15.11.2011 – 13.12.2011
sculptures & paintings
Rédacteur du séminaire : Jacques-Alain Miller Débat animés par Alexis Lacroix Entrée libre
Le dimanche 25 septembre, à 11 heures avec :
Benoît JACQUOT, cinéaste
Lilia MAHJOUB, psychanalyste, ancienne présidente de l’Ecole de la Cause freudienne
François REGNAULT, philosophe, écrivain, et dramaturge
Au Cinéma Saint-Germain-des-Prés 22 rue Guillaume […]
Rédacteur du séminaire : Jacques-Alain Miller Débat animés par Alexis Lacroix Entrée libre
Le dimanche 25 septembre, à 11 heures avec :
Benoît JACQUOT, cinéaste
Lilia MAHJOUB, psychanalyste, ancienne présidente de l’Ecole de la Cause freudienne
François REGNAULT, philosophe, écrivain, et dramaturge
Au Cinéma Saint-Germain-des-Prés 22 rue Guillaume Apollinaire, Paris 6ème
Contact : redaction@laregledujeu.org
La Règle du Jeu
À l’occasion des 30 ans de la mort de Jacques Lacan,
La Règle du jeu consacre trois séminaires au psychanalyste.
Rédacteur du séminaire : Jacques-Alain Miller
Débat animés par Alexis Lacroix
Entrée libre
I. PERCER LE JEU DE LACAN ?
Le […]
La Règle du Jeu
À l’occasion des 30 ans de la mort de Jacques Lacan,
La Règle du jeu consacre trois séminaires au psychanalyste.
Rédacteur du séminaire : Jacques-Alain Miller
Débat animés par Alexis Lacroix
Entrée libre
I. PERCER LE JEU DE LACAN ?
Le dimanche 18 septembre à 11 heures
Avec :
Anaëlle LEBOVITS-QUENEHEN, psychanalyste, philosophe, directrice de la revue Le Diable probablement (Verdier)
Jacques-Alain MILLER, psychanalyste, rédacteur du Séminaire, auteur de Vie de Lacan (Navarin)
Philippe SOLLERS, écrivain, directeur de L’Infini (Gallimard)
II. L’AMOUR DE LACAN
Le dimanche 25 septembre, à 11 heures
Avec :
Monique CANTO-SPERBER, directrice de l’Ecole Normale supérieure
Benoît JACQUOT, cinéaste
Lilia MAHJOUB, psychanalyste, ancienne présidente de l’Ecole de la Cause freudienne
François REGNAULT, philosophe, écrivain, et dramaturge
III. LACAN LITTERATURE LITURATERRE
Le dimanche 2 octobre, à 11 heures
Avec :
Clotilde LEGUIL, psychanalyste, auteur de Sartre avec Lacan (à paraître)
Eric MARTY, linguiste et essayiste
Catherine MILLOT, écrivain et psychanalyste, auteur de O Solitude (Gallimard)
Jean-Claude MILNER, linguiste et philosophe, auteur de Clartés de tout (Verdier)
Au Cinéma Saint-Germain-des-Prés
22 rue Guillaume Apollinaire, Paris 6ème
Contact : redaction@laregledujeu.org
JACQUES-ALAIN MILLER CHEZ MOLLAT LE 10 SEPTEMBRE 2011
JAM DANS LA RUE par Marie
Marie Laurent
Jam arrive rue Vital Carles à Bordeaux. Il s’apprête à parler à ses lecteurs à l’invitation de la librairie Mollat. Il rencontre la foule de celles et ceux qui venus l’entendre et […]
JACQUES-ALAIN MILLER CHEZ MOLLAT LE 10 SEPTEMBRE 2011
JAM DANS LA RUE par Marie
Marie Laurent
Jam arrive rue Vital Carles à Bordeaux. Il s’apprête à parler à ses lecteurs à l’invitation de la librairie Mollat. Il rencontre la foule de celles et ceux qui venus l’entendre et se sont retrouvés bloqués devant la porte. Trop de monde. Dans un élan de spontanéité, évoquant sa jeunesse et l’époque où, jeune gauchiste engagé, il était dans la rue, il propos de répondre à 3 questions.
Quelqu’un crie : Vie de Lacan, pourquoi ? – Rire. Ceux d’en haut qui ont eu des places ouvrent les fenêtres et regrettent de ne pas être dans la rue.
JAM : Faites un peu plus d’effort, mon vieux. Mais tout de même, je vais vous répondre. Aujourd’hui ma thèse, c’est qu’il y a 2 Lacan qui se regardent en chiens de faïence. Il y a le Lacan mort qu’on propose à l’admiration des foules. On vous explique qu’aujourd’hui Lacan est incontesté, qu’il est l’objet d’un consensus général, qu’il est un classique. Il y a même des esprits distingués qui sont mes amis comme Catherine Clément et Jean Claude Milner – à ma surprise je dois dire, qui disent le siècle est d’ores et déjà lacanien, ce qui ne veut dire qu’une seule chose : « dormez les petits, la partie est gagnée ». Hé bien, le siècle n’est pas du tout lacanien, le siècle est anti lacanien. Il est anti lacanien parce que c’est le siècle de l’évaluation – j’ai fait là-dessus un ouvrage avec Jean Claude Milner, c’est le siècle du quantitatif, des TCC, des soi-disant neurosciences qui sont des neuro-techniques de suggestion. Donc la partie est loin d’être gagnée. Nous sommes en combat. (Applaudissements).
