eatre\u00a0\u00bb <\/strong>(que Lacan substitue \u00e0 \u00ab\u00a0manque d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb) <strong>avec l\u2019<em>automaton<\/em> de l\u2019inconscient<\/strong>. Il y a lieu en effet de ne pas objectiver l\u2019inconscient dans un en-soi. Sartre, dans <em>La critique de la raison dialectique<\/em>, stigmatisait le structuralisme comme effet du pratico-inerte. Justement, <strong>avec Lacan l\u2019inconscient n\u2019est pas que syst\u00e8me, il est aussi dynamique<\/strong>\u00a0: le <em>S\u00e9minaire XI<\/em>, principalement, maintient ce dualisme en r\u00e9futant une ontologie de l\u2019inconscient, lequel est plut\u00f4t devoir \u00eatre, qu\u2019\u00eatre fix\u00e9 une fois pour toutes. Qu\u2019il s\u2019ouvre ou se ferme il est sous la responsabilit\u00e9 de l\u2019analyste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9ciproquement, l\u2019\u0153uvre de Sartre ainsi d\u00e9tourn\u00e9e prend un sens nouveau, d\u00e9connect\u00e9 des enjeux philosophiques de l\u2019\u00e9poque. Elle est r\u00e9\u00e9valu\u00e9e en fonction du scientisme d\u2019aujourd\u2019hui, que la ph\u00e9nom\u00e9nologie avec Merleau-Ponty combattait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque sur le terrain du behaviourisme et de la psychologie exp\u00e9rimentale (cf. le <em>S\u00e9minaire X<\/em>, <em>L\u2019angoisse<\/em>, sur les exp\u00e9riences de Goldstein).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un foss\u00e9, bien s\u00fbr\u00a0; le n\u00e9ant, le manque d\u2019\u00eatre n\u2019ont rien \u00e0 voir avec la pulsion. Les diff\u00e9rentes versions lacaniennes de la castration freudienne, soit qu\u2019elles concernent l\u2019impasse du rapport sexuel, ou l\u2019amputation par le langage de la jouissance, ne trouvent place dans aucune philosophie\u00a0; la mauvaise foi ignore les ressorts symboliques de l\u2019identification, le trait unaire, le signifiant Un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De longues pages sont bien entendu consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019angoisse, enjeu d\u2019une confrontation entre philosophie et exp\u00e9rience analytique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C. Leguil observe que le <em>S\u00e9minaire<\/em> <em>L\u2019angoisse<\/em>, de 1962-63, marque un tournant\u00a0: il y a comme un retour \u00e0 l\u2019existentialisme. Ici, on d\u00e9laisse Hegel et la dialectique, jusque l\u00e0 plus ou moins compatible avec le symbolique, pour <strong>convoquer Freud avec Kierkegaard dans une exp\u00e9rience non dialectique de l\u2019angoisse<\/strong> (p.154-155). Chez Sartre, l\u2019angoisse, affect philosophique par excellence, confronte l\u2019homme \u00e0 son n\u00e9ant d\u2019\u00eatre. Affect \u00e9thique aussi\u00a0: il signale une rupture avec l\u2019habitude du monde, fait vaciller les certitudes, les \u00e9vidences confortables, l\u2019esprit de s\u00e9rieux comme croyance rassurante au d\u00e9terminisme. Comme le r\u00e9sume C. Leguil, la mauvaise foi, \u00ab c\u2019est l\u2019attitude qu\u2019on a trouv\u00e9e pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019angoisse suscit\u00e9e par l\u2019ind\u00e9termination de son existence propre\u00a0\u00bb (p.73). Apr\u00e8s Heidegger, Sartre fait de l\u2019angoisse un moment d\u2019incertitude : c\u2019est la perte de la familiarit\u00e9 avec le monde, l\u2019\u00e9tranget\u00e9 des valeurs qui le fondent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lacan, comme on sait, fait de l\u2019angoisse un affect privil\u00e9gi\u00e9, mais oppos\u00e9 sur deux points fondamentaux \u00e0 l\u2019existentialisme\u00a0: premi\u00e8rement, elle ne trompe pas, c\u2019est un moment de certitude, signe du r\u00e9el\u00a0; deuxi\u00e8mement, elle n\u2019est pas sans objet, au contraire, elle vise la chose, la jouissance, l\u2019\u00e9nigme du d\u00e9sir de l\u2019Autre\u00a0; un morceau de corps est concern\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet