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 L’Homme au nœud papillon rouge par Philippe Hellebois 

Mince, élancé, cheveux de jais relativement longs et uniformément noirs à près de soixante ans, visage halé –

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Clartés Fugaces par Philippe De Georges


Octobre dore la Baie des Anges d’une lumière qu’on n’ose à peine dire d’automne. Une amie bouleversée nous raconte ce qu’elle vient de vivre à la frontière

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 « elle ajoute des signes À L’obscur »

Sur Pierre-Yves Soucy par Hervé Castanet

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Le sens de la vie par Pierre Stréliski

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Nous sommes le 9 septembre 2011, il est minuit à Paris, il fait très doux dans la cour de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, on se croirait encore en plein été. Lacan est mort il y a trente ans. Nous sommes là pour écouter des lectures de ses textes, après avoir vu ou revu l’émouvant documentaire de Gérard Miller Rendez-vous avec Lacan, mais nous sommes là aussi parce que trente ans après la mort de Lacan, la rumeur médiatique s’est répandue qu’il n’y pas de successeur de Lacan, qu’il n’y en a jamais eu, qu’après lui tout s’est arrêté, et qu’il ne reste plus qu’à faire de l’histoire de la psychanalyse pour rendre compte de son héritage. Nous sommes là parce que cette rumeur ne résulte pas seulement de la désinformation de journalistes qui connaîtraient mal le milieu psychanalytique, mais d’une volonté délibérée de faire comme si Jacques-Alain Miller n’existait pas, comme s’il n’avait jamais existé et jamais rien apporté à la psychanalyse.

Il est minuit et quelques poussières. Jacques-Alain Miller arrive accompagné de sa fille. Il vient nous parler. Il dit alors ce qu’il n’avait jamais dit auparavant, car jusqu’ici, il avait fait avec et supporté, en pensant sans doute que le plus important n’était pas là, qu’il ne fallait pas se laisser divertir pas les médisances, mais continuer de mettre toute son énergie, toute sa passion, tous ses intérêts, au service de la transmission de l’enseignement de Lacan, non seulement en établissant le Séminaire, mais aussi en faisant cours pour tous ceux qui souhaitaient découvrir Lacan, avancer dans son orientation, et en animant par des créations institutionnelles le mouvement psychanalytique lacanien dans le monde. Jusqu’ici, il avait considéré que c’était contre les thérapies cognitivo-comportementales qu’il fallait se battre, contre les amendements cherchant à transformer la psychanalyse en psychothérapie évaluable quantitativement. Mais ce soir, quelque chose a changé. Pour lui et aussi pour nous.

Jacques-Alain Miller nous parle dans la cour aux Ernest de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, qui fut aussi son Ecole, au moment même où Lacan y fut accueilli en 1964 après son excommunication, l’Ecole grâce à laquelle il a rencontré Lacan. Comme il le rappelle lui-même,  c’est la première fois qu’il est reçu dans l’enceinte de cette Ecole depuis qu’il l’a quittée, il y a plus de quarante ans. Cette fois-ci, à partir d’aujourd’hui, il défendra son nom, il ne laissera plus officier celles et ceux qui travaillent à gommer son existence, et comme il le dit lui-même en évoquant l’accueil que lui a fait Monique Canto-Sperber, c’est un acte. Et c’est en ce lieu où il nous parle pour la première fois qu’il dit au nom des siens, qu’il ne laissera plus son nom être ainsi maltraité.

Ce n’est certainement pas à Jacques-Alain Miller de dire qu’il est le successeur de Lacan. Mais puisque certains feignent d’ignorer, non seulement son immense travail pour la psychanalyse, mais même son existence, nous pouvons dire que pour nous, pour toutes celles et ceux qui l’écoutent chaque semaine depuis de nombreuses années, qui découvrent le Séminaire, sans parfois avoir rien pu saisir des Ecrits que Lacan lui-même avait qualifié d’illisibles, pour nous tous, il est le passeur de Lacan. Notre Lacan aujourd’hui, notre Lacan au XXIe siècle, c’est un Lacan avec Miller. Non pas le Lacan de Miller, mais un Lacan que Miller sait faire résonner, sait élucider, sait aussi prolonger, en ne l’imitant pas mais en prenant le risque d’avancer parfois là où Lacan lui-même s’est arrêté. Si la psychanalyse lacanienne a pu se transmettre aux générations suivantes, ce n’est pas grâce à des biographies de Lacan, mais grâce à celui qui donne de sa voix, de sa pensée, de son existence, pour rendre Lacan non seulement vivant mais pour nous tendre aussi la main afin de nous faire pénétrer dans les labyrinthes de son élaboration si complexe. Nous suivons alors le fil de Miller et nous nous apercevons qu’après l’avoir entendu, nous ouvrons Lacan et nous ne nous sentons plus étrangers à ce que Lacan dit, à ce qu’il écrit, nous lisons Lacan et nous devenons lacanien. Et cela personne ne nous obligera nous plus à le taire, à faire comme si cela n’était rien, à nous renier nous-même pour nous plier aux diktats de ceux qui font mine de défendre la psychanalyse contre le cognitivo-comportementalisme alors que leur but profond est de faire disparaître le nom de celui qui rend la psychanalyse lacanienne vivante.