Ceux qui disent : « le siècle est lacanien » , ne savent pas ce qu’ils disent. (Applaudissements). Quelqu’un crie merci.
Une autre question jaillit : Etes vous réconcilié avec E. Roudinesco ?
JAM : Ecoutez, il y a eu un temps pour la polémique, il y a eu un temps pour l’amitié, il y a eu un temps pour les combats en commun, il y a un temps pour des divergences. Nous sommes aujourd’hui au-delà de cela, nous sommes aujourd’hui au moment des tribunaux. Cette personne aura à répondre devant les tribunaux de ce qu’elle a osé dire essentiellement à propos de Judith Miller ma femme. Elle a touché à quelque chose à quoi elle ne devait pas toucher. Maintenant le temps des débats est terminé. Les débats auront lieu au tribunal.
Sonnerie du tram. On entend « attention ! » et mal la question que quelqu’un répète : Avez-vous fait paraitre « …ou pire » en fonction de l’actualité ?
JAM : Non. « …ou pire», je l’ai donné aux Editions du Seuil il y a environ 3 ou 4 ans, et pas à l’actuel PDG à qui je n’ai jamais rien donné et qui n’aura jamais rien. C’est moi qui ai différé le moment de corriger les épreuves parce que je préférais accumuler les séminaires chez moi, ne pas avoir à affronter le temps, les délais de l’édition elle-même, (l’inspection, les corrections etc.) et que je trouvais que la situation au Seuil était extrêmement malsaine et incertaine. Actuellement il reste dix séminaires. J’en ai réalisé complètement neuf qui sont sur ordinateur et gravés électroniquement. Il reste le dernier qui est « Le désir et son interprétation » et j’ai arrêté de le faire quand j’ai compris qu’on essayait de m’enterrer vivant à cette rentrée. Donc là je peux, je suis en mesure de partir du Seuil dont je n’ai jamais été salarié. Ils n’ont jamais eu un contrat d’avance, j’ai toujours signé les contrats un par un. Donc je suis libre comme l’air. J’ai tendu la main à monsieur de La Martinière qui l’a serré en lui disant : « Si vous tapez dans cette main je reste. » Maintenant il reste encore à établir des contrats, à voir si on peut s’entendre parce que je n’irai pas chez La Martinière simplement pour être la cerise sur le gâteau de tous ces guides gastronomiques. Je verrai si je peux là, à partir de zéro, créer un secteur tout à fait nouveau de psychanalyse mais aussi de littérature et d’histoire. Ou il m’en donnera les moyens ou il ne pourra pas me les donner. S’il ne me les donne pas, j’irai ailleurs. S’il me les donne, j’y resterai d’autant plus volontiers que la personne qui y fait les couvertures est une personne que j’adore, qui travaillait au Seuil et qui en est partie pour ne pas être avec Bétourné. Et donc elle déteste Bétourné comme moi, elle sait de quoi il est capable. Nous serons tous les deux à montrer qu’il est un incapable. En un demi-siècle je n’ai pas rencontré un fol dingue pareil. Je pense qu’il n’en a pas pour longtemps aux Editions du Seuil. En tout cas, si je suis chez La Martinière à qui appartient le Seuil, je pourrai protéger le séminaire de Lacan qu’ils ont encore entre leurs pattes. Merci beaucoup.
Et le voilà qui devant la porte, traverse le Seuil, grimpe les marches et poursuit sa route…
INTRODUCTION par Carole
Carole Dewambrechies La Sagna
Nous nous retrouvons dans les salons de la librairie Mollat en ce samedi 10 septembre 2011 pour une rentrée lacanienne à Bordeaux. Pour beaucoup d’entre vous qui recevez la publication électronique qui s’appelle LACAN QUOTIDIEN vous savez que cette rentrée a commencé le 19 août avec les premières réactions au numéro du Point en date du 18 août.
Avant cela, en rentrant de voyage, j’ai trouvé le 12 août un mail de la librairie Mollat, émanant du service des sciences humaines, qui me demandait comment se procurer la Vie de Lacan dont ils avaient entendu dire que la sortie en librairie était prévue pour le 5 septembre.
J’étais à ce moment-là en discussion avec Jacques-Alain Miller quant à la diffusion de l’ouvrage dont il est l’auteur (alors que sont publiés au même moment le séminaire XIX de Lacan et Je parle aux murs, dont il a établi le texte). Je parle donc de cette demande de Mollat à Jacques-Alain Miller qui me dit : « Ah ! On m’a raconté que la librairie Mollat s’était adressée au Seuil pour m’inviter avant l’été et qu’on l’en avait dissuadée. Je suis disposé à venir à la rentrée ». Je pose donc la question à Pierre Coutelle de savoir s’il est toujours dans la même disposition d’inviter Jacques-Alain Miller : Absolument ! Lui-même, les libraires de Mollat, les chargés de communications, les responsables du rayon sciences humaines, tout le monde est enthousiaste et la date du 10 septembre est choisie.