objet en trop, encadr\u00e9, surgit \u00e0 la place d\u2019un vide, sans r\u00e9v\u00e9ler aucunement le n\u00e9ant (p.205)\u00a0; loin d\u2019\u00eatre la rupture avec la familiarit\u00e9 du monde, l\u2019\u00e9tranget\u00e9 signale une intrusion qui surgit au lieu o\u00f9 elle aurait d\u00fb manquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que le cadre, la place vide, le surgissement de l\u2019\u00e9trange, ne sont pas absents de l\u2019<em>Esquisse d\u2019une th\u00e9orie des \u00e9motions <\/em>de Sartre (1938). La description qui y est faite de l\u2019horreur\u00a0n\u2019est pas loin de l\u2019<em>unheimlich<\/em> freudien. Niant la distance entre sujet et objet, ce qui fait horreur \u00ab\u00a0est en liaison avec notre corps comme un ext\u00e9rieur qui renverrait \u00e0 notre intimit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit C. Leguil (p.181). Mais l\u2019angoisse est trait\u00e9e comme une \u00e9motion, une conduite magique, et ne touche pas le r\u00e9el de la pulsion. Il n\u2019en reste pas moins que pour Lacan, l\u2019angoisse laisse un reste par rapport \u00e0 toute <em>aufhebung<\/em> symbolique (p.155), elle n\u2019est pas pure division par le signifiant, mais signale une autre coupure, \u00ab\u00a0qu\u2019aucun signifiant ne peut combler\u00a0\u00bb (p.156). L\u2019objet de l\u2019angoisse est ant\u00e9rieur \u00e0 la dialectique du d\u00e9sir, qu\u2019aucun symbole ne peut suppl\u00e9er.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C. Leguil consacre plusieurs chapitres au regard, objet sartrien par excellence. La schize de l\u2019\u0153il et du regard a une source sartrienne. Nous sommes des \u00eatres regard\u00e9s, sans n\u00e9cessairement qu\u2019il y ait un \u0153il pour nous voir\u00a0; regard aveugle telle la boite de sardine du <em>S\u00e9minaire XI<\/em>, elle regarde Lacan mais ne le voit pas. Cependant, la schize de l\u2019\u0153il et du regard chez Lacan, passe par l\u2019inconscient. Cette structure concerne un sujet qui ne sait pas ce qu\u2019il voit. Ce n\u2019est pas tellement l\u2019autre qui me regarde et m\u2019ali\u00e8ne en m\u2019objectivant comme dans la dialectique sartrienne des deux consciences, c\u2019est ma propre volont\u00e9 de voir qui est arr\u00eat\u00e9e, abaiss\u00e9e, amput\u00e9e. L\u2019objet \u00ab\u00a0tableau\u00a0\u00bb fait appara\u00eetre cette division interne, c\u2019est pourquoi Lacan rectifie la ph\u00e9nom\u00e9nologie du voyeurisme \u00e0 partir du manque\u00a0: ce que le voyeur veut voir, c\u2019est le phallus, l\u00e0 o\u00f9 il manque. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, s\u2019agissant du d\u00e9sir de voir, il y a un impossible \u00e0 voir\u00a0: le regard lui-m\u00eame comme objet perdu. C. Leguil rel\u00e8ve encore une terminologie sartrienne sur l\u2019anamorphose d\u2019Holbein\u00a0: l\u2019objet flottant magique \u00ab\u00a0nous refl\u00e8te notre propre n\u00e9ant, dans la figure de la t\u00eate de mort\u00a0\u00bb (<em>S\u00e9minaire XI<\/em>, p.86). Mais, ce sujet n\u00e9antis\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre que \u00ab\u00a0l\u2019incarnation imag\u00e9e du moins phi de la castration\u00a0\u00bb (p.305).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Regard ou vision\u00a0? Quel est l\u2019apport de la ph\u00e9nom\u00e9nologie \u00e0 la question du visible\u00a0? Cette question est discut\u00e9e dans de longues pages, o\u00f9 le \u00ab\u00a0retournement ontologique\u00a0\u00bb attribu\u00e9 \u00e0 <strong>Merleau-Ponty\u00a0fait pr\u00e9valoir une division interne \u00e0 la vision, introduit le d\u00e9sir dans le champ du visible<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lacan trouve la ph\u00e9nom\u00e9nologie de Merleau-Ponty plus vraie, d\u00e8s lors que le champ de la vision passe par le d\u00e9sir et l\u2019entrelacs sujet\/objet, le regard perdu\u00a0; la coupure plut\u00f4t que la n\u00e9antisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce qu\u2019on voit, qu\u2019est-ce qu\u2019on ne peut pas voir et qu\u2019est-ce qui s\u2019\u00e9lide de la vision\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en effet dans la pulsion scopique que le petit <em>a<\/em> est le plus masqu\u00e9, et\u00a0\u00ab\u00a0o\u00f9 le sujet est le plus s\u00e9curis\u00e9 quant \u00e0 l\u2019angoisse\u00a0\u00bb (<em>S\u00e9minaire X<\/em>, p.376). Une esth\u00e9tique s\u2019en d\u00e9duit\u00a0: le beau comme voile de l\u2019horreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la pulsion scopique s\u2019invite dans le champ politique\u00a0: ce triomphe de l\u2019\u0153il omnivoyant sur le regard caract\u00e9rise l\u2019hypermodernit\u00e9\u00a0; l\u2019\u0153il du ma\u00eetre\u00a0sur lequel C.Leguil conclut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celle-ci ne consid\u00e8re pas, avec raison, que l\u2019apport de Sartre \u00e0 la clinique soit fondamental\u00a0; sauf par une illusion r\u00e9trospective fait observer Jacques-Alain Miller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019analyse des perversions est r\u00e9fut\u00e9e point par point par Lacan\u00a0: le sadisme notamment n\u2019est pas la pure volont\u00e9 de d\u00e9truire l\u2019autre comme objet\u00a0; le sadique est lui-m\u00eame l\u2019objet dans le fantasme dans une d\u00e9n\u00e9gation du masochisme. On trouvera faussement une analogie entre le syntagme sartrien \u00ab\u00a0se faire\u00a0\u00bb et le trajet de la pulsion\u00a0; dans la pulsion-sado masochiste. Lacan \u00e9nonce, certes, qu\u2019il \u00ab\u00a0se fait l\u2019objet d\u2019une volont\u00e9 autre\u00a0\u00bb\u00a0; mais\u00a0le sujet ne sait pas au service de quel Autre il est, et ce n\u2019est pas lui qui jouit\u00a0; l\u00e0 encore, <strong>le th\u00e9\u00e2tre intersubjectif est subverti par l\u2019inconscient<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La psychanalyse existentielle reste limit\u00e9e \u00e0 des sch\u00e9mas dialectiques qui ouvrent un boulevard \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation infinie. On le remarque dans le\u00a0 \u00ab\u00a0Saint Genet\u00a0\u00bb\u00a0: tout le sexuel s\u2019offre \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation en termes de r\u00f4les, de trahison, de mauvaise foi\u00a0; une ontologie qui escamote le r\u00e9el de la jouissance, ce tranchant mortel que Genet lui signale dans une lettre o\u00f9 il r\u00e9fute le sens sexuel et le r\u00e9duit \u00e0 la seule mort subjective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, dans le contexte actuel de ravalement de la pens\u00e9e, Sartre pourrait retrouver une actualit\u00e9\u00a0: on peut l\u2019esp\u00e9rer du beau livre de C. Leguil qui servira d\u2019introduction \u00e0 Lacan pour les philosophes et suscitera l\u2019attention des psychanalystes pour le philosophe de la libert\u00e9, comme un contre-feu face aux entreprises liberticides du scientisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur \u00ab\u00a0Sartre avec Lacan\u00a0\u00bb, par Clotilde Leguil Serge Cottet<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":9671,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[568],"tags":[480,2132,1229,974],"class_list":["post-9978","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-vientdeparaitre","tag-angoisse","tag-etre","tag-philosophie","tag-sartre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9978","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9978"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9978\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10121,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9978\/revisions\/10121"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9671"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9978"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9978"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9978"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}