Il est minuit et des poussières, Jacques-Alain Miller lit 39 de fièvre, la leçon du 19 mars 1969 du Séminaire XVI, une leçon où la voix de Lacan s’entend d’autant plus qu’il parle de lui et de sa fatigue. Il n’imitera pas la voix de Lacan, mais il interprétera ce texte, nous dit-il. Il interprète alors en y étant de tout son corps, comme un acteur qui s’oublie lui-même, qui laisse le texte faire exister le personnage et pendant ce court moment, nous voilà dans cette cour en cette fin d’été à Paris comme transporté à Avignon, dépaysé, redécouvrant ce texte. Si Miller est pour nous le passeur de Lacan, c’est que ce qu’il a fait ce soir, c’est aussi ce qu’il fait pour nous depuis si longtemps, il interprète Lacan pour ne jamais le laisser enterrer pas des croque-morts qui préfèrent que la psychanalyse disparaissent plutôt que de reconnaître celui grâce à qui elle continue d’être l’objet d’un désir vivant.

 

 

 

HIBERNATUS… Que retient-on de la pensée de Jacques Lacan trente ans après sa mort à l’écoute de La Grande Table sur France-Culture ce jeudi 8 septembre 2011 ? Les invités : Catherine Clément,  anthropologue, Roland Castro, architecte, Pascal Ory, professeur d’histoire à la Sorbonne et à l’EHESS. Aucun psychanalyste donc. Catherine Clément a résolument tenté néanmoins de transmettre rapidement en quoi avait pu consister l’apport de Jacques Lacan à la psychanalyse, de par son retour à Freud contre la psychanalyse à l’américaine, de faire valoir en quel sens sa conception de l’amour avait donné un sens profond à cette expérience aussi bien dans l’existence que dans la cure, et c’est non sans mal qu’elle a accompli l’exploit de citer Vie de Lacan de Jacques-Alain Miller, ouvrage au sein duquel on pouvait, disait-elle, saisir le rapport singulier de Lacan au désir, alors que Castro s’apprêtait, soutenu par l’animateur à faire la promotion de la biographie d’Elisabeth Roudinesco. Bravo ! Ce n’était pas gagné. Le nom de Jacques-Alain Miller a donc été prononcé. Léger malaise, personne ne reprend.

C’est alors que, pour poursuivre sur ce rapport au désir, le même Castro évoque une anecdote venant de Caillois : Lacan, lors d’un repas à l’ambassade de France au Japon, se serait servi toutes les truffes qui restaient sur l’assiette sans en laisser aux autres (après que les dames aient pu elles-mêmes se servir, bien sûr). Cela s’appelle selon lui « ne pas céder sur son désir »… Encore un qui n’y pige couic.

Aux questions de Raphaël Bourgois tentant d’évoquer Lacan comme un gourou, Catherine Clément parvient là encore à montrer qu’il ne s’agit nullement de cela, au sens où il n’y avait pas d’emprise de Lacan sur les autres. Mais Roland Castro tient tout de même à propos de mai 68 à évoquer « les malades mentaux de la gauche prolétarienne, notamment… », il s’interrompt. Catherine Clément l’invite à poursuivre, « notamment Jacques-Alain Miller, Gérard Miller, Serge July », pour dire que le discours psychanalytique a joué un rôle dans le fait qu’il n’y ait pas eu de dérive brigadiste en France.

Deuxième évocation du nom de Jacques-Alain Miller, donc. Le seul qui a mentionné son analyse est ainsi aussi le seul à avoir parlé aussi vulgairement de Lacan, et de façon aussi diffamatoire de Jacques-Alain Miller. Drôle de choix de la part de France-Culture.

Et enfin, dernière évocation du grand absent de cette rencontre autour de la pensée de Lacan trente ans après. JAM est cité une troisième fois par Pascal Ory, qui a rappelé au passage que lui n’était ni lacanien, ni analyste, ni analysé, (pourquoi alors l’avoir choisi lui aussi ?) pour évoquer « le canonique Jacques-Alain Miller, qui a dit le désir, c’est la loi ».

La dernière question sur la postérité de la pensée de Lacan n’a cependant donné l’idée à personne de citer le travail d’établissement du Séminaire par Jacques-Alain Miller, son enseignement sur L’Orientation lacanienne en psychanalyse, l’Association Mondiale de psychanalyse qu’il a créée. On a le sentiment que certains, comme Louis de Funes dans Hibernatus, sont restés congelés dans une autre époque, ignorant ce qui s’est passé depuis trente ans, ignorant le travail de transmission et de renouvellement dont est à l’origine non pas tant quelqu’un de canonique que quelqu’un qui consacre sa vie à transmettre cet élan.