Depuis, j’ai effectivement eu confirmation que quelqu’un de la librairie Mollat s’est adressé à une attachée de Presse du Seuil en juin pour inviter JAM et qu’il lui a été répondu que Jacques-Alain était injoignable. Elle n’avait pas son adresse et elle conseillait d’inviter E. Roudinesco. Tout le monde ici avait trouvé cela étrange.
Je détaille cela car il est quand même extraordinaire qu’un éditeur travaille contre un de ses auteurs et encore plus contre quelqu’un qui est depuis 45 ans dans la maison et qui est à la source d’un prestige indiscutable et incontesté d’ailleurs. 15 séminaires ont été publiés au Seuil, 10 autres sont terminés et prêts à être publiés, celui sur le désir est en cours de rédaction, interrompu par les affaires de l’été. Travail considérable, travail d’une vie.
Jacques-Alain Miller a pourtant fait beaucoup d’autres choses : son cours hebdomadaire sur l’orientation lacanienne qu’il tient depuis 30 ans à Paris, qu’on le presse de publier (cf LQ d’hier) car il est devenu indispensable à toute une génération de praticiens et de théoriciens de la psychanalyse. Jacques-Alain Miller a publié en son nom aussi des textes qui ont marqué l’opinion : les Lettres à l’opinion éclairée en 2002, Un début dans la vie, la même année, Le neveu de Lacan en 2003, jusqu’à la Vie de Lacan aujourd’hui.
Nous pourrions ajouter le livre Voulez-vous être évalué ?, ce qui permet d’introduire l’action politique de Jacques-Alain Miller. De 2003 à 2010, Jacques-Alain Miller a organisé 12 Forums des psys pour faire face aux menaces dont la psychanalyse était l’objet et il a fait reculer cette menace. Depuis l’ECF a été reconnue d’utilité publique et l’AMP « consultant spécial » pour la branche ONG des Nations Unies. (cf Eric Laurent LQ n°21, d’hier).
Jacques-Alain Miller c’est aussi une action institutionnelle majeure au sein du groupe analytique même ; dans la Cause freudienne avant la mort de Lacan, dans l’ECF depuis et la création de l’EEP qui a donné naissance à une Eurofédération de psychanalyse puissante maintenant. En 92 il fondait l’Association mondiale de psychanalyse qui réunissait les grandes Ecoles de part et d’autre de l’Atlantique, qu’il avait créées, au nombre de 7 aujourd’hui. Il a été délégué général de l’AMP jusqu’en 2002 et j’eus la chance de faire partie de son bureau et d’y travailler à ses côtés.
En 2003 c’est le combat des Forums et cette année en 2011 c’est un nouveau combat, cette fois contre l’effacement du nom de Jacques-Alain Miller. Il y va aussi bien de la vie de la psychanalyse. Ce que cette rentrée fit apparaitre, je pense au Monde des livres commenté par Lilia, vous avez lu cela dans la LQ, c’est véritablement, comment dire ? une tentative de meurtre au niveau symbolique ? Comment appeler l’effacement, la programmation de la disparition d’un nom ? En effet dans la psychanalyse on ne peut effacer sans dommage le nom de l’auteur, barrer la place de l’énonciation, nier le « travail du soutier » dont parlait Jacques-Alain.
Alors Jacques-Alain Miller se montre. Il va dans les librairies à la rencontre des libraires et du public. Mollat est le 1er qui le reçoit à Bordeaux avant Toulouse, Strasbourg, Lille, Montpellier et bien d’autres ensuite.
Je vous remercie d’être ici pour le recevoir.
RECIT par Jean-Pierre
Jean-Pierre Deffieux
Il était attendu, très attendu pour cette première de son tour des libraires.
Lorsque nous sommes arrivés au pied de l’immeuble de la rue Vital Carles dans lequel Montesquieu lui–même a séjourné, une foule l’attendait, heureuse de le voir et très déçue de ne pas pouvoir monter jusqu’à la salle Albert Mollat qui l’accueillait, et dans laquelle déjà 150 personnes avait réussi à s’installer, dont une quarantaine restée debout.
JAM était manifestement heureux d’être à Bordeaux, heureux d’être chez Mollat, il était détendu et souriant. D’emblée quand il vit cette foule, il s’arrêta un instant et leur lança : « Puisque vous ne pouvez pas monter, je reste un moment avec vous, et je vous propose de me poser 3 questions », ce qui ne se fit pas attendre.
Dans la rue, comme au bon vieux temps, il répondit avec enthousiasme et vigueur aux questions de l’actualité. C’est alors que du haut de l’immeuble on vit sortir sur le balcon une bonne partie de ceux qui étaient dans la salle et ne voulaient pas en perdre une miette.
Vous imaginez l’émotion ! Bordeaux n’avait pas vu cela depuis 68.
Quinze minutes plus tard, c’est sous les applaudissements « de haut en bas » que nous montâmes le très bel escalier 18ème qui mène à la salle, accueillis par la Directrice de la librairie, puis par Denis Mollat en personne.
Carole nous attendait à la tribune, et après une belle introduction, pendant une heure trente environ, nous avons assisté à une longue séance d’analyse, JAM au travail de son inconscient, livrant sa vie au fil de ses associations. Plein d’anecdotes amusantes certes, mais c’est secondaire. C’est JAM analysant qui était passionnant, creusant, cherchant devant nous le sel de sa vérité.
« L’homme qui vous parle a changé depuis hier soir » nous a-t-il dit, au cours de cette soirée à l’ENS, (« L’Ecole commercial supérieur » comme on peut le lire dans L’Express de cette semaine qui n’est pas à une bourde près), autour du bassin des Ernest. Il rendait hommage à la directrice de l’Ecole qui avait su le recevoir après tant d’années. Il se souvenait que, depuis qu’il avait quitté la rue d’Ulm en 67, il n’avait jamais été invité à prendre la parole dans son Ecole.
Au cours de cette soirée à l’ENS, au cours de ce discours, quelque chose d’essentiel lui est advenu : c’est bien parce que son nom était l’objet d’un effacement, d’une forclusion répétée et poussée au paradigme dans ces dernières semaines, c’est pour cela que son nom était devenu ineffaçable : ce qui est rejeté hors du symbolique revient dans le réel . JAM réalise qu’il est réalisé. Il réalise qu’il a une histoire, que son symptôme qui était de « ne compter pour rien » est derrière lui.
Je ne peux pas ici reprendre tout ce qui a été dit, les raisons du choix de son analyste, son ancien côté Jacobin et non girondin comme le lui reproche Philippe Sollers, le bordelais, sa jouissance du « ne pas céder »…etc
Il a aussi répondu sur la demande de plus en plus pressante de publier ses propres séminaires en français. Il commence à y songer, bien qu’avec réticence : pas question en tout cas de livrer une simple transcription. Sa jouissance de voir en retour dans son auditoire la petite lumière d’une avancée qu’il a réussi à faire émerger, ne le pousse pas vers la publication de son séminaire, ce n’est pas ce qui l’intéresse au premier titre.
Une bonne heure ensuite de discussion très animée et joyeuse avec la salle, et nous nous séparâmes en riant de ce que Philippe La Sagna venait de nous dire : en arrivant à la gare de Bordeaux, Philippe ne trouvant pas JAM l’appelle sur son portable, et JAM lui répond : « Je suis pourtant bien là où je dois être ». En effet, c’est bien ce qu’on a compris hier.
TEL QU’EN LUI-MÊME ENFIN LE RÉEL LE CHANGE par Alain
Alain Merlet
Au terme du premier envoi de « Vie de Lacan », Jacques-Alain Miller, encore fidèle à Janus le dieu des portes, laissait entrevoir sa position : ne pas s’abaisser à aboyer contre le ciel et prendre le marché tel qu’il est (Uti foro). En même temps l’image qui lui venait d’un Lacan déguisé en Harpocrate, dieu du silence, l’incitait à se taire.
Depuis, ainsi qu’il nous l’a confié à Bordeaux à la librairie Mollat, sa position a radicalement changé. Désobéissant à ces deux divinités, il a consenti à ce qu’il incarnait de réel. Les manœuvres de l’Autre de la tradition et de la ruse qui voulaient forclore son nom ont eu l’effet inverse, c’est désormais un réel pulsionnel qui l’anime : la guerre est déclarée à l’Autre de l’édition traditionnelle. Il lui faut se hâter. Mon nom, nous a-t-il dit, est devenu un enjeu, c’est pourquoi non seulement il a quitté le Seuil mais il s’est autorisé à franchir le sien propre en autorisant la publication en français de son Cours. Devant la foule qui se pressait dans les murs de la salle Mollat, Jacques-Alain Miller en pleine forme nous a d’abord parlé de lui et de sa famille avant de fustiger l’Autre de l’imposture. Et il n’y est pas allé mollo ! Jusqu’à la fin, sa présence a tenu l’auditoire en haleine, le laissant toutefois sur l’énigme de la perte d’un petit carnet noir. Serait-ce le fantôme d’Harpo qui lui aurait fait les poches ?
A CIEL OUVERT ! par Philippe
Philippe Chanjou
14h15, devant la porte fermée de chez Mollat, la conférence n’aura lieu que dans une heure. Merlet est déjà là, ainsi qu’une trentaine d’autres, il me sourit et me dit « vous arrivez tôt! » Lui qui était là avant moi. J’aime son humour.
C’est la cohue pour entrer, l’attente commence. Nous entendons des applaudissements en bas, il est là et parle à ceux qui, je suppose, n’ont pas pu entrer.
La conférence commence. Il commence à parler, de lui, de l’histoire dont il est victime. Au delà de la colère, il prend acte de la logique nouvelle dans laquelle il est pris maintenant. Il a été éjecté de sa jouissance de moine copiste des séminaires de Lacan. Il prend acte d’un nouveau départ: « Je ne suis plus le même ». Et là il dit qu’il est devenu réel. Pardon? Qu’est ce que cette histoire?
Réel! Il explique. Je pense à un état sub-maniaque, mais cela ne colle pas, trop d’humour par rapport à lui même: « Je ne suis tout de même pas divinisé ».
A ciel ouvert! J’ai l’impression qu’il est à ciel ouvert. Il parle de sa jouissance du regard qui le soutient quand il enseigne, cela expliquant son peu de gout pour publier, et en particulier son cours. « je ne sais pas par qui je suis lu, alors que quand je fais cours, je m’appuis sur deux ou trois regards ». Ce n’est pas pour cela qu’il a refusé depuis trente ans de publier ses cours, tout de même!
A ce moment là me revient un mot qu’il a prononcé au début de son intervention: ses devoirs. Les nouveaux devoirs qui allaient lui incomber du fait de son propre changement. La question me vient, je ne la poserais pas: comment cela s’articule jouissance et devoir? Les cours nous sont nécessaires pour lire Lacan, et heureusement qu’ils circulent sous le manteau. C’est un devoir pour la transmission de la psychanalyse qu’ils soient à portée de tous. sa jouissance du regard ne pèse pas lourd à coté de cela.
Il articule l’Un et le nom propre, et il nous confie son rapport intime à son propre nom. Sa façon d’en parler semble clore l’UN comme un tout. Autre question non posée: quand je vois un désir aussi vivant face à moi, je ne peux penser un instant qu’il est clos et satisfait: il y a un ouvert, c’est incontestable.
Alors: comment articuler l’UN et le pas-tout? Ce pas-tout qui fait dire à Lacan, dans son séminaire XX, qu’il y a un mystère du corps parlant. Déçu par sa réponse sur l’UN, inquiété par cette jouissance à ciel ouvert, mais embarqué par cette vie qui se dit si bien, la question m’est venue faisant retour sur moi: mais que veux tu? Toi qui maudit la langue de bois et les effets de cour, toi qui déplore la lâcheté et le manque de risque. Tu voudrais qu’il soit parfait, voilà c’est cela: divinisé comme il dit.
C’est toi qui fantasme sur le UN parfait!
Cela m’a réveillé dans la nuit, comme une douleur de dent, avec cette question à laquelle moi seul peut répondre, ce: que veux tu? Sans doute que le devoir et la jouissance ne fasse qu’UN.
JAM reste un pousse-à-dire pour moi. Plus que jamais.
AGENDA BALZACIEN À L’ENS par Laure Naveau
« …des choses à faire » : prendre la plume.
« C’est vous, par votre présence, qui faites que j’ai enseigné quelque chose », énonçait Jacques Lacan, à Caracas, en 1980, pour conclure son Séminaire. Cette nuit, à l’ENS, il y avait « notre » […]
AGENDA BALZACIEN À L’ENS par Laure Naveau
« …des choses à faire » : prendre la plume.
« C’est vous, par votre présence, qui faites que j’ai enseigné quelque chose », énonçait Jacques Lacan, à Caracas, en 1980, pour conclure son Séminaire. Cette nuit, à l’ENS, il y avait « notre » présence, plusieurs générations d’auditeurs, qui donnaient aussi ce poids à l’allocution de Jacques-Alain Miller. Des Mille et Une résonances de celle-ci, une me fut soufflée par mon fils, L., 26 ans, qui désirait être là pour cette nuit spéciale Lacan, et qui en fut favorablement impressionné : la colère de Jacques-Alain Miller, sur l’effacement de son nom propre. La justesse de cette colère a fait surgir en moi un nouveau moment de conclure, balzacien. « Balzacien », j’ai attrapé le mot au vol. Car Balzac, j’essaye de lui être fidèle. Dans la quatrième de couverture du petit fascicule turquoise, intitulé « La psychanalyse au miroir de Balzac », et relatant la table ronde qui avait eu lieu à Saché sur ce que Balzac apprend à des psychanalystes, et comment Balzac éclaire la psychanalyse , on peut lire ces propos de Jacques-Alain Miller, commentant la dédicace de La Rabouilleuse : « (La Comédie humaine), c’est le malaise dans la civilisation tel qu’on peut le percevoir quand on est un génie, dans le premier tiers du XIXème siècle(…). Un effort passionné pour restaurer le Nom-du-Père, pour en démontrer la nécessité par rapport au pouvoir de l’argent. Nom-du-Père contre plus-value. Le règne de l’objet a commence, il emporte la digue du Nom-du-Père. Balzac rêve de la relever. »
Aujourd’hui, nous y sommes. Je considère cette fureur héroïque de Jacques-Alain Miller relative à l’effacement de son nom propre, et au ravalement contemporain de la pensée de Lacan, au profit de manœuvres mercantiles honteuses, ainsi que d’auto-promotion d’un nom qui n’a aucun mérite (celui de « l’historienne de la psychanalyse »), comme une invitation à s’insurger contre cet envers de la vie contemporaine très balzacien.
Une invitation à mettre en acte ce que Leonardo Gorostiza, l’actuel Président de l’Association Mondiale de Psychanalyse, définit comme « un nouvel ordre du discours », le discours analytique, inventé par Freud, et ordonné par Lacan. Ce nouvel ordre du discours ne se confond, écrit Leonardo (dans Hurry up ! n°3), avec aucun ordre de fer de l’époque, ni avec l’ordre du Nom-du-Père, ou sa restauration à la manière de Balzac. Mais, précise-t-il, il a la vertu d’articuler les éléments, partout ailleurs disjoints (fonctionnement affine à celui de la psychose ). La force essentielle du discours analytique réside alors dans le fait « de ne pas entretenir une relation de méconnaissance avec le réel .
Cette nuit, ce réel, Jacques-Alain Miller nous a montré, en acte, le devoir de l’affronter, si nous voulons être à la hauteur de notre tache. C’est notre agenda lacanien du XXIème siècle.
Jean-Daniel Matet
Président de l’École de la Cause freudienne
Carole La Sagna
Secrétaire Générale d’UFORCA (Union pour la formation en clinique analytique)
ont le plaisir de vous inviter à assister et participer à
l’entretien que mènera Martin Quenehen, producteur à France Culture, avec
SOLLERS & MILLER […]
Jean-Daniel Matet
Président de l’École de la Cause freudienne
Carole La Sagna
Secrétaire Générale d’UFORCA (Union pour la formation en clinique analytique)
ont le plaisir de vous inviter à assister et participer à
l’entretien que mènera Martin Quenehen, producteur à France Culture, avec
SOLLERS & MILLER
JACQUES-ALAIN & PHILIPPE
mardi 6 septembre de 21h00 à 23h00 au pullman paris montparnasse
mardi 6 septembre à 21:00
et jusqu’à 23:00
au pullman paris montparnasse
19, rue du commandant rene mouchotte – 75014 paris
métro gare montparnasse ou gaité
affiche 6 sept 2011 ←Pour la consulter, veuillez cliquer sur ce lien.
La Rentrée Sera Lacanienne
table […]
mardi 6 septembre à 21:00
et jusqu’à 23:00
au pullman paris montparnasse
19, rue du commandant rene mouchotte – 75014 paris
métro gare montparnasse ou gaité
affiche 6 sept 2011 ←Pour la consulter, veuillez cliquer sur ce lien.
La Rentrée Sera Lacanienne
table ronde et débats avec le public
à l’occasion de la parution des livres et revues
jacques lacan texte établi par Jam
le séminaire XIX …ou pire
je parle aux murs
jacques-alain miller vie de lacan (I-VIII)
le diable probablement pourquoi lacan
la cause freudienne lacan au miroir des sorcières
lacan quotidien en ligne
trente ans après la mort de lacan
quelle politique et quelle stratégie pour la planète psy ?
table ronde de l’école de la cause freudienne
animée par martin quenehen, producteur à france fulture
avec la participation de
jacques-alain miller
la librairie tschann assurera la vente de tous les livres de la rentrée lacanienne devant la salle participation aux frais : 10€ à l’entrée ; la moitié pour étudiants de -26 ans et demandeurs d’emploi.
renseignements : http://www.causefreudienne.net/
10 août
– Jam sur France-Culture
25 août
– Sortie en librairie de 2 livres de Lacan
Le Séminaire XIX : … ou pire et Je parle aux murs
5 septembre
– Sortie en librairie de Vie de Lacan
– Diffusion sur France 3 de Rendez-vous chez […]
10 août
– Jam sur France-Culture
25 août
– Sortie en librairie de 2 livres de Lacan
Le Séminaire XIX : … ou pire et Je parle aux murs
5 septembre
– Sortie en librairie de Vie de Lacan
– Diffusion sur France 3 de Rendez-vous chez Lacan
7 septembre
– Lancement sur le net de Lacan quotidien
9 septembre
– Lecture non stop de Lacan à l’École normale supérieure
8 et 9 octobre
– Au Palais des Congrès, Journées Lacan
13 octobre
-Sortie en librairie de Lacan au miroir des sorcières
10 août : Jam sur France-Culture
Spéciale Jacques Lacan, de 7h 30 à 8h 30.
Les Matins d’été reçoivent Jacques-Alain Miller pour un grand entretien consacré à sa Vie de Lacan, en librairie le 5 septembre. – MQ
Écoute et podcast : http://www.franceculture.com/emission-les-matins-d-ete.html
25 août : … ou pire et Je parle aux murs
Le Séminaire XIX porte un titre bien singulier : (trois petits points) ou pire. En même temps, paraît un petit recueil de trois de ses conférences, intitulé Je parle aux murs. Lacan voulait-il, pouvait-il être compris ? La question mérite d’être posée, et Lacan fait tout pour qu’on se la pose. Mais elle mérite aussi qu’on y réponde : oui ! La preuve en est qu’il a confié la rédaction de ses séminaires à Jacques-Alain Miller, qui, d’une part, s’attache à dégager l’armature du discours, son argumentation très serrée, et qui, d’autre part, explique lumineusement sous quel angle ces titres originaux doivent être entendus. Voir à la fin de ce calendrier les prières d’insérer des deux livres (Le Seuil). – JM
5 septembre Vie de Lacan
« Jacques-Alain, tout et n’importe quoi a été dit sur la personne de Lacan. Tu as été sans réagir pendant trente ans, pourquoi réagir maintenant ? – Parce que, dit l’Écclésiaste, “il y a un temps pour toute chose. Il y a un temps pour se taire, et il y a un temps pour parler.” De mon point de vue, toutes les anecdotes sur Lacan sont vraies, même celles qui sont fausses. Que chacun parle de lui comme il l’entend, c’est très bien. La seule différence, c’est que, maintenant, au lieu de la boucler, moi aussi je parle. Et ce n’est qu’un début ! je commence un feuilleton ! » Vie de Lacan, en librairie le 5 septembre, Navarin éditeur, 24 pages, 5€. – JM
5 septembre : Rendez-vous chez Lacan
“Rendez-vous chez Lacan” est le titre du film, réalisé par Gérard Miller, que France 3 diffusera le 5 septembre à 22h. Il s’agit de vous faire découvrir Lacan au quotidien, à travers les témoignages croisés de ses patients, de ses élèves, mais également de plusieurs de ses proches, qui l’ont côtoyé dans l’intimité. Né en 1901 dans une famille catholique, psychiatre de formation à la culture encyclopédique, ami de Picasso, de Lévi-Strauss ou de Sartre, c’était un psychanalyste génial, praticien et théoricien hors pair ; il fut pourtant “excommunié”, comme s’il était le diable, par l’Association internationale de psychanalyse, basée à Chicago ; il créa alors sa propre École à Paris ; il résolut de la dissoudre avant sa mort ; depuis trente ans, son enseignement a essaimé à travers le monde ; aujourd’hui, les psychanalystes qui se réclament de lui sont les plus nombreux. Gérard Miller, encore lycéen, l’a rencontré pour la première fois en 1966. Quarante-cinq ans plus tard, son sentiment n’a pas varié : « Lacan était un type absolument étonnant, et, si j’ai réalisé ce film, c’est qu’il n’y a aucune raison de ne pas le faire savoir au plus grand nombre ! » Lacan reste encore aujourd’hui le plus stimulant des personnages. Le spectateur le vérifiera. – GM
7 septembre : Lacan quotidien
L’Agence lacanienne de presse lance, à l’occasion de l’anniversaire des trente ans, un bulletin quotidien en ligne qui permettra à tous ceux qui le souhaitent d’échanger sur “l’actualité Lacan” de la rentrée : intervenants dans les médias, lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, de France et de l’étranger. Lacan quotidien sera diffusé du 7 septembre au 17 octobre sur les listes de l’Association mondiale de psychanalyse, sera traduit en cinq langues, et devrait toucher dans quinze pays 10 000 personnes : psychanalystes, écrivains, artistes, journalistes, personnalités de la politique et de la culture. – JM
9 septembre : Lecture de Lacan rue d’Ulm
Pour les trente ans de la disparition de Lacan, Catherine Clément a organisé, comme pour la mort de Lévi-Strauss, une soirée de lecture non stop d’extraits qu’elle a choisis dans l’œuvre. Des personnalités, répondant à sa demande, se succèderont pour les lire dans les locaux de l’École normale supérieure. Celle-ci, jadis, dans les années 60 du siècle dernier, prêta une salle à Lacan, à l’initiative d’Althusser, pour qu’il y donne son séminaire. Entrée libre. – JM
8 et 9 octobre : Journées Lacan au Palais des Congrès
Les 8 et 9 octobre, au Palais des Congrès, Porte Maillot à Paris, l’École de la Cause freudienne attend plus de 2000 participants pour ses 41e Journées, intitulée Praxis lacanienne de la psychanalyse. 130 communications démontreront l’efficacité, au cas par cas, de la psychanalyse d’orientation lacanienne. À une époque où les exigences de l’évaluation, du chiffre, et de l’idéal de normalisation, se font toujours plus pressantes, la psychanalyse donne sa réponse au « malaise dans la civilisation ». – JDM Inscriptions : www.causefreudienne.org
13 octobre : Lacan au miroir des sorcières
Ce numéro spécial de la revue La Cause freudienne, dirigé par Nathalie Georges-Lambrichs, donne à voir de multiples facettes de l’œuvre et de la personne de Lacan, avec 50 contributions de psychanalystes, ses élèves, sur les thèmes les plus variés. Il s’ouvre sur une conférence encore inédite de Lacan. On y trouvera également, de François Cheng, un petit essai sur Le sourire de Lacan ; Catherine Clément, Lacan indien ; Diego Masson avec Judith Miller, Lacan, la musique ; Jean-Claude Milner, Lacan, le juif ; François Regnault, Lacan, le théâtre ; Gérard Wajcman ; et la suite de Vie de Lacan, par Jacques-Alain Miller. Ce numéro sera diffusé en avant-première aux Journées de l’ECF. – JM
La Cause freudienne, n° 79, en librairie le 13 octobre, au prix de 20€. Diffusion Volumen.
Lacan présenté par Jacques-Alain Miller
… ou pire
Rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un parapluie. Rencontre impossible de la baleine et de l’ours blanc. L’une, forgerie de Lautréamont ; l’autre, ponctuation de Freud. Toutes deux, mémorables. Pourquoi ? Certainement, elles chatouillent quelque chose en nous. Lacan dit quoi. Il s’agit de l’homme et de la femme.
Entre les deux, point d’accord ni d’harmonie, pas de programme, rien de pré-établi : tout est livré au petit bonheur la chance, ce qui s’appelle en logique modale la contingence. On n’en sort pas. Pourquoi est-elle fatale, c’est-à-dire nécessaire ? Il faut bien penser qu’elle procède d’une impossibilité. D’où le théorème : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». Cette formule est aujourd’hui fameuse.
À la place de ce qui ainsi fait trou dans le réel, il y a pléthore : images qui leurrent et qui enchantent, discours qui prescrivent ce que ce rapport doit être. Ce ne sont que des semblants, dont la psychanalyse a rendu l’artifice patent pour tous. Au XXIème siècle, c’est acquis. Qui croit encore que le mariage ait un fondement naturel ? Puisque c’est un fait de culture, on s’adonne à l’invention. On bricole de toutes parts d’autres constructions. Ce sera mieux… ou pire.
« Y a de l’Un ». Au cœur du présent Séminaire, cet aphorisme, passé inaperçu, complète le « Il n’y a pas » du rapport sexuel, en énonçant ce qu’il y a. Entendez l’Un-tout-seul. Seul dans sa jouissance (foncièrement auto-érotique) comme dans sa signifiance (hors sémantique). Ici commence le dernier enseignement de Lacan. Tout est là de ce qu’il vous a appris, et pourtant tout est neuf, renouvelé, sens dessus dessous.
Lacan enseignait le primat de l’Autre dans l’ordre de la vérité et celui du désir. Il enseigne ici le primat de l’Un dans la dimension du réel. Il récuse le Deux du rapport sexuel comme celui de l’articulation signifiante. Il récuse le grand Autre, pivot de la dialectique du sujet, il lui dénie l’existence, et le renvoie à la fiction. Il dévalorise le désir, et promeut la jouissance. Il récuse l’Être, qui n’est que semblant. L’hénologie, doctrine de l’Un, surclasse ici l’ontologie, théorie de l’Être. L’ordre symbolique ? Ce n’est rien d’autre dans le réel que l’itération du Un. D’où l’abandon des graphes et des surfaces topologiques au profit des nœuds, faits de ronds de ficelle qui sont des Uns enchaînés.
Souvenez-vous : le Séminaire XVIII soupirait après un discours qui ne serait pas du semblant. Eh bien, avec le Séminaire XIX, voici l’essai d’un discours qui prendrait son départ du réel. Pensée radicale de l’Un-dividualisme moderne.
Je parle aux murs
Ces murs sont ceux de la chapelle de Sainte-Anne. Invité à y prononcer des conférences, Lacan, 70 ans, y retrouve sa jeunesse d’interne en psychiatrie. Il s’amuse, improvise, se laisse aller. C’est du savoir qu’il parlera, annonce-t-il, et l’intention est polémique : les meilleurs de ses élèves, eux, captivés par l’idée que l’analyse fait le vide, ont levé le drapeau du non-savoir, emprunté à Georges Bataille. Non, dit Lacan, la psychanalyse procède du savoir, d’un savoir supposé, supérieurement organisé, qui est l’inconscient. On n’y accède que par deux voies : la vérité, d’abord (l’analysant s’efforce de dire tout ce qui lui passe par la tête), la jouissance, ensuite (l’analyste interprète toujours les dits de l’analysant en termes de libido). Deux autres voies en barrent l’accès : l’ignorance (s’y adonner avec passion, c’est toujours consolider le savoir établi), et le pouvoir (passion de la puissance, d’où méconnaissance de ce que seul révèle l’acte manqué). Ce qu’enseigne la psychanalyse de plus précieux, c’est l’impuissance. Leçon de sagesse pour une époque, la nôtre, qui voit la bureaucratie, au bras de la science, rêver de changer l’homme dans ce qu’il a de plus profond, que ce soit par la propagande (les campagnes anti-tristesse), la manipulation directe du cerveau (NeuroSpin), ou le bio-technique.
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